L'humanisme de la Renaissance
Mouvement intellectuel européen des XIVe au XVIe siècle, l'humanisme de la Renaissance redécouvre les textes antiques et place la dignité de l'homme, sa culture et sa liberté au centre de la réflexion. Il renouvelle profondément la pensée occidentale.
Origine et contexte historique
L'humanisme naît en Italie au XIVe siècle, souvent associé à la figure de Pétrarque, considéré comme son père. Passionné par les auteurs anciens, celui-ci part à la recherche des manuscrits oubliés et cherche à retrouver, par-delà les siècles, le contact direct avec la sagesse et l'éloquence des Grecs et des Romains.
Ce mouvement se répand ensuite dans toute l'Europe, porté par plusieurs facteurs. Plusieurs facteurs en accélèrent l'essor : la redécouverte de textes antiques longtemps négligés, la chute de Constantinople (qui pousse vers l'Occident des lettrés connaissant le grec) et surtout l'invention de l'imprimerie, qui permet une diffusion massive des savoirs. Aux XVe et XVIe siècles, l'humanisme atteint son plein épanouissement, d'abord en Italie, à Florence notamment, puis dans toute l'Europe, jusqu'à devenir la culture commune des élites lettrées, réunies dans ce qu'on a appelé la République des lettres.
Ce mouvement se distingue nettement de la culture qui l'a précédé. Là où la philosophie médiévale, dominée par la scolastique, s'organisait autour de la théologie et de la logique, les humanistes réhabilitent la rhétorique, l'histoire et la poésie, en manifestant un intérêt nouveau pour la vie active, la cité et le monde présent. Cet ancrage dans les affaires humaines, sensible chez les premiers humanistes italiens, donne au mouvement une tonalité résolument tournée vers l'homme et vers son action.
Les thèses centrales
L'humanisme n'est pas un système, mais un ensemble d'attitudes et de convictions partagées. Plusieurs traits le définissent.
Le premier est le retour aux sources antiques. Les humanistes veulent lire les textes grecs et latins dans leur langue d'origine, débarrassés des déformations accumulées au fil des copies. De cette exigence naît la philologie, cet art d'établir et d'interpréter les textes avec rigueur, qui devient l'un des outils majeurs du mouvement.
Le deuxième trait est une nouvelle conception de l'éducation, résumée par l'expression latine des studia humanitatis, les études d'humanité. Il s'agit d'un programme fondé sur la grammaire, la rhétorique, la poésie, l'histoire et la philosophie morale, destiné à former des hommes complets, cultivés, capables de juger par eux-mêmes et de bien s'exprimer.
Le troisième trait, plus philosophique, est l'affirmation de la dignité de l'homme. Plusieurs humanistes célèbrent la grandeur de l'être humain, doué de raison et de liberté. L'un d'eux, dans un texte fameux sur la dignité de l'homme, soutient que l'homme n'a pas de nature fixée d'avance : placé au centre du monde, il est libre de se façonner lui-même et de choisir ce qu'il veut devenir. Cette vision de l'homme comme artisan de son propre destin marque profondément la culture occidentale.
Cette confiance dans l'homme ne va pas sans nuances. Beaucoup d'humanistes restent profondément chrétiens et pensent la grandeur de l'homme dans le cadre de la Création. La dignité humaine n'y est pas une révolte contre Dieu, mais le signe d'une créature privilégiée, capable de s'élever par le savoir et par la vertu. C'est cette idée d'une perfectibilité de l'homme, capable de se transformer par l'éducation, qui traversera ensuite toute la pensée moderne.
Figures principales
Les grands humanistes, comme Pétrarque, Lorenzo Valla, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole ou Érasme, ne sont pas encore documentés sur Philotopie. Le mouvement puise pourtant tout entier dans un héritage antique bien présent sur le site.
C'est d'abord celui de Platon, redécouvert et traduit à Florence, où un cercle de savants s'attache à faire revivre sa pensée et à la concilier avec le christianisme. Ce renouveau platonicien est l'une des grandes aventures intellectuelles de la Renaissance.
C'est aussi celui de Cicéron, dont le latin élégant, les lettres et la réflexion morale servent de modèle aux humanistes. Le mot même d'humanité, qui donne son nom au mouvement, s'enracine dans un concept cicéronien désignant la culture qui élève l'homme.
L'héritage d'Aristote, enfin, reste très présent, même si l'humanisme prend souvent ses distances avec la manière dont la scolastique médiévale l'avait interprété. Plusieurs penseurs de la Renaissance cherchent à revenir à un Aristote débarrassé de ces gloses, voire à concilier les grandes philosophies antiques entre elles.
Au fond, l'apport majeur de ces penseurs ne tient pas à une doctrine unique, mais à une attitude : celle qui consiste à revenir aux textes, à les lire de près et à en tirer une réflexion neuve sur l'homme. C'est cette attitude, plus qu'un système, qui définit l'humanisme et qui explique sa fécondité.
Postérité et influence
L'influence de l'humanisme est immense et durable. En restaurant les textes anciens et en inventant des méthodes rigoureuses pour les étudier, il a jeté les bases des sciences humaines modernes, de la critique historique à la philologie. Son idéal éducatif a façonné pour des siècles l'enseignement en Europe.
Sur le plan des idées, l'humanisme a nourri de multiples développements. Sa confiance dans la raison, dans la liberté et dans la dignité de l'homme prépare, à bien des égards, la pensée des Lumières. Son goût du retour aux sources a aussi contribué aux bouleversements religieux de l'époque. Enfin, en réveillant le platonisme et en renouant avec le néoplatonisme chrétien, il a transmis à la modernité une part vivante de l'héritage antique.
L'humanisme a par ailleurs stimulé les arts et les sciences. En replaçant l'observation, l'expérience et la curiosité au cœur du savoir, il a accompagné les grandes découvertes de son temps, dans l'astronomie, l'anatomie ou la géographie. Les figures qui incarnent cette alliance du savoir et de la création comptent parmi les plus célèbres de la Renaissance.
Controverses et héritage
L'humanisme a fait l'objet de nombreuses discussions. On a débattu de son unité même : entre l'érudition philologique des uns, la spéculation platonicienne des autres et l'humanisme chrétien de figures comme Érasme, le mouvement présente des visages très divers, au point que certains historiens se demandent s'il faut parler d'un humanisme ou de plusieurs.
Une autre question porte sur sa portée philosophique. L'humanisme a-t-il produit une pensée originale ou s'est-il surtout contenté de redécouvrir et de transmettre celle des Anciens ? Ses détracteurs lui ont parfois reproché de privilégier l'élégance du style au détriment de la profondeur. Ses défenseurs répondent qu'en changeant le regard porté sur l'homme et sur le savoir, il a opéré une véritable révolution intellectuelle.
Quoi qu'il en soit, l'héritage de l'humanisme demeure vivant. L'idée que chaque être humain possède une dignité propre et qu'il peut se cultiver et se transformer par l'éducation reste l'un des socles de la pensée moderne. En replaçant l'homme au cœur de la réflexion, l'humanisme de la Renaissance a ouvert une voie que la philosophie n'a cessé, depuis, d'explorer.