Bâle

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Nord-ouest de la Suisse, sur le Rhin, Suisse 5 min de lecture

Ville suisse du Rhin, capitale de l'imprimerie humaniste au XVIe siècle et foyer de la réflexion sur la tolérance. Érasme y est mort et Nietzsche y a enseigné dix ans.

Une université ancienne

L'université de Bâle est fondée en 1460 et demeure la plus ancienne de Suisse. Sa création prolonge le rayonnement acquis par la ville lors du concile qui s'y tint pendant près de deux décennies au XVe siècle et qui y attira des clercs et des lettrés de toute l'Europe.

Cette université a la particularité d'être restée de taille modeste tout en accueillant, à intervalles réguliers, des figures de premier plan. Elle n'a jamais eu l'ampleur de Paris ou de Bologne, mais elle a offert à ses professeurs une liberté et une tranquillité que les grandes institutions ne garantissaient pas toujours.

La capitale de l'imprimerie humaniste

Le fait décisif pour l'histoire des idées est l'installation à Bâle d'ateliers d'imprimerie de premier ordre, au premier rang desquels celui de Johann Froben. Dans les premières décennies du XVIe siècle, la ville devient l'un des lieux où se fabrique la culture savante européenne.

Érasme s'y installe en 1521, attiré par cette conjonction rare d'imprimeurs compétents, de correcteurs érudits et de bibliothèques. C'est de Bâle qu'était sortie, en 1516, son édition du Nouveau Testament en grec, l'un des ouvrages qui ont le plus contribué à transformer le rapport de l'Europe à ses textes sacrés. Il quitte la ville en 1529, lorsque la Réforme y triomphe, pour Fribourg-en-Brisgau, puis y revient en 1535. Il y meurt le 12 juillet 1536. Le peintre Hans Holbein le Jeune, dont plusieurs portraits d'Érasme sont restés célèbres, appartenait au même milieu bâlois.

Un foyer de la tolérance

La Réforme s'impose à Bâle en 1529 sous l'impulsion de Jean Oecolampade. La ville devient protestante mais conserve une réputation de modération relative, qui attire les esprits mal à l'aise dans les orthodoxies rivales.

C'est là que Sébastien Castellion, professeur de grec, publie en 1554 son « Traité des hérétiques », en réaction à la condamnation au bûcher de Michel Servet à Genève l'année précédente. Il y soutient qu'on ne peut contraindre les consciences et qu'une opinion religieuse ne se réfute pas par le feu. Le livre est l'un des grands textes fondateurs de la réflexion moderne sur la tolérance. Vous pouvez ainsi lire dans le couple formé par Genève et Bâle, au milieu du XVIe siècle, l'une des premières confrontations européennes entre la rigueur doctrinale et le droit de se tromper.

Nietzsche professeur

Au XIXe siècle, Bâle est le lieu d'un épisode capital pour la philosophie. En 1869, Friedrich Nietzsche y est nommé professeur de philologie classique alors qu'il n'a que vingt-quatre ans et n'a pas encore soutenu de thèse. Il y enseigne dix ans, jusqu'à ce que sa santé l'oblige à démissionner en 1879.

Ces années bâloises sont décisives. C'est là qu'il publie « La Naissance de la tragédie » en 1872, ouvrage qui lui vaut l'hostilité d'une partie de ses collègues philologues. C'est là aussi qu'il noue deux amitiés durables : avec le théologien Franz Overbeck, qui restera fidèle jusqu'à la fin, et avec l'historien Jacob Burckhardt, dont les cours sur la Renaissance italienne et sur la Grèce ont marqué sa pensée. Burckhardt, professeur à Bâle pendant des décennies, avait publié en 1860 un livre qui a durablement modelé l'image de la Renaissance.

Le XXe siècle

La tradition se prolonge. Karl Barth, l'un des théologiens protestants les plus influents du siècle, enseigne à Bâle à partir de 1935, après avoir été chassé de son poste en Allemagne pour son refus de prêter serment au régime nazi.

Karl Jaspers, contraint de quitter Heidelberg sous le même régime, s'installe à Bâle en 1948 et y enseigne jusqu'au début des années 1960. Il y poursuit son travail sur la philosophie de l'existence, sur la culpabilité allemande et sur ce qu'il a nommé la période axiale de l'histoire humaine.

On peut ajouter, en marge de la philosophie mais non de la pensée, que Bâle est la ville de la famille Bernoulli et le lieu de naissance de Leonhard Euler, ce qui donne à cette petite cité une densité scientifique remarquable.

Ce que le lieu représente

Bâle offre un cas intéressant pour qui s'interroge sur les conditions matérielles de la pensée. Ce n'est ni une capitale politique ni un grand centre universitaire. Sa fonction a plutôt été celle d'un refuge et d'un atelier : un endroit où l'on pouvait imprimer ce qui était interdit ailleurs, enseigner sans être surveillé de trop près et travailler à l'écart des grandes querelles tout en restant informé de tout.

Les exilés du XXe siècle y ont retrouvé, sans forcément le savoir, la fonction qu'y avaient cherchée les humanistes du XVIe. C'est une continuité que peu de villes européennes peuvent revendiquer.