Du contrat social

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Titre original : Du contrat social ou Principes du droit politique

Publication : 1762

Type : Traite

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Analyse

Publié en 1762, Du contrat social ou Principes du droit politique est le texte où Jean-Jacques Rousseau tente de résoudre un problème qu'il formule lui-même dès le premier livre : trouver une forme d'association qui protège chacun tout en le laissant aussi libre qu'auparavant. C'est de cette exigence, et non d'un goût pour la spéculation abstraite, que procède l'ensemble de l'ouvrage.

Genèse et publication

Le livre paraît chez Marc-Michel Rey, à Amsterdam, au printemps 1762, quelques semaines avant l'Émile. Il constitue le reliquat d'un projet plus vaste, les Institutions politiques, que Rousseau avait conçu de longue date et qu'il renonça à mener à terme.

La réaction des autorités fut immédiate. L'ouvrage fut condamné à Paris et à Genève la même année, et Rousseau dut prendre la fuite. Cette condamnation visait autant le chapitre sur la religion civile que la doctrine politique elle-même.

Structure

Le texte se compose de quatre livres.

Le premier établit les fondements : réfutation des théories qui font dériver l'autorité de la force ou de la nature, puis exposé du pacte d'association. Le deuxième traite du souverain et de la volonté générale, et introduit la figure du législateur. Le troisième porte sur le gouvernement, ses formes et sa tendance à usurper la souveraineté. Le quatrième aborde des questions plus disparates, dont les assemblées du peuple, le tribunat, la dictature et la religion civile.

Les thèses centrales

Le pacte

Rousseau écarte d'emblée l'idée que la force puisse fonder un droit. L'obéissance arrachée n'oblige que tant que dure la contrainte. Il écarte également la thèse d'une soumission volontaire à un maître, qu'il juge contradictoire : renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme.

Le contrat social qu'il propose a une particularité décisive. Chacun s'y donne tout entier, sans réserve, à la communauté. Comme chacun se donne à tous, chacun se donne à personne en particulier, et reçoit sur les autres l'équivalent de ce qu'il leur cède. L'aliénation totale est ainsi, dans son économie, la condition d'une liberté conservée. Ce raisonnement est le pivot du livre et le point où se concentrent les objections.

La volonté générale

La volonté générale n'est pas la somme des volontés particulières. Rousseau distingue expressément la volonté de tous, qui n'est qu'un agrégat d'intérêts privés, et la volonté générale, qui vise l'intérêt commun. Cette distinction est aussi célèbre que difficile.

Elle a une conséquence pratique que Rousseau assume : la délibération suppose que les citoyens soient suffisamment informés et qu'aucune faction ne se constitue à l'intérieur du corps politique, faute de quoi les groupes partiels substituent leurs intérêts à l'intérêt général.

Souveraineté et gouvernement

Le souverain, c'est le peuple assemblé. Sa souveraineté est inaliénable, indivisible et ne se représente pas : Rousseau adresse ici une critique directe au régime représentatif, dont il juge qu'il ne laisse au peuple qu'une liberté intermittente.

Le gouvernement, lui, n'est qu'un corps intermédiaire, commis à l'exécution des lois et révocable. La confusion des deux est, selon lui, la principale source de la corruption politique. Le troisième livre analyse avec une certaine mélancolie la pente qui conduit tout gouvernement à s'approprier la souveraineté qu'il devrait seulement servir.

Le législateur et la religion civile

Deux chapitres ont particulièrement retenu l'attention des commentateurs. Celui du législateur, cette figure extraordinaire chargée de donner ses lois à un peuple qui n'est pas encore capable de les vouloir, pose le problème du commencement : comment un peuple pourrait-il vouloir ce qui doit précisément le constituer en peuple ? Celui de la religion civile propose un ensemble minimal de dogmes destinés à assurer la loyauté des citoyens, et c'est lui qui valut au livre ses condamnations les plus vives.

Postérité

L'influence du Contrat social sur la Révolution française est considérable, quoique sa nature soit discutée. Le vocabulaire de la souveraineté du peuple et de la volonté générale passe dans les textes fondateurs de 1789 et de 1793, et Rousseau devient une référence obligée des orateurs révolutionnaires. Les historiens se divisent cependant sur la question de savoir si les révolutionnaires ont mis en œuvre sa pensée ou s'ils ont sélectionné dans son œuvre ce qui servait leurs propres constructions.

Au-delà, le livre est l'une des matrices de la théorie démocratique moderne. Le républicanisme, les théories contemporaines de la délibération et jusqu'aux discussions actuelles sur la démocratie directe y renvoient constamment.

Controverses

Le Contrat social est l'un des textes les plus âprement discutés de la philosophie politique.

La lecture dite totalitaire, associée notamment aux travaux de Jacob Talmon au milieu du vingtième siècle, voit dans la volonté générale un principe qui autorise à contraindre l'individu au nom de ce qu'il voudrait s'il était éclairé. La formule du premier livre selon laquelle on peut être forcé d'être libre est le foyer de cette interprétation.

Ses défenseurs répondent que cette lecture isole des formules de leur contexte. Ils font valoir que Rousseau soumet le souverain à des conditions strictes, que la volonté générale ne porte que sur des objets généraux et qu'elle ne peut par construction viser un individu particulier. Les travaux de Robert Derathé sur Rousseau et la science politique de son temps ont beaucoup contribué à replacer l'ouvrage dans la tradition du droit naturel, contre les lectures anachroniques.

Une deuxième discussion porte sur la cohérence de l'œuvre de Rousseau. Comment concilier l'éloge de l'indépendance naturelle du Discours sur l'origine de l'inégalité avec la théorie de l'association politique ? Les interprètes se partagent entre ceux qui y voient une rupture et ceux qui y voient deux moments d'une même démonstration.

Une troisième porte sur la faisabilité. Rousseau lui-même souligne que son modèle suppose un État de petite dimension, une relative égalité des conditions et des mœurs simples. On lui a reproché d'avoir bâti une théorie inapplicable aux grands États modernes ; on lui a répondu qu'il s'agissait moins d'un programme que d'un critère permettant de juger les institutions existantes.

Comment le lire

Le livre est court mais dense, et son argumentation est plus serrée qu'il n'y paraît. Les deux premiers livres suffisent à en saisir l'essentiel. Une lecture du Léviathan de Hobbes et du Second traité du gouvernement civil de Locke éclaire par contraste ce que Rousseau conserve et ce qu'il refuse de la tradition contractualiste.