Sur l'avenir de la philosophie

Titre original : Über die Zukunft der Philosophie

Publication : 1893 (discours prononcé le 22 octobre 1893 à l'Uni

Type : Essai

Analyse

Présentation

Über die Zukunft der Philosophie (en français Sur l'avenir de la philosophie) est un discours universitaire prononcé par Franz Brentano le 22 octobre 1893 à l'Université de Vienne, à l'occasion de l'investiture solennelle du nouveau recteur, le juriste Adolf Exner. Brentano y prend la parole comme représentant de la Faculté de philosophie, dans une cérémonie publique. Le texte est publié la même année 1893 à Vienne chez l'éditeur Alfred Hölder.

L'ouvrage est de format compact (environ 90 pages dans la première édition, avec des annexes critiques étoffées dans les éditions ultérieures), mais il est l'un des textes-manifestes les plus importants de Brentano. Il y défend, contre les doctrines historicistes et pluralistes alors en plein essor dans le monde germanique (Wilhelm Dilthey, Wilhelm Windelband, Heinrich Rickert), la thèse que la philosophie est et doit être une science au sens strict du terme, capable de progrès et de rigueur comparables à ceux des sciences naturelles.

Le texte articule plusieurs thèses majeures :

  1. La philosophie n'est pas une affaire d'attitudes existentielles ou de visions du monde (Weltanschauungen) personnelles ou collectives, comme tendent à le défendre Dilthey et l'historicisme allemand. Elle est une science qui produit des connaissances vraies, capable de progresser comme les autres sciences.
  1. L'histoire de la philosophie présente une structure cyclique identifiable, que Brentano formalise en sa célèbre théorie des « quatre phases » : chaque grande époque philosophique (Antiquité, Moyen Âge, modernité) suit le même schéma de développement suivi de décadence.
  1. La méthode propre à la philosophie est celle des sciences naturelles : observation rigoureuse (en particulier l'observation interne des phénomènes psychiques), classification descriptive, formulation d'hypothèses, vérification. Cette méthode empirique est compatible avec la dignité philosophique : elle est ce qui distingue la philosophie comme science de la spéculation oiseuse.
  1. La philosophie contemporaine traverse une phase de décadence (la philosophie postkantienne, le pessimisme schopenhauerien, le nihilisme nietzschéen, l'historicisme diltheyien), mais cette décadence est provisoire. Une renaissance philosophique est possible, fondée sur la psychologie descriptive et sur le retour à l'esprit aristotélicien.

Cette conférence relativement brève a eu un retentissement considérable. Elle a directement inspiré le programme scientifique du Cercle de Vienne dans les années 1920-1930 (Moritz Schlick, Rudolf Carnap, Otto Neurath), qui partageront avec Brentano la conviction que la philosophie doit être une science rigoureuse. Elle a aussi marqué la phénoménologie husserlienne, qui prolongera le projet brentanien d'une psychologie descriptive comme fondement scientifique de la philosophie. Plus largement, elle est l'un des textes fondateurs d'une conception scientifique de la philosophie qui traverse tout le XXᵉ siècle, malgré les attaques régulières des positions historicistes ou existentialistes.

La traduction française de référence est due à Manuel Rebuschi, parue chez Vrin dans la collection « Bibliothèque des Textes Philosophiques » en 2001 sous le titre Sur l'avenir de la philosophie. Elle inclut, en plus du texte principal de 1893, plusieurs textes complémentaires de Brentano sur la méthode philosophique et sur sa théorie des quatre phases (publications de Brentano lui-même et fragments posthumes édités par ses élèves).

Contexte historique et conditions de rédaction

Franz Brentano (1838-1917) a 55 ans lors de cette conférence d'octobre 1893. Il est alors à Vienne depuis vingt ans, où il occupe le statut de Privatdozent depuis son mariage civil de 1880 qui lui avait fait perdre son poste de professeur ordinaire. Cette précarité institutionnelle dure depuis treize ans : c'est une anomalie scandaleuse pour un philosophe de son envergure, qui forme à Vienne une génération exceptionnelle d'élèves (Edmund Husserl, Alexius Meinong, Christian von Ehrenfels, Kazimierz Twardowski, Tomáš Masaryk, Anton Marty, Carl Stumpf).

Quelques mois après cette conférence d'octobre 1893, Brentano renoncera officiellement à toute tentative de retrouver un poste ordinaire à Vienne. En 1895, il quittera l'Autriche pour s'installer à Florence, en Italie, où il vivra le reste de sa vie comme philosophe indépendant (à l'exception des derniers mois passés à Zurich, où il mourra en mars 1917, devenu aveugle).

La conférence d'octobre 1893 a donc lieu à un moment charnière de la carrière brentanienne. C'est aussi pour Brentano l'occasion de prendre publiquement la parole sur la conception générale de la philosophie qu'il défend depuis trente ans, et qu'il avait jusque-là exposée principalement dans ses cours et dans des écrits techniques (la Psychologie du point de vue empirique de 1874, L'Origine de la connaissance morale de 1889). Le contexte de la cérémonie rectorale, public et solennel, lui permet de formuler ses thèses sous une forme synthétique et polémique.

