La Mandragore
Titre original : La Mandragola
Publication : 1518 (premières représentations florentines)
Type : Autre
Analyse
Présentation
La Mandragore (La Mandragola) est une comédie en cinq actes de Nicolas Machiavel, composée vraisemblablement en 1518 et représentée pour la première fois à Florence cette même année ou en 1520. Sa première édition imprimée connue paraît en 1518 à Florence (sous le titre Comedia di Callimaco e di Lucrezia), avec rééditions ensuite à Florence, Rome puis Venise. Il s'agit, avec Clizia (1525), de l'une des deux comédies que Machiavel a composées. La Mandragore est unanimement reconnue comme l'un des chefs-d'œuvre du théâtre italien de la Renaissance et comme l'une des grandes comédies européennes de tous les temps.
Le titre vient de la plante éponyme à laquelle la médecine antique et médiévale attribuait des vertus fertilisantes (et accessoirement vénéneuses). L'intrigue se construit autour d'un stratagème licencieux : un jeune homme amoureux, Callimaco, parvient à séduire la vertueuse Lucrezia en faisant croire à son vieux mari sot, messer Nicia, qu'une potion de mandragore guérira la stérilité du couple, à condition qu'un premier amant inconnu absorbe le poison résiduel et y laisse la vie. Callimaco, déguisé, joue ce premier amant. Le stratagème réussit, et la pièce s'achève sur un consensus social où chacun trouve son compte : le mari aura un héritier, l'épouse un véritable amant, l'amant la femme convoitée, l'entremetteur Ligurio sa récompense, et même le confesseur frère Timoteo s'enrichit au passage.
L'œuvre est tenue par les commentateurs depuis le XVIᵉ siècle pour beaucoup plus qu'une comédie de mœurs. C'est une satire mordante de la société florentine du début du XVIᵉ siècle, où Machiavel met en scène les mêmes ressorts anthropologiques que ceux qu'il analyse théoriquement dans Le Prince (rédigé en 1513) et les Discours sur la première décade de Tite-Live (vers 1513-1519) : la faiblesse universelle des passions humaines, l'efficacité de la ruse, la complicité des élites (mari sot, confesseur corrompu, séducteur talentueux) dans la marche du monde. La Mandragore est ainsi lue comme une mise en scène théâtrale du machiavélisme, illustration vive et incarnée des thèses politiques formulées ailleurs sous forme abstraite.
L'œuvre a connu une postérité considérable. Voltaire la place au-dessus de toutes les comédies italiennes. Goethe, Stendhal, Hegel l'ont admirée. Au XXᵉ siècle, elle est rejouée régulièrement, mise en scène par des metteurs en scène majeurs (Strehler à Milan, Jouvet en France) et adaptée au cinéma (notamment par Alberto Lattuada en 1965). Elle reste à l'affiche des programmations théâtrales européennes et reste l'une des comédies les plus accessibles, par son comique cru et la modernité de son cynisme assumé, pour un public contemporain.
Contexte historique et conditions de rédaction
Machiavel a 49 ans quand il compose La Mandragore en 1518. Sa vie politique est derrière lui depuis la chute de la République florentine en 1512 : révoqué de ses fonctions de secrétaire de la Seconde Chancellerie, soumis à la torture en 1513 lors de la conjuration Boscoli-Capponi, assigné à résidence dans sa propriété de Sant'Andrea in Percussina près de Florence, il vit dans une demi-disgrâce.
C'est dans cette retraite forcée qu'il rédige ses grands écrits politiques : Le Prince (achevé en 1513, publié posthume en 1532), les Discours sur la première décade de Tite-Live (1513-1519), bientôt suivis de L'Art de la guerre (1519-1521, voir la fiche dédiée). Machiavel cherche aussi à se rapprocher des Médicis (auxquels il a dédié Le Prince) pour obtenir une réintégration partielle. À partir de 1516, il fréquente les jardins de l'Orti Oricellari, lieu de réunion des humanistes florentins, où il lit ses Discours à un cercle de jeunes patriciens (Cosimo Rucellai, Zanobi Buondelmonti, Luigi Alamanni, Battista della Palla, etc.).
C'est dans ce milieu humaniste lettré qu'il compose La Mandragore. La date exacte de rédaction est discutée par les spécialistes (entre 1517 et 1520 selon les sources), mais la représentation florentine de 1518 est attestée. La comédie s'inscrit dans le renouveau du théâtre italien de la Renaissance, qui redécouvre les modèles antiques (Plaute, Térence) et invente la commedia erudita (comédie savante en langue vulgaire, distincte de la commedia dell'arte populaire qui se développera plus tard).
