Les Origines du totalitarisme

Fiche rédigée avec l'assistance d'une IA - peut contenir des erreurs. En savoir plus

Titre original : The Origins of Totalitarianism

Publication : 1951

Type : Essai

Vous souhaitez lire ce livre ? Commander chez une librairie indépendante - et soutenir la culture de proximité.

Analyse

Publié en anglais en 1951, « Les Origines du totalitarisme » est le livre qui a fait connaître Hannah Arendt. Écrit dans les années qui suivent immédiatement la Seconde Guerre mondiale, alors que les archives des camps commencent à être connues, il tente de comprendre comment a pu apparaître une forme de domination sans précédent, qui ne se contente pas de museler la vie politique mais entreprend de transformer la nature humaine elle-même.

Contexte de publication

Arendt, née à Hanovre, a fui l'Allemagne en 1933, séjourné en France puis gagné les États-Unis en 1941. Elle écrit en anglais, langue qu'elle a apprise tardivement, à partir d'une expérience d'apatride qu'elle a vécue plusieurs années.

Le livre a connu plusieurs états. Des éditions ultérieures ajoutent notamment un chapitre sur l'idéologie et la terreur et prennent en compte les événements survenus après la mort de Staline. En français, l'ouvrage a d'abord paru en volumes séparés, correspondant à ses trois parties, avant d'être réuni en un seul volume au début des années deux mille. Cette histoire éditoriale explique que des lecteurs français connaissent parfois « Le Système totalitaire » sans savoir qu'il s'agit du dernier tiers d'un ensemble.

Structure de l'ouvrage

L'ouvrage se compose de trois parties dont l'unité a souvent surpris.

La première, sur l'antisémitisme, distingue l'hostilité religieuse ancienne d'un antisémitisme politique moderne, apparu au XIXe siècle. Arendt le relie au déclin de l'État-nation et à la position particulière des juifs, associés au pouvoir d'État sans y participer, ce qui les rendait visibles sans les protéger. L'affaire Dreyfus y occupe une place centrale, comme répétition générale des phénomènes ultérieurs.

La deuxième, sur l'impérialisme, couvre la période qui s'étend des années 1880 à la Première Guerre mondiale. Arendt y voit le laboratoire du totalitarisme : l'expansion pour l'expansion, sans autre but qu'elle-même, la domination administrative de vastes populations, l'usage du racisme comme principe d'organisation et l'apparition des mouvements pan-nationalistes en Europe centrale et orientale.

La troisième décrit le totalitarisme proprement dit, à partir des régimes nazi et stalinien. Elle analyse la société de masse, le rôle du mouvement plutôt que du parti, la police secrète, la logique de l'idéologie, la terreur et enfin les camps, présentés comme les laboratoires où se vérifie que tout est possible.

Thèses centrales

Le totalitarisme n'est pas une tyrannie aggravée mais une forme inédite de domination. La tyrannie supprime la liberté politique et laisse subsister la vie privée. Le totalitarisme veut abolir toute spontanéité, y compris la capacité de penser et d'agir de manière imprévisible.

Sa condition sociale est l'isolement des individus. Arendt insiste sur le rôle des masses, c'est-à-dire d'individus désaffiliés, sortis des classes et des appartenances qui donnaient un sens à leur vie, et dès lors disponibles pour un mouvement qui leur offre une explication totale du monde. Elle distingue la solitude choisie, l'isolement politique et la désolation, qui est la perte de tout rapport aux autres et le terrain le plus favorable à la domination totale.

L'idéologie joue un rôle propre. Elle ne se contente pas de proposer une vision du monde : elle enchaîne des déductions à partir d'une prémisse unique, la lutte des races ou la lutte des classes, avec une cohérence qui devient indifférente à l'expérience. La terreur en est l'exécution.

Une autre thèse a connu une grande fortune, celle du droit d'avoir des droits. En observant le sort des apatrides et des réfugiés de l'entre-deux-guerres, Arendt constate que les droits dits de l'homme se sont révélés inopérants dès lors que leurs titulaires ne relevaient plus d'aucune communauté politique. La perte de la citoyenneté précède, dans son analyse, la perte de toute protection.

Postérité

L'ouvrage a fixé pour longtemps les termes du débat sur les régimes du XXe siècle et a contribué à faire du mot totalitarisme une catégorie de la théorie politique. La notion de droit d'avoir des droits est devenue, plusieurs décennies plus tard, une référence constante des travaux sur les réfugiés, l'apatridie et les frontières.

Le livre a aussi ouvert le chemin des travaux ultérieurs d'Arendt. Le rapport sur le procès Eichmann, publié en 1963, prolonge cette réflexion en déplaçant l'attention du système vers l'exécutant, avec la formule discutée de banalité du mal.

Controverses

La première porte sur le rapprochement entre le nazisme et le stalinisme. De nombreux historiens ont jugé que les deux régimes diffèrent trop, par leur idéologie, leur trajectoire et la nature de leur violence, pour être rangés sous un même concept. D'autres soutiennent que la comparaison ne vaut pas assimilation et que la catégorie garde une valeur descriptive. La discussion est d'autant plus difficile qu'elle a été traversée par les affrontements politiques de la guerre froide, où le terme a servi d'arme.

La deuxième porte sur la méthode. Arendt ne procède pas comme une historienne : elle choisit ses exemples, néglige des sources et construit un récit conceptuel. Elle en était consciente et affirmait chercher à comprendre plutôt qu'à expliquer, ce que certains lecteurs tiennent pour une force et d'autres pour une faiblesse.

La troisième, plus récente, porte sur les pages consacrées à l'Afrique dans la partie sur l'impérialisme. Plusieurs chercheurs ont relevé qu'Arendt y reprend, en les attribuant au regard des colonisateurs, des descriptions qui reconduisent des stéréotypes coloniaux. Ses défenseurs soulignent qu'elle a été l'une des premières à établir un lien entre violence coloniale et violence totalitaire en Europe, thèse aujourd'hui largement reprise.

Enfin, la question de savoir si le concept s'applique à des régimes contemporains fait débat. Arendt réservait le terme à des configurations historiques précises et se méfiait des extensions faciles.

Pour commencer la lecture

L'ouvrage est volumineux et ses trois parties peuvent se lire séparément. La troisième est la plus accessible et la plus souvent citée. Le chapitre sur le déclin de l'État-nation et la fin des droits de l'homme, à la fin de la deuxième partie, est celui dont l'actualité est la plus immédiate.