Aristote et sa vision du monde
Titre original : Aristoteles und seine Weltanschauung
Publication : 1911 (Leipzig, chez Quelle & Meyer ; œuvre tardive
Type : Essai
Analyse
Présentation
Aristoteles und seine Weltanschauung (en français Aristote et sa vision du monde) est l'œuvre tardive de Franz Brentano, publiée à Leipzig chez l'éditeur Quelle & Meyer en 1911. Brentano a alors 73 ans et vit à Florence depuis 1895, après avoir quitté Vienne quinze ans plus tôt. Il est aveugle depuis 1903 environ et dicte ses textes à son épouse Emilie et à divers assistants. L'ouvrage paraît la même année que Aristoteles' Lehre vom Ursprung des menschlichen Geistes (La Doctrine d'Aristote sur l'origine de l'esprit humain), texte plus technique consacré au même corpus aristotélicien.
L'ouvrage est de format compact (environ 200 pages dans l'édition originale). Il se présente comme une présentation synthétique et accessible de la pensée d'Aristote, conçue pour un public cultivé non spécialiste plutôt que pour les seuls philologues classiques. Mais l'œuvre dépasse de loin la présentation introductive : elle constitue la synthèse de la lecture brentanienne d'Aristote, fil rouge de toute la vie philosophique de Brentano depuis sa thèse de doctorat de 1862 (Von der mannigfachen Bedeutung des Seienden nach Aristoteles, Sur les divers modes du sens de l'être chez Aristote).
L'œuvre articule plusieurs thèses interprétatives fortes :
- Aristote est, selon Brentano, le plus grand philosophe de toute la tradition occidentale, supérieur à Platon, à Kant, à Hegel et à tous les modernes. Cette hiérarchie philosophique fonde l'aristotélisme brentanien constant.
- Aristote est un théiste rigoureux qui a démontré l'existence de Dieu comme premier moteur immobile et qui conçoit Dieu comme intellect séparé subsistant par soi. Cette lecture théiste d'Aristote (contre les lectures naturalistes ou averroïstes) est l'une des positions polémiques de Brentano.
- Aristote conçoit l'âme humaine comme immortelle par son intellect actif qui survit à la dissolution du composé corps-âme. Cette lecture personnaliste d'Aristote (contre l'averroïsme qui faisait de l'intellect agent une réalité unique pour toute l'humanité) prolonge la position brentanienne de la Psychologie de 1874.
- La métaphysique aristotélicienne, avec ses doctrines de la substance, de l'acte et de la puissance, des quatre causes, des catégories, constitue le fondement indépassable de toute philosophie rigoureuse. Le projet brentanien est explicitement de renouer avec Aristote contre les égarements de la philosophie moderne (idéalisme allemand, kantisme, hégélianisme).
- La morale aristotélicienne, avec sa conception de la vertu comme excellence de l'âme et de l'eudaimonia comme fin ultime, demeure le modèle authentique de l'éthique philosophique, plus profond que le formalisme kantien ou que l'utilitarisme empiriste anglo-saxon.
L'œuvre n'a, à ce jour, pas fait l'objet d'une traduction française complète autonome, ce qui explique sa relative confidentialité dans le monde francophone par contraste avec L'Origine de la connaissance morale (1889) ou Sur l'avenir de la philosophie (1893), traduits chez Gallimard et Vrin. Des extraits ont été traduits dans diverses anthologies brentaniennes et dans des articles spécialisés. La thèse brentanienne fondatrice de 1862 sur Aristote est en revanche disponible en français : Sur les divers modes du sens de l'être chez Aristote, traduction de Pascal David, éditions du Cerf, 2017.
L'édition critique allemande de référence se trouve dans les Sämtliche veröffentlichte Schriften de Brentano (Œuvres publiées complètes) en cours de publication chez Ontos Verlag puis De Gruyter, sous la direction de Thomas Binder, Arkadiusz Chrudzimski, Wolfgang Huemer, Klaus Hedwig et Rolf George.
Contexte historique et conditions de rédaction
Franz Brentano (1838-1917) compose Aristoteles und seine Weltanschauung dans les dernières années de sa vie philosophique active.
Pour rappeler brièvement les étapes biographiques de Brentano pertinentes pour cette œuvre :
- Né en 1838 à Marienberg dans une famille intellectuelle catholique de la haute bourgeoisie rhénane.
- Études philosophiques à Munich, Würzburg, Berlin, Münster. Doctorat à Tübingen en 1862 sur le sens de l'être chez Aristote, sous la direction de Friedrich Adolf Trendelenburg. Cette thèse marquera durablement la philosophie allemande : le jeune Martin Heidegger la lira à 17 ans en 1907 et y trouvera, selon ses propres dires dans une lettre à William Richardson de 1962, le point de départ de toute son interrogation sur l'être.
- Ordination comme prêtre catholique en 1864 ; enseignement à Würzburg.
- Rupture avec l'Église catholique en 1873 (refus du dogme de l'infaillibilité pontificale).
- Professeur ordinaire à Vienne en 1874, où il publie Psychologie du point de vue empirique, œuvre fondatrice qui introduit le concept d'intentionnalité comme caractère essentiel des actes psychiques.
- Mariage civil avec Ida von Lieben en 1880, perte du poste ordinaire à Vienne, statut de Privatdozent de 1880 à 1895.
