Méditations métaphysiques

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Titre original : Meditationes de prima philosophia

Publication : 1641

Type : Traite

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Analyse

Parues en latin en 1641 sous le titre « Meditationes de prima philosophia », les « Méditations métaphysiques » sont l'ouvrage dans lequel René Descartes expose de la manière la plus rigoureuse le fondement de sa philosophie. Six journées de réflexion y conduisent le lecteur du doute le plus radical à la certitude du sujet pensant, puis de l'existence de Dieu à celle du monde matériel. Peu de textes ont eu autant d'influence sur la forme même que prend depuis lors la question de la connaissance.

Contexte de publication

Descartes avait déjà présenté sa méthode en français, en 1637, dans le « Discours de la méthode ». Il jugeait toutefois cette présentation trop rapide sur les questions métaphysiques. Les « Méditations » sont écrites en latin, langue des savants et des théologiens, et adressées aux docteurs de la Sorbonne.

Leur singularité éditoriale tient au dispositif qui les accompagne. Avant publication, Descartes fait circuler le manuscrit auprès de lecteurs choisis par l'intermédiaire du père Marin Mersenne, qui joue à Paris le rôle de plaque tournante de la vie savante. Les objections recueillies et les réponses de Descartes paraissent avec le texte. Parmi les objecteurs figurent le théologien Caterus, un groupe de théologiens et de philosophes réunis par Mersenne, Thomas Hobbes, Antoine Arnauld, Pierre Gassendi et le jésuite Bourdin. Une seconde édition, l'année suivante, ajoute un dernier ensemble d'objections. Une traduction française, due au duc de Luynes pour les méditations et à Clerselier pour les objections, paraît quelques années plus tard avec l'aval de l'auteur.

Structure de l'ouvrage

Les six méditations forment un parcours ordonné, chacune supposant la précédente.

La première met en doute tout ce qui peut l'être : les sens trompent parfois, le rêve rend indiscernable la veille, et l'hypothèse d'un malin génie tout-puissant permet de suspendre jusqu'aux vérités mathématiques.

La deuxième trouve dans ce doute même un point fixe : quoi que je pense, si je pense, je suis. Elle poursuit par l'analyse du morceau de cire, qui montre que la connaissance des corps relève de l'entendement et non des sens.

La troisième examine les idées présentes en l'esprit et conclut, à partir de l'idée d'infini, que celle-ci ne peut avoir été produite par un être fini : Dieu existe.

La quatrième explique l'erreur non par un défaut de Dieu mais par la disproportion entre un entendement limité et une volonté sans bornes.

La cinquième reprend l'existence de Dieu par un autre chemin, à partir de la seule essence d'un être parfait, et fonde la certitude des vérités mathématiques.

La sixième établit l'existence des choses matérielles, distingue réellement l'âme et le corps, et décrit néanmoins leur union étroite, dont témoignent la faim, la soif et la douleur.

Thèses centrales

Le doute cartésien est méthodique et non sceptique : il n'est pas une fin, c'est un instrument destiné à isoler ce qui résiste. Descartes le pousse volontairement au-delà du raisonnable, ce qu'on appelle le doute hyperbolique, afin que la certitude obtenue soit inébranlable.

Le cogito est cette certitude. Dans les « Méditations », il prend la forme « je suis, j'existe », vraie chaque fois que je la prononce ou la conçois. La formule plus connue « je pense, donc je suis » appartient au « Discours de la méthode ». Cette différence n'est pas anodine : elle a nourri un long débat pour savoir si le cogito est un raisonnement ou la saisie immédiate d'une évidence.

La distinction de l'âme et du corps est réelle, c'est-à-dire que l'une peut être conçue clairement sans l'autre. L'âme est une chose qui pense, le corps une chose étendue. Cette séparation ouvre la voie à une physique entièrement mécanique, débarrassée des qualités et des formes héritées de la tradition, mais elle laisse en suspens la question de leur union, que Descartes reconnaît lui-même mal élucidée.

La véracité divine joue un rôle de garantie : parce que Dieu n'est pas trompeur, ce que je conçois clairement et distinctement est vrai. C'est cette garantie qui permet de sortir du doute et de retrouver le monde.

Citations et formules marquantes

Deux formules concentrent l'ouvrage. La première est la conclusion de la deuxième méditation, où Descartes établit qu'il est, qu'il existe, aussi longtemps qu'il pense. La seconde est la définition qui suit immédiatement : il est une chose qui pense, c'est-à-dire qui doute, conçoit, affirme, nie, veut, imagine et sent.

Postérité

L'ouvrage a durablement fixé la forme de la philosophie moderne, au point que l'on parle couramment d'une période cartésienne de la pensée. Nicolas Malebranche en développe une version où Dieu occupe une place plus grande encore. Baruch Spinoza en critique le dualisme en refusant qu'il y ait deux substances. Gottfried Wilhelm Leibniz en conteste la théorie de l'union de l'âme et du corps. Emmanuel Kant s'attaque frontalement à la preuve tirée de la seule essence d'un être parfait, dont il soutient qu'elle traite indûment l'existence comme une propriété.

Au XXe siècle, Edmund Husserl reprend explicitement ce geste dans ses « Méditations cartésiennes », en y voyant l'acte de naissance d'une philosophie qui commence par le sujet. Les sciences cognitives contemporaines, quant à elles, discutent le dualisme cartésien le plus souvent pour s'en écarter.

Controverses

La plus célèbre est ce que l'on appelle le cercle cartésien, objection formulée par Arnauld : Descartes fonde la validité des idées claires et distinctes sur la véracité divine, mais il établit l'existence de Dieu au moyen d'idées claires et distinctes. Descartes y répond en distinguant les évidences actuelles, qui n'ont pas besoin de garantie, et le souvenir des démonstrations passées, qui en a besoin. Les commentateurs restent partagés sur la solidité de cette réponse.

Le dualisme fait l'objet d'un second débat, ouvert dès la correspondance avec Élisabeth de Bohême : comment deux substances aussi hétérogènes peuvent-elles agir l'une sur l'autre ? Descartes n'a pas donné de réponse qui ait convaincu ses successeurs.

Gassendi objectait de son côté que le doute sur les sens est excessif et que le cogito ne prouve pas l'existence d'une substance pensante distincte, mais seulement celle d'un acte de pensée. Hobbes formulait une critique voisine. Ces objections restent aujourd'hui encore les points d'entrée des discussions sur l'ouvrage.

Pour commencer la lecture

Les « Méditations » sont brèves et se lisent d'une traite, ce qui est d'ailleurs la lecture que Descartes recommandait. Il est utile de lire ensuite au moins les objections de Gassendi et d'Arnauld avec les réponses, qui éclairent le texte mieux que bien des commentaires.