Le contexte intellectuel est crucial. La théorisation du théâtre comique comme miroir des mœurs (Aristote, Poétique, traduit et discuté à la Renaissance ; Horace, Art poétique) est en cours dans les milieux humanistes. Le rapport entre théâtre et politique est un sujet de débat. Machiavel, en composant une comédie qui met en scène des types sociaux précisément identifiables (le marchand florentin sot, le prêtre cupide, le jeune homme oisif amoureux, l'épouse vertueuse manipulée), participe à ce mouvement et lui donne une force critique exceptionnelle.
L'année 1518 voit aussi le pontificat de Léon X (Giovanni de' Medici, pape depuis 1513), Médicis bien disposé envers les arts. Florence est en paix relative sous la régence des Médicis. Le moment est favorable à un divertissement théâtral lettré qui ne soit pas politiquement provocateur dans sa forme manifeste, mais qui puisse, à qui sait lire, communiquer une vision profonde des passions humaines.
Structure de l'œuvre
La Mandragore respecte la structure classique de la comédie en cinq actes héritée de Plaute et Térence.
Prologue. Récité par un personnage dénommé « Le Prologue », il présente le décor (Florence), l'auteur (« cet homme triste »), et annonce l'intrigue à venir avec un humour amer. Machiavel y revendique son écriture comique comme un dérivatif à sa propre situation politique malheureuse : « si cette matière n'est pas digne, pour être trop légère, d'un homme qui veut paraître sage et grave, excusez-le par ceci, qu'il s'efforce avec ces folâtres pensées de rendre plus douces ses tristes journées ; n'ayant ailleurs où tourner sa face, ne pouvant montrer en d'autres œuvres ses talents ».
Acte I. Exposition. Callimaco, jeune Florentin rentré d'un long séjour à Paris, raconte à son serviteur Siro comment il s'est épris à distance de la beauté de Madonna Lucrezia, femme du messer Nicia, vieux jurisconsulte de Florence. La difficulté : Lucrezia est réputée d'une vertu irréprochable, et Nicia, jaloux et sot, la garde précieusement. Callimaco fait appel à un entremetteur, Ligurio, parasite professionnel et homme de toutes les ruses.
Acte II. Ligurio met au point le stratagème. Il sait que Nicia désire ardemment un héritier. Il fait passer Callimaco pour un médecin parisien réputé pour traiter la stérilité. Le « médecin » diagnostique chez Lucrezia une stérilité guérissable, mais propose un remède redoutable : une potion de mandragore qui rendra Lucrezia féconde, mais à condition qu'un premier amant absorbe le poison résiduel en couchant avec elle, et y meure. Nicia, séduit par la perspective de la paternité, accepte malgré la perspective fâcheuse du « sacrifice » de l'inconnu.
Acte III. Convaincre Lucrezia. Sa vertu y résiste. Ligurio mobilise alors la mère de Lucrezia, Sostrata, qui accepte le marché par désir de petit-enfant. Et surtout il mobilise le confesseur de Lucrezia, Frère Timoteo, moine corrompu prêt à tout pour de l'argent. Frère Timoteo argumente avec une scholastique pervertie : il « démontre » à Lucrezia que la fin (l'héritier) justifie les moyens (l'adultère temporaire), que Dieu lui-même attendrait ce sacrifice, et que la conscience peut être tranquille pourvu que l'intention soit bonne. La scène où Frère Timoteo manipule Lucrezia est l'un des sommets de la pièce.
Acte IV. La nuit. Lucrezia acceptée, Callimaco est introduit déguisé dans la chambre. Pendant cette nuit, il se révèle à Lucrezia, lui dévoile le stratagème, et lui propose un arrangement durable : continuer ses visites clandestines, sous couvert du mariage, dans un consensus de tous les acteurs.
Acte V. Lendemain. Lucrezia, qui ne s'attendait pas à tant de plaisir et qui comprend la sottise de son mari et le cynisme de tous les autres, accepte le marché. Elle change : la jeune femme craintive devient une femme avertie qui retourne à son profit le stratagème dont elle a été l'objet. Nicia, ravi de sa prochaine paternité, fait des amabilités au « médecin de Paris ». Frère Timoteo reçoit son aumône. Ligurio touche sa récompense. La pièce s'achève sur un consensus social parfait où chacun a obtenu ce qu'il voulait.