- Départ pour Florence en 1895, où Brentano vit comme philosophe indépendant sans charge institutionnelle. Cette installation marque le début de la dernière période de sa vie intellectuelle.
À Florence, Brentano continue de former des disciples qui viennent le consulter (Husserl, Stumpf, Meinong et d'autres lui rendent visite régulièrement), de correspondre avec ses anciens élèves dispersés dans toute l'Europe, et de rédiger ou dicter de nombreux textes. Mais sa santé se dégrade :
- À partir de 1903 environ, Brentano devient progressivement aveugle. Il ne peut plus lire ni écrire lui-même. Il dicte tous ses textes à son épouse Emilie Lieben Brentano (sa seconde épouse, qu'il a épousée en 1897 après la mort d'Ida en 1894) et à divers assistants successifs, dont Oskar Kraus (1872-1942), philosophe tchèque qui deviendra l'éditeur posthume principal de Brentano.
- Cette cécité transforme radicalement les conditions de production philosophique. Brentano doit s'appuyer entièrement sur sa mémoire prodigieuse des textes lus pendant des décennies. Sa connaissance d'Aristote, accumulée depuis sa thèse de 1862, lui permet néanmoins de continuer à composer des œuvres substantielles sur le Stagirite.
- Le contexte florentin n'est pas neutre : Brentano dialogue avec l'aristotélisme italien renaissant des écoles thomistes catholiques (notamment à l'université pontificale de Rome) et avec les historiens italiens de la philosophie ancienne.
La rédaction d'Aristoteles und seine Weltanschauung s'étend sur les années 1908-1911 environ. Brentano la dicte par fragments, en parallèle d'autres travaux. Les deux ouvrages aristotéliciens de 1911 (Aristoteles und seine Weltanschauung et Aristoteles' Lehre vom Ursprung des menschlichen Geistes) sont conçus comme complémentaires : le premier offre une vue d'ensemble accessible, le second approfondit techniquement la doctrine de l'intellect agent et de l'origine de l'esprit humain.
Le contexte philosophique européen des années 1900-1911 est marqué par :
- Le renouveau des études aristotéliciennes en Allemagne, avec Werner Jaeger (1888-1961) qui prépare son grand Aristoteles : Grundlegung einer Geschichte seiner Entwicklung (1923, traduit en français sous le titre Aristote : fondements d'une histoire de son évolution, traduction d'Olivier Sedeyn, L'Éclat, 1997). Jaeger défendra une lecture évolutionniste d'Aristote (passage du platonisme idéaliste au naturalisme empirique mûr) très différente de la lecture brentanienne unitaire et théiste.
- La renaissance du néo-thomisme catholique sous l'impulsion de l'encyclique Aeterni Patris de Léon XIII (1879). Cette renaissance valorise Aristote comme précurseur païen du thomisme chrétien, dans une perspective proche de celle de Brentano (lecture théiste d'Aristote) mais à laquelle Brentano, ancien prêtre catholique rompu avec l'Église, n'adhère pas institutionnellement.
- L'émergence de la phénoménologie husserlienne. Les Recherches logiques d'Husserl (1900-1901), puis les Idées directrices pour une phénoménologie (1913), structurent une descendance brentanienne qui s'autonomise progressivement. Husserl continue à reconnaître sa dette envers Brentano sur l'intentionnalité, mais il développe sa propre méthode (épochè, réduction transcendantale).
- La montée des philosophies de la vie (Bergson, Dilthey, plus tard Heidegger) qui contestent les approches classiques (rationalisme cartésien, idéalisme allemand, positivisme). Brentano, en défendant un aristotélisme scientifique-réaliste, prend position contre toutes ces tendances.
Structure de l'œuvre
L'ouvrage se compose d'une introduction, de plusieurs chapitres thématiques, et d'une conclusion synthétique. La structure suit l'architecture classique du corpus aristotélicien.
Introduction.
Brentano y présente Aristote comme le plus grand philosophe de toute la tradition occidentale et expose son projet : présenter la vision du monde (Weltanschauung) aristotélicienne comme un système cohérent, à la fois métaphysique, anthropologique, éthique et théologique. Le terme Weltanschauung est utilisé délibérément, malgré la connotation diltheyienne et historiciste que Brentano combat par ailleurs : pour Brentano, la « vision du monde » d'Aristote n'est pas une perspective historiquement relative, mais une construction rationnelle aboutie qui a une valeur de vérité universelle.
Chapitres sur la métaphysique aristotélicienne.
Présentation des doctrines fondamentales :
- La substance (ousia) comme catégorie première de l'être.
- L'acte et la puissance (energeia et dynamis) comme structure du devenir.
- Les quatre causes (matérielle, formelle, efficiente, finale).
- Les catégories de l'être (substance, quantité, qualité, relation, lieu, temps, position, possession, action, passion).
- L'hylémorphisme : tout être composé est union de matière et de forme.
Brentano insiste sur la rigueur systématique de ces doctrines et sur leur caractère scientifique au sens fort. Contre les lectures qui présentent Aristote comme un penseur encore prisonnier des distinctions ordinaires du langage grec, Brentano défend qu'Aristote a construit une science rigoureuse de l'être qui demeure pertinente.
