L'Existentialisme est un humanisme

Fiche rédigée avec l'assistance d'une IA - peut contenir des erreurs. En savoir plus

Titre original : L'existentialisme est un humanisme

Publication : 1946 (conférence de 1945)

Type : Essai

Vous souhaitez lire ce livre ? Commander chez une librairie indépendante - et soutenir la culture de proximité.

Analyse

Le 29 octobre 1945, Jean-Paul Sartre donne à Paris une conférence devant une salle comble. Il s'agit de répondre publiquement aux attaques dont l'existentialisme fait l'objet. Le texte, publié l'année suivante, est devenu la porte d'entrée la plus fréquentée de sa philosophie, et celle dont il s'est le plus méfié.

Circonstances

La conférence est prononcée au club Maintenant, quelques mois après la Libération. L'existentialisme est alors au centre d'une polémique intense. Les catholiques lui reprochent de nier toute valeur transcendante et de conduire au désespoir ; les marxistes lui reprochent un individualisme bourgeois, une philosophie de la contemplation incapable de fonder une action collective.

Sartre reprend ces objections une à une. Le texte a donc une structure défensive : c'est un plaidoyer, écrit dans l'urgence et prononcé devant un public non spécialisé. La publication chez Nagel, en 1946, en conserve le ton oral.

L'argument central

L'existence précède l'essence

La formule est le cœur du texte. Sartre l'explique par une comparaison. Un coupe-papier est fabriqué selon un concept qui définit à la fois ce qu'il est et à quoi il sert ; son essence précède son existence. Si Dieu n'existe pas, aucun concept de ce genre ne préside à la fabrication de l'homme. L'être humain existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et se définit ensuite.

Il n'y a donc pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait, et cette proposition est ce que Sartre appelle le premier principe de l'existentialisme.

Délaissement, angoisse, désespoir

Le texte reprend trois termes que la polémique lui reprochait et en propose une définition précise.

Le délaissement nomme la conséquence de l'absence de Dieu : nous ne trouvons devant nous ni valeurs données ni ordres qui légitiment notre conduite. Sartre illustre ce point par le cas, resté célèbre, de l'étudiant partagé entre le départ pour la France libre et le devoir de rester auprès de sa mère. Aucune doctrine, morale kantienne ou morale chrétienne, ne tranche à sa place. Il doit inventer.

L'angoisse n'est pas un pathos mais la conscience de cette responsabilité. En choisissant, vous choisissez une image de l'homme ; vous engagez, dit Sartre, l'humanité entière, puisque vous affirmez par votre acte la valeur de ce que vous avez choisi.

Le désespoir signifie que nous n'agissons que dans les limites de ce qui dépend de notre volonté, sans compter sur des concours extérieurs.

La condamnation à la liberté

La formule selon laquelle l'homme est condamné à être libre condense l'ensemble. Condamné parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, libre parce qu'une fois jeté dans le monde il répond de tout ce qu'il fait. L'excuse par les circonstances, par la nature, par le tempérament est écartée : Sartre nomme mauvaise foi cette fuite devant la liberté.

En quoi est-ce un humanisme

Sartre distingue deux sens du mot. Il rejette l'humanisme qui prend l'homme pour fin et pour valeur en soi, qu'il juge absurde. Il revendique un humanisme autre, fondé sur le dépassement de soi : l'homme n'est jamais enfermé en lui-même, il est toujours en avant de lui-même, projeté vers des fins qu'il pose. C'est cette transcendance, jointe à la subjectivité qui la porte, qui définit l'humanisme existentialiste.

Rapport à l'œuvre de Sartre

Le texte simplifie considérablement les analyses de L'Être et le Néant, publié deux ans plus tôt. La description ontologique de l'en-soi et du pour-soi, l'analyse du regard d'autrui, la théorie de la mauvaise foi y sont ramenées à quelques formules frappantes, sans l'appareil phénoménologique qui les soutient. Cette réduction fait la clarté du texte et cause sa fragilité.

Sartre lui-même a exprimé des réserves sur cette publication et l'a regrettée. Ses positions ultérieures, notamment dans la Critique de la raison dialectique, accordent une place beaucoup plus grande au conditionnement social et historique, ce qui atténue l'accent mis ici sur la liberté du choix individuel.

Postérité

Le petit livre est probablement le texte philosophique français le plus lu du vingtième siècle. Il figure durablement dans les programmes d'enseignement et il a fixé, pour plusieurs générations, l'image publique de l'existentialisme.

Cette diffusion a des effets contrastés. Elle a donné à une philosophie technique une audience qu'elle n'aurait jamais eue autrement. Elle a aussi installé des raccourcis tenaces, à commencer par l'idée que l'existentialisme se résumerait à l'affirmation d'une liberté sans condition.

Controverses

Plusieurs objections ont été adressées au texte, souvent dès sa parution.

La première vient des marxistes. Si l'homme est libre en toute situation, que devient l'analyse des conditions matérielles qui restreignent effectivement les possibilités des uns et des autres ? Sartre répond dans le texte que la liberté s'exerce en situation, mais ses adversaires ont jugé la réponse insuffisante.

La deuxième porte sur la morale. Si aucune valeur n'est donnée, sur quoi fonder un jugement ? Sartre soutient que la liberté, une fois voulue, ne peut se vouloir sans vouloir celle des autres. Beaucoup de commentateurs ont estimé que cette dérivation n'est pas démontrée et qu'elle réintroduit subrepticement une valeur universelle.

La troisième est celle de Heidegger, qui répond indirectement dans sa Lettre sur l'humanisme. Il conteste l'appropriation sartrienne de sa pensée et récuse le renversement de la formule métaphysique de l'essence et de l'existence, qui selon lui reste prisonnier de la métaphysique qu'il prétend quitter.

La quatrième, enfin, est interne. Le rapport entre ce texte et le reste de l'œuvre reste discuté : simple vulgarisation, ou infléchissement réel de la position de 1943 ?

Comment le lire

Le texte est court, oral et immédiatement accessible. Il constitue une excellente entrée à condition de le tenir pour ce qu'il est : une intervention polémique et non un exposé systématique. La lecture de L'Être et le Néant en fournit la base, et celle de Simone de Beauvoir, notamment Pour une morale de l'ambiguïté, en prolonge la question morale.