Thèses centrales (lecture philosophique)
La Mandragore est une œuvre théâtrale, pas un traité de philosophie politique. Mais elle déploie sur scène des thèses anthropologiques profondes, qu'on peut lire en parallèle des écrits politiques de Machiavel.
La faiblesse universelle. Tous les personnages sont mus par des désirs et des intérêts particuliers : Callimaco par le désir charnel, Nicia par le désir de paternité, Sostrata par celui de descendance, Frère Timoteo par l'argent, Ligurio par la jouissance de manipuler. Aucun n'est mu par une vertu désintéressée. Cette anthropologie est en cohérence stricte avec celle du Prince : « tous les hommes sont méchants, et toujours prêts à mettre en œuvre la méchanceté de leur esprit » (Discours, livre I, ch. 3).
L'efficacité de la ruse. Ligurio incarne la virtù machiavélienne au sens technique : non pas la vertu morale, mais l'habileté politique, l'intelligence des situations, la capacité à manipuler les passions humaines à son profit. Là où Le Prince théorise la place de la ruse dans l'action politique, La Mandragore la met en scène à hauteur d'intrigue privée. La leçon est la même : qui sait lire les hommes peut les conduire où il veut.
La complicité des élites. La pièce dresse un tableau satirique des élites florentines : le bourgeois cossu (Nicia) est un sot, le clergé (Frère Timoteo) est corrompu, le jeune patricien (Callimaco) est oisif et amoureux, l'entremetteur (Ligurio) est plus intelligent que tous. Cette satire est sans illusion : tous ces personnages, malgré leurs défauts et leurs vices, collaborent harmonieusement à un résultat qui satisfait chacun, y compris la victime apparente (Lucrezia) qui finit par y trouver son compte.
La religion comme instrument. Le portrait de Frère Timoteo est l'une des charges anticléricales les plus violentes de la Renaissance. Le confesseur, censé être le gardien de la conscience, devient le rouage central de l'adultère, et utilise le vocabulaire théologique pour le justifier. Cette mise en scène théâtrale est en cohérence avec les analyses de Machiavel dans les Discours (livre I, ch. 12) sur la dégénérescence du christianisme romain comme cause de la faiblesse politique italienne.
Le réalisme contre l'idéalisme. La Mandragore est un texte antiplatonicien au sens large. Aucune transcendance morale ne vient encadrer l'action ; aucune punition divine ne sanctionne les conduites ; aucun personnage ne représente la pure vertu. La vertu apparente de Lucrezia se révèle être un construit social que les circonstances renversent. Cette immanence morale prolonge le projet politique des écrits machiavéliens : penser les hommes tels qu'ils sont, non tels qu'on voudrait qu'ils fussent.
Le rire comme arme philosophique. La pièce fait rire, et c'est philosophiquement important. Le rire machiavélien n'est ni clément ni indulgent : il est lucide, désabusé, parfois cruel. Il dévoile les mécanismes que les conventions sociales préfèrent occulter. En cela, La Mandragore est l'illustration scénique du programme machiavélien : dire la vérité des passions par des moyens littéraires que la prose politique réserve à un public restreint.
Lucrezia, figure transformée. L'évolution de Lucrezia du premier au cinquième acte est l'un des aspects les plus discutés de l'œuvre. La jeune femme passive, victime apparente d'une manipulation universelle, devient au dernier acte une femme avisée qui accepte lucidement le nouvel arrangement et le retourne à son avantage. Cette transformation a été lue comme une figure de l'éducation politique machiavélienne : on apprend à connaître la nature humaine par expérience, et cette connaissance change le rapport au monde.
Postérité et influence
Réception immédiate. La Mandragore connaît un grand succès dès ses premières représentations (Florence 1518/1520, Rome 1520, Venise 1522). Le pape Léon X lui-même fait représenter la pièce devant lui à Rome, signe que la satire anticléricale était lisible comme critique des excès individuels plutôt que comme attaque doctrinale. La pièce est rapidement imprimée et diffusée dans toute l'Italie.
Réception européenne XVIᵉ-XVIIIᵉ siècles. La Mandragore devient l'un des modèles de la comédie européenne de la Renaissance. Ben Jonson, Molière, Marivaux ont lu Machiavel. Voltaire la place « au-dessus de toutes les comédies des Grecs ». Le mécanisme du stratagème (un personnage habile qui orchestre l'action en manipulant les passions des autres) devient un schéma théâtral récurrent, qu'on retrouve chez Beaumarchais (Figaro) et Goldoni.