Chapitres sur la philosophie naturelle et la cosmologie.
Présentation de la physique aristotélicienne : mouvement, lieu, temps, infini. Brentano discute aussi la cosmologie géocentrique d'Aristote en reconnaissant qu'elle a été dépassée par la science moderne, mais en distinguant les éléments dépassés (configuration cosmique précise) des éléments toujours valides (analyse philosophique du mouvement, du changement, de la causalité).
Position de Brentano : la cosmologie scientifique d'Aristote est dépassée empiriquement par Copernic-Galilée-Newton, mais la philosophie aristotélicienne de la nature reste valable comme cadre conceptuel pour penser le rapport entre matière, forme et mouvement.
Chapitres sur la psychologie et l'anthropologie aristotéliciennes.
C'est le cœur de l'ouvrage pour Brentano, dont toute la pensée propre est marquée par la Psychologie aristotélicienne (le De anima). Brentano y développe :
- La conception aristotélicienne de l'âme comme acte premier d'un corps organisé pour la vie.
- Les trois niveaux de l'âme : végétative (plantes), sensitive (animaux), rationnelle (humains).
- La doctrine de l'intellect : intellect possible (passif) et intellect agent (actif), distinction célèbre du De anima III, 5.
- La thèse brentanienne fondamentale : contre Averroès et l'averroïsme latin qui voyaient dans l'intellect agent une réalité unique pour toute l'humanité, Aristote (selon Brentano) défendrait que chaque homme possède son propre intellect agent, ce qui fonde l'immortalité personnelle de l'âme rationnelle.
Cette interprétation est l'un des points les plus contestés du livre. La majorité des aristotélisants contemporains (depuis Werner Jaeger jusqu'à Pierre Aubenque, Enrico Berti, Richard Sorabji) considèrent que la position d'Aristote sur l'immortalité personnelle est plus ambiguë et plus problématique que ne le présente Brentano.
Chapitres sur la théologie aristotélicienne.
Présentation et défense de la lecture théiste d'Aristote. Brentano y développe :
- La preuve par le mouvement : tout ce qui est mû est mû par autre chose, donc une régression à l'infini est impossible, donc il existe un premier moteur qui meut sans être mû.
- Ce premier moteur est Dieu, conçu comme acte pur, intellect pensant sa propre pensée (noêsis noêseôs, pensée de la pensée, célèbre formule de la Métaphysique XII, 9).
- Dieu est séparé du monde, éternel, immobile, immatériel.
- Cette théologie aristotélicienne est, selon Brentano, proche du théisme chrétien sans s'y identifier strictement. Elle constitue le fondement rationnel d'une philosophie religieuse.
Cette lecture théiste est défendue contre :
- Les lectures naturalistes qui réduisent Aristote à une physique sans théologie.
- Les lectures averroïstes qui font de Dieu un principe seulement formel sans transcendance.
- Les lectures kantiennes qui dénient toute valeur cognitive aux preuves classiques de l'existence de Dieu.
Chapitres sur la morale et la politique.
Présentation de l'Éthique à Nicomaque et de la Politique. Brentano y développe :
- La vertu comme excellence de l'âme (aretê), via le célèbre juste milieu (mesotês).
- L'eudaimonia (bonheur, épanouissement, vie réussie) comme fin ultime de l'action humaine.
- La distinction des vertus éthiques (courage, tempérance, justice, libéralité) et des vertus dianoétiques (sagesse, prudence, intelligence).
- La vie contemplative (bios theôrêtikos) comme forme la plus haute de la vie humaine, supérieure à la vie active (bios praktikos).
- L'homme comme animal politique (zôon politikon) qui ne réalise pleinement son humanité que dans la polis.
- Les types de régimes politiques (royauté, aristocratie, république constitutionnelle ; et leurs corruptions : tyrannie, oligarchie, démocratie).
Brentano présente ces doctrines comme toujours pertinentes pour la philosophie morale contemporaine, contre le formalisme kantien et l'utilitarisme anglo-saxon.
Conclusion.
Synthèse générale : la vision du monde aristotélicienne forme un système cohérent et profond qui demeure le modèle indépassable d'une philosophie rigoureuse. La tâche de la philosophie moderne est de renouer avec cet héritage, contre les égarements de la spéculation post-kantienne et les errements de la décadence philosophique contemporaine.
Thèses centrales
Aristote comme philosophe absolu. Thèse hiérarchique fondatrice. Pour Brentano, Aristote n'est pas seulement un grand philosophe parmi d'autres : il est le philosophe par excellence, le penseur dont l'œuvre approche le plus de la vérité philosophique complète. Cette hiérarchie absolue, qui peut paraître démesurée, est constante dans l'œuvre brentanienne depuis sa thèse de 1862. Elle structure la critique brentanienne de toute la philosophie moderne (Descartes, Kant, Hegel) comme décadence par rapport au sommet aristotélicien.
L'unité doctrinale d'Aristote. Position interprétative majeure. Contre les lectures évolutionnistes qui voient dans l'œuvre d'Aristote un développement (du platonisme idéaliste de jeunesse au naturalisme empirique de maturité), Brentano défend l'unité doctrinale du corpus aristotélicien. Aristote aurait, dès sa formation à l'Académie de Platon, élaboré l'essentiel de sa propre pensée, qu'il aurait ensuite déployée et précisée mais sans rupture profonde. Cette position unitaire est l'opposé exact de la lecture évolutionniste que Werner Jaeger développera dans son Aristoteles de 1923.
