Histoire des plantes

Titre original : Περὶ φυτῶν ἱστορία

Publication : fin du IVe siècle av. J.-C.

Type : Traite

Analyse

C'est le plus ancien traité de botanique qui nous soit parvenu. Neuf livres, plusieurs centaines d'espèces décrites, un vocabulaire technique créé de toutes pièces : avec cet ouvrage, Théophraste fait entrer le monde végétal dans le champ du savoir, là où il n'existait jusqu'alors que comme réserve de remèdes, de bois et de nourriture.

Le titre grec signifie littéralement enquête sur les plantes, et l'on trouve l'ouvrage aussi bien sous le titre d'Histoire des plantes que sous celui de Recherches sur les plantes. Le second rend mieux l'esprit du livre : il ne raconte rien, il cherche.

Une question préalable : qu'est-ce qu'une partie de plante ?

Le traité s'ouvre sur une difficulté que Théophraste prend au sérieux et que personne avant lui n'avait formulée. Pour décrire un animal, on dispose d'organes stables : tout cheval a quatre membres, un cœur, des yeux. Mais une plante ? Les feuilles tombent, les branches se multiplient, une bouture devient un individu entier, certaines espèces n'ont pas de tronc, d'autres pas de racines visibles.

Théophraste en tire une conclusion de méthode : il faut renoncer à transposer purement et simplement les catégories de la zoologie. Les parties de la plante doivent être définies à partir des plantes elles-mêmes, et il faut accepter que certaines soient permanentes et d'autres passagères. Cette remarque, qui occupe les premières pages, est le geste proprement philosophique du livre.

Le plan de l'enquête

Le premier livre pose les cadres : parties des plantes, différences entre les grandes classes, principes de classification. Théophraste retient une division en quatre groupes selon le port et la ramification - arbres, arbrisseaux, sous-arbrisseaux et herbes - en reconnaissant lui-même qu'elle est commode plutôt que rigoureuse, car les cas limites abondent. Il distingue par ailleurs les plantes sauvages et cultivées, annuelles et vivaces, terrestres et aquatiques.

Les livres suivants traitent de la reproduction et de la multiplication : semis, bouture, greffe, rejets. Viennent ensuite les arbres sauvages et cultivés, puis un livre consacré aux plantes propres à certaines régions, où s'accumulent les informations venues d'Égypte, de Libye et d'Inde. Le traité se poursuit par l'étude du bois et de ses qualités, celle des arbrisseaux, celle des plantes potagères et des céréales, et s'achève sur les sucs, les résines et les plantes médicinales.

Cette progression n'est pas arbitraire. Elle va du général au particulier, du vivant entier à ses produits, et de ce que l'on peut observer en Grèce à ce que l'on rapporte de loin.

La méthode

Trois traits font la valeur scientifique de l'ouvrage.

Le premier est la place donnée au milieu. Théophraste ne décrit pas une plante comme un objet isolé : il indique le sol, l'exposition, l'altitude, le climat qui lui conviennent, et observe que la même espèce change de port selon l'endroit où elle pousse. L'idée qu'un vivant ne se comprend pas sans son environnement est ici à l'œuvre bien avant d'avoir un nom.

Le deuxième est la précision des descriptions utiles. On y apprend que le palmier-dattier porte des individus de sexes différents et que les cultivateurs secouent les inflorescences mâles au-dessus des femelles pour assurer la fructification. On y trouve de même la pratique consistant à favoriser la maturation des figues en y installant des insectes. Théophraste rapporte ces techniques sans toujours en comprendre le mécanisme, mais il les enregistre exactement.

Le troisième est l'honnêteté des sources. Il signale ce qu'il a vu, ce qu'il tient de cultivateurs, de bûcherons ou d'herboristes, et ce qui lui vient des récits de voyage - notamment des compagnons d'Alexandre, qui lui ont rapporté le figuier des banians, le coton ou les arbres des mangroves. Lorsqu'un rapport lui paraît douteux, il le dit. Lorsqu'il ne sait pas, il laisse la question ouverte.

Ce que le livre ne fait pas

Il faut mesurer aussi les limites, qui ne sont pas des erreurs mais des choix. L'Histoire des plantes décrit et classe ; elle cherche peu les causes. C'est l'objet du traité qui lui fait suite, Les Causes des phénomènes végétaux, où Théophraste demande pourquoi les plantes germent, dégénèrent ou réagissent à la greffe comme elles le font. Les quatre causes héritées du péripatétisme y jouent un rôle que le présent ouvrage se contente de préparer.

La classification, par ailleurs, ne prétend pas à l'ordre naturel que les botanistes modernes chercheront. Elle sert à parler des plantes, non à exprimer leur parenté. Reprocher à Théophraste de ne pas avoir fondé la systématique revient à lui reprocher de ne pas avoir eu nos questions.

La transmission et la fortune

Le texte a connu une circulation continue, ce qui est rare pour un traité technique antique. Pline l'Ancien l'utilise abondamment dans son encyclopédie naturaliste, souvent sans le citer ; par ce canal, Théophraste irrigue toute la littérature latine sur les plantes. Le monde arabe le lit et le discute. L'Occident latin le retrouve directement à la fin du XVe siècle, par une traduction humaniste qui connaît un large succès.

S'ouvre alors un second âge du livre. Les botanistes de la Renaissance, occupés à identifier les plantes de leurs régions et à constituer des herbiers, s'en servent comme d'un modèle et d'un étalon : on cherche à retrouver dans la flore locale les espèces que Théophraste décrit, et c'est en constatant les écarts que l'on apprend à décrire pour son propre compte. La tradition a fini par faire de lui le père de la botanique, titre qui simplifie beaucoup mais enregistre un fait : avant ce traité, il n'existait pas de discours suivi sur les plantes comme telles.

Pourquoi le lire

On ne lit plus l'Histoire des plantes pour s'informer sur les plantes. On la lit pour voir une science naître, et c'est un spectacle rare. Vous y trouverez un auteur qui doit inventer ses mots, avouer ses lacunes, arbitrer entre des témoignages contradictoires et résister à la tentation de combler les trous.

Le traité pose enfin une question que la philosophie contemporaine a reprise : qu'est-ce qu'un vivant qui ne se déplace pas, ne sent pas comme nous et dont l'individualité même est incertaine ? Théophraste n'y répond pas. Il a le mérite de l'avoir posée le premier.

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