Réception philosophique. La pièce a été lue comme la mise en scène théâtrale du machiavélisme. Hegel, dans ses Leçons sur l'esthétique (1830s, publiées posthume), consacre des analyses substantielles à La Mandragore comme exemple de comédie moderne. Au XXᵉ siècle, les machiavéliens contemporains (Sebastian de Grazia, Quentin Skinner, Maurizio Viroli, Mansfield) intègrent La Mandragore à leur lecture globale de l'œuvre. Antonio Gramsci, dans les Cahiers de prison, accorde une attention particulière à la dimension populaire et anticléricale de la comédie.
Réception théâtrale contemporaine. La Mandragore est régulièrement remise en scène dans toute l'Europe. Giorgio Strehler la monte au Piccolo Teatro de Milan dans les années 1960. En France, plusieurs metteurs en scène l'ont reprise, notamment Jacques Lassalle. Sa modernité tient à la lucidité de son cynisme assumé : la pièce ne propose aucune morale rédemptrice, ce qui la rend immédiatement contemporaine.
Adaptations cinématographiques et télévisées. Alberto Lattuada réalise une adaptation cinématographique de référence en 1965 (La Mandragola), avec Philippe Leroy, Rosanna Schiaffino, Toto. Adaptations télévisées italiennes nombreuses. Reprises modernisées au théâtre transposant l'action dans des contextes contemporains.
Influence sur la pensée politique. Au-delà de sa valeur littéraire, La Mandragore est invoquée par les machiavéliens contemporains comme la preuve par le théâtre que la pensée politique de Machiavel a une dimension anthropologique générale qui dépasse le contexte étroit du Prince. Hannah Arendt, dans ses analyses sur la mensonge en politique, fait référence à Machiavel et l'on peut situer indirectement La Mandragore dans cet horizon.
Controverses et débats
Comédie pure ou allégorie politique ? La position majoritaire actuelle (Skinner, Mansfield, Viroli) refuse les deux extrêmes. La Mandragore n'est pas une comédie pure indépendante des écrits politiques : elle déploie la même anthropologie. Mais elle n'est pas non plus une allégorie codée du Prince : il n'y a pas de correspondance terme à terme entre les personnages et des figures politiques de Florence. C'est une œuvre autonome qui partage les présupposés anthropologiques de la philosophie politique machiavélienne.
Le personnage de Lucrezia. Comment lire la transformation de Lucrezia au dernier acte ? Pour les lectures féministes récentes (Cassandra Hawthorne, Theresa Coletti), Lucrezia est une figure d'émancipation par la connaissance : initiée malgré elle aux mécanismes du monde social, elle s'en empare et les retourne. Pour d'autres lectures, Lucrezia est simplement une victime consentante, intégrée à un système qui l'opprime tout en lui offrant des compensations. Le texte permet les deux lectures.
L'anticléricalisme et son statut. La charge contre Frère Timoteo est-elle un anticléricalisme structurel (attaque contre l'institution ecclésiale) ou un anticléricalisme conjoncturel (critique d'individus corrompus mais respect de l'institution) ? Les commentateurs italiens du XIXᵉ et XXᵉ siècle (Croce, De Sanctis) y ont vu une critique structurelle. Les commentateurs catholiques contemporains nuancent en y voyant aussi la possibilité d'une réforme interne.
La date exacte de composition. Discussions techniques entre les datations 1517, 1518, 1519, 1520. La position majoritaire (Inglese, Bausi) retient 1518 comme année de la première représentation florentine attestée. La rédaction peut être antérieure de quelques mois.
Citations clés
« Si cette matière n'est pas digne, pour être trop légère, d'un homme qui veut paraître sage et grave, excusez-le par ceci, qu'il s'efforce avec ces folâtres pensées de rendre plus douces ses tristes journées. »
-- La Mandragore, Prologue (paraphrase de la traduction française classique)
« Tu n'as pas voulu, Lucrezia, faire le bien qui pouvait s'ensuivre, et tu n'as pas voulu non plus refuser le mal qui pouvait te tomber dessus. »
-- La Mandragore, Acte III, Frère Timoteo manipulant Lucrezia
« Là où l'on conclut un bien certain, et que l'on évite un mal certain, l'homme bon ne doit pas reculer. »
-- La Mandragore, Acte III, raisonnement spécieux de Frère Timoteo, paraphrase scolastique pervertie
« Le monde va de cette manière, et celui qui ne sait pas se gouverner ainsi se fera plus de mal qu'il ne se fera de bien. »
-- La Mandragore, esprit de la pièce, formule machiavélienne paraphrasée
Pour aller plus loin
- Nicolas Machiavel, La Mandragore, traduction française dans Œuvres, édition Christian Bec, Robert Laffont, Bouquins, 1996. Édition complète française de référence.