Le théisme aristotélicien. Thèse théologique forte. Aristote a, selon Brentano, élaboré une théologie rigoureuse fondée sur la preuve du premier moteur. Dieu chez Aristote n'est pas un simple principe formel : c'est un intellect subsistant par soi, séparé du monde, éternel, simple, qui pense sa propre pensée. Cette théologie est proche du théisme chrétien sans s'identifier à lui (Aristote ne connaît pas la création ex nihilo ni la providence personnelle). Mais elle constitue, pour Brentano, le fondement rationnel d'une religion philosophique compatible avec la révélation chrétienne.
L'immortalité personnelle de l'âme rationnelle. Thèse anthropologique cruciale. Contre Averroès et les averroïstes latins (Siger de Brabant, Boèce de Dacie) qui faisaient de l'intellect agent une réalité unique pour toute l'humanité, Brentano lit Aristote comme défendant que chaque homme possède son propre intellect agent, distinct de celui des autres. C'est cette distinction individuelle qui fonde l'immortalité personnelle de l'âme rationnelle après la mort du corps. Cette lecture personnaliste d'Aristote est l'une des thèses interprétatives les plus contestées du livre.
La psychologie descriptive comme héritière de la De anima. Continuité brentanienne. La Psychologie du point de vue empirique de Brentano (1874) s'inscrit explicitement dans la lignée du De anima d'Aristote. Le concept d'intentionnalité comme caractère universel des actes psychiques, central dans la Psychologie brentanienne, est présenté comme une reformulation moderne de la doctrine aristotélicienne de l'âme. Cette filiation Aristote-Brentano-Husserl structure toute la phénoménologie naissante.
La métaphysique comme science première. Thèse classique reprise. La métaphysique, selon Aristote (livre Gamma de la Métaphysique), est la science qui étudie « l'étant en tant qu'étant ». Cette définition n'est pas purement formelle : elle ouvre à une science rigoureuse des structures fondamentales de la réalité (substance, accidents, acte-puissance, causes). Brentano défend la scientificité authentique de cette métaphysique aristotélicienne contre les disqualifications modernes (Kant la déclare impossible, le positivisme la rejette comme prescientifique).
Le naturalisme méthodologique aristotélicien. Thèse épistémologique. Aristote procède méthodologiquement par observation, classification et théorisation à partir des phénomènes (ta phainomena). Cette méthode empirique au sens large est, selon Brentano, le modèle authentique de la science philosophique. Brentano s'oppose donc autant aux rationalistes purs (Spinoza, Leibniz, certaines lectures de Descartes) qu'aux idéalistes post-kantiens, au profit d'un empirisme rationnel d'inspiration aristotélicienne.
L'éthique des vertus contre les éthiques modernes. Position morale. La conception aristotélicienne de la vertu comme excellence du caractère, du juste milieu entre les extrêmes vicieux, de l'eudaimonia comme fin ultime, est selon Brentano supérieure aux éthiques modernes : le formalisme kantien (l'impératif catégorique est trop formel pour guider l'action), l'utilitarisme anglo-saxon (le calcul des plaisirs est réducteur), le pragmatisme américain (la vérité fonctionnelle dévalorise la connaissance désintéressée). Cette défense de l'éthique des vertus contre les éthiques modernes anticipe le renouveau aristotélicien qu'opéreront Anscombe (« Modern Moral Philosophy », 1958), MacIntyre, Foot, Nussbaum à partir des années 1950-1980.
Aristote comme antidote à la philosophie moderne. Thèse polémique. Pour Brentano, le retour à Aristote est l'antidote indispensable aux égarements de la philosophie moderne. Descartes a rompu avec l'aristotélisme scolastique pour fonder un dualisme corps-esprit insoluble. Kant a remplacé la métaphysique aristotélicienne par un criticisme stérile. Hegel a poursuivi la dérive spéculative dans un système systématique sans contact avec le réel. Seul le retour à Aristote permet de refonder une philosophie rigoureuse, scientifique et théiste.
Postérité et influence
Influence sur Husserl. Husserl, élève direct de Brentano à Vienne dans les années 1880, a lu Aristoteles und seine Weltanschauung à sa parution en 1911. Sa propre pensée tardive (les Recherches logiques de 1900-1901, les Idées directrices de 1913) prolonge l'aristotélisme brentanien dans une direction phénoménologique nouvelle. La conception husserlienne de l'ontologie formelle et des régions ontologiques (matérielle, vivante, psychique) doit beaucoup à la doctrine aristotélicienne des catégories transmise par Brentano.
Influence sur Heidegger. Martin Heidegger, né en 1889, reçoit en cadeau de son curé Conrad Gröber en 1907 la thèse brentanienne de 1862 (Sur les divers modes du sens de l'être chez Aristote). Heidegger a 17 ans et raconte dans une lettre célèbre à William Richardson de 1962 que cette lecture a déclenché toute son interrogation ultérieure sur le sens de l'être. Si Heidegger n'a probablement pas lu directement Aristoteles und seine Weltanschauung, l'aristotélisme brentanien (par la thèse de 1862 et indirectement par l'enseignement de Husserl) est l'une des sources lointaines du programme heideggerien d'une destruction de la métaphysique occidentale par retour aux Grecs. Toute la lecture heideggerienne d'Aristote (cours sur la Physique, la Métaphysique, l'Éthique à Nicomaque dans les années 1920) s'inscrit dans une filiation brentanienne complexe.
Influence sur l'aristotélisme italien. Pendant ses années florentines (1895-1915), Brentano a noué des liens avec l'aristotélisme italien renaissant. Carlo Mazzantini, Vincenzo Cilento, et plus tard Giovanni Reale (1931-2014), grand aristotélisant italien, ont dialogué avec l'héritage brentanien dans leur propre lecture d'Aristote. La tradition italienne de lecture théologique d'Aristote (notamment dans les écoles thomistes) doit partiellement à l'aristotélisme brentanien.
Influence sur le néo-thomisme catholique. Bien que Brentano ait rompu avec l'Église catholique en 1873, son aristotélisme rejoint sur plusieurs points le néo-thomisme catholique promu par l'encyclique Aeterni Patris de Léon XIII (1879). Étienne Gilson (1884-1978), Jacques Maritain (1882-1973), grands néo-thomistes français, partagent avec Brentano une lecture théiste d'Aristote, même s'ils privilégient le médiateur thomasien que Brentano contourne plutôt.
Critique de Werner Jaeger. Werner Jaeger (1888-1961), avec son Aristoteles : Grundlegung einer Geschichte seiner Entwicklung (1923), opère une rupture méthodologique majeure avec la lecture brentanienne. Pour Jaeger, l'œuvre d'Aristote ne forme pas un système unitaire mais reflète une évolution : du platonisme idéaliste du jeune Aristote (encore élève de l'Académie) au naturalisme empirique de la maturité. Cette lecture génétique dominera l'aristotélisme académique du XXᵉ siècle, marginalisant la lecture brentanienne unitaire. La critique de Jaeger est l'une des principales objections adressées à Aristoteles und seine Weltanschauung.
Réception française tardive. Dans le monde francophone, l'aristotélisme brentanien a été peu connu jusqu'à une date récente. La traduction de la thèse de 1862 (Sur les divers modes du sens de l'être chez Aristote, traduction de Pascal David, Cerf, 2017) a contribué à faire connaître ce versant de Brentano. Aristoteles und seine Weltanschauung lui-même reste non traduit en français. Pierre Aubenque (Le Problème de l'être chez Aristote, 1962) discute partiellement la lecture brentanienne sans s'y attarder. Enrico Berti (italien, mais traduit en français) dialogue plus largement avec Brentano.
Influence sur le renouveau de l'éthique des vertus. Le renouveau de l'éthique des vertus au XXᵉ siècle, à partir du célèbre article d'Elizabeth Anscombe (« Modern Moral Philosophy », 1958) puis avec Alasdair MacIntyre (macintyre, Après la vertu, 1981), Philippa Foot (foot), Martha Nussbaum (nussbaum), s'inscrit dans une perspective où Brentano peut être considéré comme un précurseur. La défense brentanienne de l'éthique aristotélicienne contre le formalisme kantien et l'utilitarisme anglo-saxon préfigure les critiques d'Anscombe et de MacIntyre.
Critiques principales :
- Critique évolutionniste de Jaeger : la lecture unitaire de Brentano néglige l'évolution réelle de la pensée d'Aristote. La position génétique de Jaeger est mieux fondée philologiquement.
- Critique de l'interprétation théiste : la lecture théiste d'Aristote par Brentano (Aristote comme grand théiste démontrant l'existence de Dieu) est contestée par les aristotélisants contemporains qui soulignent les ambiguïtés du premier moteur aristotélicien (immanent ou transcendant ? doté de providence ou non ?).
- Critique de l'immortalité personnelle : la lecture personnaliste de l'intellect agent (chaque homme a le sien, ce qui fonde l'immortalité personnelle) est philologiquement contestée. La position d'Aristote dans De anima III, 5 reste l'une des énigmes les plus débattues de l'histoire de la philosophie ; Brentano la tranche dans un sens qui n'est pas le plus naturel pour le texte.
- Critique de l'absolutisation d'Aristote : la hiérarchie philosophique brentanienne (Aristote au sommet, tous les modernes en décadence) est jugée excessive par la plupart des historiens de la philosophie. Aristote est un philosophe majeur, mais la philosophie moderne (Descartes, Kant, Hegel) a accompli des percées qui ne se laissent pas réduire à une simple décadence.
- Critique de l'occultation des limites empiriques d'Aristote : la cosmologie aristotélicienne (géocentrisme, théorie des sphères, distinction monde sublunaire / monde céleste) est entièrement fausse scientifiquement. Brentano reconnaît cette défaillance empirique mais semble la sous-estimer dans la portée qu'elle a sur l'ensemble du système aristotélicien.
Lectures contemporaines. Aristoteles und seine Weltanschauung reste principalement étudié dans les contextes suivants :
- Les études sur la philosophie brentanienne et son aristotélisme constant.
- L'histoire de l'aristotélisme moderne et contemporain (par contraste avec Jaeger, Aubenque, Berti).
- Les prologues à la pensée de Husserl et de Heidegger, dont la formation aristotélicienne est partiellement héritée de Brentano.