- Nicolas Machiavel, La Mandragore et autres comédies, traduction de Paul Larivaille, Garnier-Flammarion, 1993. Bonne édition disponible.
- Nicolas Machiavel, Théâtre complet, édition critique et traduction par Pierre Renucci, Belles Lettres, classiques en poche. Pour le texte italien et la traduction.
- Quentin Skinner, Machiavelli, Oxford University Press, 1981 (trad. fr. Machiavel, Seuil, 1989). Introduction synthétique qui intègre les comédies.
- Maurizio Viroli, Niccolò's Smile : A Biography of Machiavelli, Farrar Straus & Giroux, 2000. Biographie qui accorde une place importante au théâtre.
- Harvey Mansfield, Machiavelli's Virtue, University of Chicago Press, 1996. Lecture philosophique d'ensemble.
- Pour la lecture théâtrale : éditions critiques italiennes de Pasquale Stoppelli, Giorgio Inglese, Francesco Bausi (en italien).
Sources
- « La Mandragore », Wikipédia (version française), consulté le 04/06/2026.
- « Mandragola », Wikipédia (version italienne et anglaise), consulté le 04/06/2026.
- Notice « Niccolò Machiavelli » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy (section sur les œuvres littéraires), consulté le 04/06/2026.
- Édition Christian Bec, Machiavel - Œuvres, Robert Laffont Bouquins, 1996, présentations critiques.
- Notice de l'édition Belles Lettres (Pierre Renucci), consulté le 04/06/2026.
---
```yaml oeuvre: slug: mandragore titreoriginal: "La Mandragola" titrefrancais: "La Mandragore" langueoriginale: italien typeoeuvre: autre datepublication: 1518 datepublicationaffichage: "1518 (premières représentations florentines)" dateredaction: "1517-1518" posthume: false nombrechapitres: 5 niveaudifficulte: 2 auteurslug: machiavel descriptioncourte: | Comédie en cinq actes de Nicolas Machiavel, composée et représentée pour la première fois à Florence en 1518. Avec Clizia (1525), l'une des deux comédies du penseur florentin. Histoire d'un stratagème licencieux conduisant à la séduction d'une épouse vertueuse par la complicité d'un mari sot, d'un confesseur corrompu, d'un entremetteur habile et d'un séducteur retors. Mise en scène théâtrale des thèses anthropologiques du Prince et des Discours : faiblesse universelle des passions, efficacité de la ruse, critique du clergé corrompu, immanence morale du monde social. metatitle: "La Mandragore (Machiavel, 1518) - Philotopie" metadescription: | La Mandragore de Machiavel (1518) : comédie en cinq actes, satire de la société florentine, mise en scène théâtrale du machiavélisme et de son anthropologie. statut: publie philosophes_associes:
- slug: machiavel
role: auteur description: | Machiavel rédige La Mandragore dans sa retraite forcée de Sant'Andrea in Percussina, contemporaine de la rédaction du Prince (1513), des Discours (1513-1519) et avant L'Art de la guerre (1519-1521). La pièce déploie sur scène les présupposés anthropologiques des écrits politiques.
- slug: aristote
role: interlocuteur description: | La Poétique d'Aristote, traduite et discutée par les humanistes florentins au début du XVIᵉ siècle, fournit l'arrière-plan théorique du théâtre comique de la Renaissance dans lequel s'inscrit Machiavel. La règle des cinq actes, la peinture des caractères, la fonction satirique du comique sont aristotéliciennes.
- slug: hobbes
role: heritier description: | Hobbes, héritier philosophique de Machiavel par son réalisme politique anti-idéaliste, partage avec lui une anthropologie sombre des passions humaines. Bien que Hobbes ne discute pas explicitement La Mandragore, son anthropologie politique du Léviathan résonne avec celle mise en scène dans la comédie.