L'œuvre reste moins lue que les autres textes majeurs de Brentano (Psychologie du point de vue empirique de 1874, L'Origine de la connaissance morale de 1889), particulièrement en France où l'absence de traduction limite sa diffusion.
Controverses et débats
L'unité ou l'évolution d'Aristote. Question philologique majeure. Position brentanienne : Aristote forme un système unitaire. Position jaégérienne dominante au XXᵉ siècle : Aristote évolue du platonisme à un naturalisme empirique. Position contemporaine majoritaire (après les travaux de l'école d'Oxford : G.E.L. Owen, Jonathan Barnes, Sarah Broadie) : on retrouve une vision plus nuancée, ni purement unitaire ni purement évolutionniste, qui reconnaît à la fois des constantes et des développements dans le corpus aristotélicien.
La nature du premier moteur. La théologie aristotélicienne est-elle un vrai théisme ou une métaphysique qui ne va pas jusqu'à Dieu personnel ? Position brentanienne : vrai théisme. Position dominante actuelle : position intermédiaire ; Aristote pense un principe transcendant (acte pur, pensée de la pensée) qui partage certains traits avec Dieu (intellect, perfection, éternité) mais pas d'autres (providence personnelle, création du monde, intervention dans l'histoire). Cette position intermédiaire échappe aux catégories brentaniennes trop tranchées.
L'immortalité personnelle. La doctrine aristotélicienne de l'intellect agent fonde-t-elle l'immortalité personnelle de l'âme ? Question débattue depuis l'Antiquité. Position d'Alexandre d'Aphrodise (IIIᵉ siècle) : l'intellect agent est séparé mais un, donc pas d'immortalité personnelle. Position d'Averroès (XIIᵉ siècle) : un seul intellect agent pour toute l'humanité. Position de Thomas d'Aquin et de Brentano : chaque homme a son intellect agent, fondement de son immortalité. La lettre du texte aristotélicien (De anima III, 5) est si concise et ambiguë qu'aucune position ne s'impose définitivement.
Brentano peut-il fonder la philosophie scientifique sur Aristote ? Question contemporaine. La science moderne (post-galiléenne, post-newtonienne) a définitivement réfuté la cosmologie aristotélicienne. Comment maintenir l'aristotélisme métaphysique alors que sa physique est dépassée ? Position brentanienne : on peut dissocier la philosophie aristotélicienne (toujours valable) de sa physique particulière (dépassée). Position critique : cette dissociation est-elle aussi facile que Brentano le pense ? Les doctrines métaphysiques d'Aristote (acte-puissance, formes substantielles, finalité) sont étroitement liées à sa physique ; les dépasser ensemble est peut-être plus cohérent.
Citations clés
« Aristote est le plus grand philosophe que l'humanité ait produit. Sa vision du monde, embrassant la métaphysique, la physique, l'anthropologie, l'éthique et la théologie, constitue le sommet de la pensée philosophique. »
-- Aristote et sa vision du monde, paraphrase de la thèse fondatrice
« Le premier moteur immobile aristotélicien est un intellect subsistant par soi, séparé du monde, qui pense sa propre pensée. C'est Dieu, conçu rigoureusement par la raison. »
-- Aristote et sa vision du monde, paraphrase de la lecture théiste
« Chaque homme possède son propre intellect agent, distinct de celui des autres : c'est cette individualité de l'intellect qui fonde l'immortalité personnelle de l'âme rationnelle. »
-- Aristote et sa vision du monde, paraphrase de la lecture personnaliste contre l'averroïsme
« La vraie philosophie est aristotélicienne. Le retour à Aristote est l'antidote indispensable aux égarements de la philosophie moderne, depuis Descartes jusqu'à Hegel. »
-- Aristote et sa vision du monde, paraphrase de la thèse polémique
Pour aller plus loin
- Franz Brentano, Aristoteles und seine Weltanschauung, Quelle & Meyer, Leipzig, 1911. Édition originale allemande. Pas de traduction française complète à ce jour.
- Franz Brentano, Sur les divers modes du sens de l'être chez Aristote, traduction de Pascal David, Cerf, 2017 (original Von der mannigfachen Bedeutung des Seienden nach Aristoteles, 1862). Thèse fondatrice de Brentano sur Aristote, disponible en français.
- Franz Brentano, Aristoteles' Lehre vom Ursprung des menschlichen Geistes, Veit & Comp., Leipzig, 1911. Œuvre jumelle plus technique sur la doctrine aristotélicienne de l'origine de l'esprit.
- Franz Brentano, Psychologie du point de vue empirique, traduction française de Maurice de Gandillac, Aubier-Montaigne, 1944 (original 1874). Œuvre majeure dont l'aristotélisme est l'arrière-plan.
- Aristote, Œuvres complètes, sous la direction de Pierre Pellegrin, Flammarion, 2014. Édition française de référence pour lire Aristote.
- Werner Jaeger, Aristote : fondements d'une histoire de son évolution, traduction d'Olivier Sedeyn, L'Éclat, 1997 (original Aristoteles : Grundlegung einer Geschichte seiner Entwicklung, 1923). Œuvre qui s'oppose à la lecture unitaire brentanienne.
- Pierre Aubenque, Le Problème de l'être chez Aristote, PUF, 1962 ; rééditions. Grande étude française.
- Enrico Berti, Aristote au XXᵉ siècle, traduction française, Vrin, 2007. Bilan de la réception contemporaine d'Aristote.
- Dale Jacquette (ed.), The Cambridge Companion to Brentano, Cambridge University Press, 2004. Recueil de référence.
- Denis Fisette et Guillaume Fréchette (dir.), À l'école de Brentano. De Würzburg à Vienne, Vrin, 2007. Recueil français récent.
Sources
- « Franz Brentano », Wikipédia (versions allemande et française), consulté le 05/06/2026.
- Notice « Franz Brentano » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy par Wolfgang Huemer, plato.stanford.edu, consulté le 05/06/2026.
- Notice « Aristotle » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy par Christopher Shields, plato.stanford.edu, consulté le 05/06/2026.
- Site de la Franz-Brentano-Gesellschaft, franz-brentano-gesellschaft.de, consulté le 05/06/2026.
- Brentano Studien, revue scientifique dédiée à Brentano.
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```yaml oeuvre: slug: aristote-vision-monde titreoriginal: "Aristoteles und seine Weltanschauung" titrefrancais: "Aristote et sa vision du monde" langueoriginale: allemand typeoeuvre: essai datepublication: 1911 datepublicationaffichage: "1911 (Leipzig, chez Quelle & Meyer ; œuvre tardive dictée par Brentano devenu aveugle, à 73 ans, depuis Florence où il vivait depuis 1895)" dateredaction: "1908-1911" posthume: false niveaudifficulte: 4 auteurslug: brentano descriptioncourte: | Œuvre tardive de Franz Brentano publiée à Leipzig chez Quelle & Meyer en 1911, alors que Brentano a 73 ans et vit à Florence depuis 1895. Texte dicté par Brentano devenu aveugle depuis 1903 environ. Présentation synthétique de la pensée d'Aristote, qui est pour Brentano le plus grand philosophe de la tradition occidentale. Synthèse de la lecture brentanienne d'Aristote, fil rouge de toute sa vie philosophique depuis sa thèse de doctorat de 1862 (Sur les divers modes du sens de l'être chez Aristote). Thèses interprétatives fortes : unité doctrinale du corpus aristotélicien contre la lecture évolutionniste, lecture théiste d'Aristote (premier moteur comme Dieu intellect séparé), lecture personnaliste de l'intellect agent fondant l'immortalité personnelle de l'âme rationnelle contre l'averroïsme. Œuvre non traduite en français à ce jour. metatitle: "Aristote et sa vision du monde (Brentano, 1911) - Philotopie" metadescription: | Aristote et sa vision du monde de Franz Brentano (1911) : lecture unitaire et théiste d'Aristote, fondement de l'aristotélisme brentanien et de la postérité phénoménologique. statut: publie philosophesassocies:
- slug: brentano
role: auteur description: | Brentano dicte cette œuvre à Florence entre 1908 et 1911, à 70-73 ans, alors qu'il est devenu aveugle depuis 1903 environ. Le texte est dicté à son épouse Emilie et à divers assistants successifs (notamment Oskar Kraus). L'œuvre est la synthèse tardive de la lecture brentanienne d'Aristote, fil rouge de toute sa vie philosophique depuis sa thèse de doctorat de 1862. Elle paraît la même année que Aristoteles' Lehre vom Ursprung des menschlichen Geistes, œuvre jumelle plus technique.
- slug: aristote
role: interlocuteur description: | Aristote est l'objet exclusif de cette œuvre. Brentano présente la pensée du Stagirite comme le sommet absolu de la philosophie occidentale, supérieure à Platon, à Kant, à Hegel et à tous les modernes. Cette hiérarchie philosophique fonde l'aristotélisme brentanien constant depuis 1862. L'œuvre couvre l'ensemble du système aristotélicien : métaphysique, physique, cosmologie, psychologie, anthropologie, éthique, politique, théologie.
- slug: platon
role: interlocuteur description: | Platon, maître d'Aristote à l'Académie, est l'interlocuteur immédiat de toute la pensée aristotélicienne. Brentano discute le rapport Platon-Aristote en défendant l'unité doctrinale d'Aristote contre la lecture évolutionniste (qui ferait du jeune Aristote un platonicien encore prisonnier de l'idéalisme de son maître). Pour Brentano, Aristote s'est dès sa formation à l'Académie distingué intellectuellement de Platon par son réalisme empirique.
- slug: kant
role: interlocuteur description: | Kant représente pour Brentano l'une des grandes décadences de la philosophie moderne. Le criticisme kantien (la métaphysique théorique impossible) est précisément ce que Brentano combat au profit d'une métaphysique aristotélicienne renouvelée. La critique de Kant traverse Aristote et sa vision du monde comme contre-modèle implicite de la position défendue.
- slug: hegel
role: interlocuteur description: | Hegel représente pour Brentano l'aboutissement de la décadence spéculative de la philosophie moderne post-kantienne. L'idéalisme absolu hégélien, avec sa dialectique systématique sans contact avec l'expérience, est l'opposé exact de l'empirisme aristotélicien que Brentano défend. La critique de Hegel, constante chez Brentano, est implicitement présente comme contraste tout au long du livre.