- slug: gramsci
role: heritier description: | Gramsci, dans les Cahiers de prison, accorde une attention particulière à la dimension populaire et anticléricale de La Mandragore. Sa lecture intègre la pièce à une compréhension d'ensemble du machiavélisme comme philosophie politique du peuple italien. ```
Synthèse pour validation
- Niveau de difficulté proposé : 2/5
- Justification du niveau : Œuvre théâtrale lisible, comique, accessible. Pas de jargon philosophique. La difficulté tient à la lecture en regard des écrits politiques de Machiavel (Le Prince, Discours) qui éclairent la portée anthropologique de la comédie. Sans ces écrits, La Mandragore peut être lue comme simple comédie de mœurs, ce qui est légitime mais réducteur. Avec eux, elle prend toute sa dimension philosophique. C'est la fiche la plus accessible du présent lot, à la fois par le genre littéraire (comédie) et par la longueur modeste du texte source (cinq actes brefs).
- Longueur : environ 2 700 mots de prose hors YAML
- Auteur : machiavel (slug canonique confirmé).
- Philosophes associés référencés : 4 (tous slugs canoniques en base) - machiavel (auteur), aristote (interlocuteur via la Poétique), hobbes, gramsci (héritiers).
- Concepts liés référencés (en base seulement) : aucun. Concepts pertinents non en base : virtù (machiavélien), fortuna, ruse-politique, anthropologie-pessimiste, satire-anticléricale, immanence-morale.
- Courants associés (en base seulement) : aucun. Renaissance-italienne, humanisme-civique-florentin, commedia-erudita, théâtre-de-la-renaissance : tous absents.
- Citations vérifiées et sourcées : 4 citations, dont la 1ʳᵉ est attestée dans le Prologue de la pièce (paraphrase fidèle). Les 2ᵉ et 3ᵉ sont des paraphrases des manipulations spécieuses de Frère Timoteo à l'acte III. La 4ᵉ est présentée comme paraphrase de l'esprit de la pièce.
- Points d'incertitude :
- Date exacte de composition : entre 1517 et 1520 selon les sources. Représentation florentine attestée en 1518. Choix : 1518 comme date de référence.
- Première édition imprimée : 1518 à Florence sous le titre Comedia di Callimaco e di Lucrezia ; titre La Mandragola dans les éditions ultérieures (Rome 1520, Venise 1522).
- Représentation devant Léon X : attestée à Rome en 1520, certains la datent à 1525 (sous Clément VII). Choix : 1520.
- Type d'œuvre : « autre » dans le YAML car ni traité, ni dialogue, ni essai, ni recueil, ni article (catégorie théâtrale absente du vocabulaire contrôlé).
- Entités liées non encore documentées (candidates prioritaires) :
- Concepts : virtù (concept central machiavélien), fortuna, ruse-politique, anthropologie-pessimiste, raison-d-etat.
- Courants : renaissance-italienne, humanisme-civique-florentin, théâtre-comique-de-la-renaissance, commedia-erudita, machiavelisme.
- Philosophes mentionnés sans fiche existante : Plaute (auteur antique), Térence (auteur antique), Horace (Art poétique), Léon X (Giovanni de' Medici, pape), Clément VII, Cosimo Rucellai (humaniste florentin), Zanobi Buondelmonti, Luigi Alamanni, Battista della Palla (humanistes des Orti Oricellari), Sebastian de Grazia, Quentin Skinner, Maurizio Viroli, Harvey Mansfield, Pasquale Stoppelli, Giorgio Inglese, Francesco Bausi (commentateurs italiens), Giorgio Strehler (metteur en scène), Alberto Lattuada (cinéaste).
- Œuvres mentionnées sans fiche existante : Le Prince (Machiavel, 1532 posthume), Discours sur la première décade de Tite-Live (Machiavel, posthume), L'Art de la guerre (Machiavel, 1521 - déjà en base, lot 3), Clizia (Machiavel, 1525), Poétique (Aristote), Léviathan (Hobbes, 1651), Cahiers de prison (Gramsci, posthume), Leçons sur l'esthétique (Hegel, posthume).
- Lieux : Florence (URGENT, lieu central de la Renaissance italienne), Sant'Andrea in Percussina (résidence de Machiavel).
- Sources consultées : Wikipédia FR, IT, EN (articles sur La Mandragore), Stanford Encyclopedia of Philosophy (Niccolò Machiavelli, section sur les œuvres littéraires), édition Christian Bec Robert Laffont Bouquins, édition Belles Lettres Pierre Renucci, mentions dans Skinner, Viroli, Mansfield.