- slug: descartes
role: interlocuteur description: | Descartes a rompu avec l'aristotélisme scolastique au XVIIᵉ siècle, fondant la modernité philosophique sur un dualisme corps-esprit que Brentano considère comme une régression par rapport à l'hylémorphisme aristotélicien. Le retour à Aristote que Brentano défend est un retour explicite en deçà de Descartes, pour récupérer l'unité substantielle du composé corps-âme.
- slug: averroes
role: interlocuteur description: | Averroès est l'adversaire interprétatif principal de la lecture brentanienne d'Aristote sur la doctrine de l'intellect agent. L'averroïsme latin (Siger de Brabant, Boèce de Dacie) avait défendu qu'il existe un seul intellect agent pour toute l'humanité, ce qui menaçait l'immortalité personnelle de l'âme. Brentano défend au contraire la lecture personnaliste : chaque homme a son propre intellect agent, ce qui fonde son immortalité personnelle. Cette polémique est l'une des thèses interprétatives centrales du livre.
- slug: thomas-d-aquin
role: interlocuteur description: | Thomas d'Aquin avait également défendu, contre l'averroïsme latin, la lecture personnaliste de l'intellect agent. La position de Brentano sur ce point se rapproche du thomisme, bien que Brentano contourne le médiateur thomasien pour aller directement à Aristote. La proximité Brentano-Thomas sur la question de l'immortalité personnelle est l'une des affinités du brentanisme avec le néo-thomisme catholique contemporain, malgré la rupture personnelle de Brentano avec l'Église catholique en 1873. courants_associes:
- slug: aristotelisme
type_lien: oeuvre-importante description: | Aristote et sa vision du monde est une œuvre majeure de l'aristotélisme moderne et contemporain. Brentano y défend une lecture unitaire et théiste d'Aristote contre les lectures évolutionnistes (Jaeger) et naturalistes. L'aristotélisme brentanien est l'une des sources de la phénoménologie husserlienne et du renouveau aristotélicien anglophone (Anscombe, MacIntyre, Foot, Nussbaum). L'œuvre s'inscrit dans la tradition longue de l'aristotélisme philosophique qui traverse la scolastique médiévale (Albert le Grand, Thomas d'Aquin), la Renaissance (Pomponazzi, Zabarella) et la modernité (Trendelenburg, maître de Brentano). ```
Synthèse pour validation
- Niveau de difficulté proposé : 4/5
- Justification : Œuvre supposant la connaissance préalable substantielle du corpus aristotélicien (Métaphysique, Physique, De anima, Éthique à Nicomaque, Politique), du vocabulaire technique de la philosophie scolastique latine (substance, accident, acte, puissance, forme, matière, intellect agent, intellect possible), du débat moderne sur Aristote (Jaeger, Aubenque, l'école d'Oxford). Style brentanien dense malgré sa volonté d'accessibilité. Prérequis lourds.
- Longueur : environ 4 000 mots
- Auteur :
brentano(slug canonique confirmé) - Philosophes associés : 8 (tous slugs canoniques) - brentano (auteur), aristote, platon, kant, hegel, descartes, averroes, thomas-d-aquin (interlocuteurs).
- Courants associés : 1 -
aristotelisme(oeuvre-importante). Canonique. - Points d'incertitude : pas de traduction française complète attestée à ce jour, mention explicite dans la fiche. Date 1911 chez Quelle & Meyer à Leipzig : confirmée. Cécité de Brentano à partir de 1903 environ : confirmée. Œuvre jumelle Aristoteles' Lehre vom Ursprung des menschlichen Geistes (1911) : confirmée.
Entités manquantes (priorités) :
- Concepts : substance-ousia (URGENT), acte-et-puissance (URGENT), quatre-causes, hylemorphisme, intellect-agent (URGENT, mentionné dans 4+ fiches), premier-moteur, eudaimonia (URGENT), juste-milieu, animal-politique, vertus-dianoetiques.
- Philosophes mentionnés sans fiche : Husserl (URGENT, manque structurel), Heidegger (URGENT, manque structurel), Werner Jaeger, Friedrich Adolf Trendelenburg, Pierre Aubenque, Enrico Berti, Giovanni Reale, Carlo Mazzantini, Vincenzo Cilento, Conrad Gröber (curé qui donna la thèse à Heidegger), Oskar Kraus (éditeur de Brentano), Emilie Brentano (épouse), Étienne Gilson, Jacques Maritain, Alexandre d'Aphrodise, Siger de Brabant, Boèce de Dacie (URGENT), G.E.L. Owen, Jonathan Barnes, Sarah Broadie (école d'Oxford), Christopher Shields, Dale Jacquette, Denis Fisette, Guillaume Fréchette, Pascal David (traducteur).
- Œuvres : Métaphysique (Aristote, URGENT), Physique (Aristote, URGENT), De anima (Aristote, URGENT, mentionné dans 4+ fiches), Éthique à Nicomaque (Aristote, URGENT, mentionné dans 5+ fiches), Politique (Aristote, URGENT), Sur les divers modes du sens de l'être chez Aristote (Brentano, 1862, URGENT), Aristoteles' Lehre vom Ursprung des menschlichen Geistes (Brentano, 1911), Aristoteles (Jaeger, 1923), Le Problème de l'être chez Aristote (Aubenque, 1962).