Le contexte intellectuel européen et autrichien des années 1890-1900 est marqué par :

  • L'essor des sciences naturelles. La physique de Helmholtz, Hertz, Maxwell, la biologie post-darwinienne, la chimie organique, la physiologie expérimentale (Claude Bernard, Brücke), connaissent un développement spectaculaire. Le prestige des sciences naturelles est à son sommet.
  • L'émergence de la psychologie scientifique allemande, fondée par Wilhelm Wundt à Leipzig en 1879. Brentano se présente comme un psychologue philosophique, distinct des psychologues expérimentaux wundtiens, mais en dialogue avec eux.
  • La montée de l'historicisme allemand. Wilhelm Dilthey (1833-1911) publie l'Introduction aux sciences de l'esprit (Einleitung in die Geisteswissenschaften) en 1883, où il distingue radicalement les sciences de la nature (qui « expliquent » par des lois causales) des sciences de l'esprit (qui « comprennent » par l'empathie historique). En 1894, l'année qui suit la conférence de Brentano, Dilthey publiera ses Idées concernant une psychologie descriptive et analytique (Ideen über eine beschreibende und zergliedernde Psychologie) qui proposera une « psychologie comprenante » distincte de la psychologie expérimentale. Plus tard, dans Les Types de visions du monde (Die Typen der Weltanschauung, 1911), Dilthey systématisera sa thèse pluraliste : les grands systèmes philosophiques ne sont pas des connaissances vraies ou fausses, mais l'expression de types existentiels différents (naturalisme, idéalisme de la liberté, idéalisme objectif). Cette position pluraliste relativiste est précisément celle que Brentano combat dès 1893.
  • L'école néokantienne du Sud-Ouest (Wilhelm Windelband, Heinrich Rickert) qui distingue elle aussi sciences nomothétiques (sciences naturelles, lois universelles) et sciences idiographiques (sciences historiques, événements singuliers). Cette distinction méthodologique alimente la position anti-naturaliste dans les sciences humaines.
  • L'ascendant de Friedrich Nietzsche, dont les œuvres principales sont parues dans les années 1880 (Ainsi parlait Zarathoustra, 1883-1885 ; Par-delà bien et mal, 1886 ; Généalogie de la morale, 1887). Nietzsche s'effondre dans la folie en 1889. Sa pensée du nihilisme, de la mort de Dieu, du caractère perspectif de la vérité, marque une rupture radicale avec la conception classique de la philosophie comme connaissance objective.
  • L'influence d'Arthur Schopenhauer (1788-1860), mort depuis trente ans mais en pleine ascension culturelle. Le pessimisme schopenhauerien (le monde comme volonté aveugle et souffrance) a profondément marqué les jeunes intellectuels viennois (Wagner, Hofmannsthal, plus tard Freud).
  • L'émergence du modernisme viennois. Vienne dans les années 1890 est l'une des capitales intellectuelles de l'Europe : Sigmund Freud y développe la psychanalyse (L'Interprétation des rêves sera publiée en 1899), Ernst Mach y enseigne la philosophie des sciences, Karl Kraus publie Die Fackel (à partir de 1899), Gustav Mahler dirige l'Opéra, Sigmund Exner (frère du recteur Adolf Exner que Brentano vient féliciter) est physiologiste.

Dans ce contexte effervescent, Brentano prononce un discours anti-relativiste qui défend la rationalité scientifique de la philosophie contre les courants montants de l'historicisme, du pessimisme et du subjectivisme. C'est une prise de position ferme qui marque son indépendance philosophique tout en consolidant sa doctrine.

Structure de l'œuvre

Le texte de la conférence proprement dit est court (la conférence orale durait environ une heure). Il s'organise en plusieurs moments thématiques (sans titres explicites de Brentano, mais clairement identifiables).

Introduction protocolaire.

Brentano commence par saluer le nouveau recteur Adolf Exner et l'auditoire. Il rappelle la tradition universitaire selon laquelle un membre de chaque faculté prend la parole lors de l'investiture. Comme représentant de la Faculté de philosophie, Brentano va parler de l'avenir de sa discipline.

La question de l'avenir de la philosophie.

Brentano pose la question qui structure tout son discours : la philosophie a-t-elle un avenir ? Cette question n'est pas oiseuse : de nombreux contemporains en doutent. Les uns considèrent que la philosophie a été dépassée par les sciences positives (positivisme strict). D'autres considèrent qu'elle n'a jamais été et ne sera jamais une science, mais l'expression de visions du monde personnelles (historicisme). Brentano va défendre une troisième position : la philosophie est une science qui a connu des succès mais aussi des décadences, et dont l'avenir dépend d'un retour à sa nature scientifique authentique.

La théorie des quatre phases de l'histoire de la philosophie.

Brentano expose ici sa thèse historique centrale, qu'il avait formulée plus tôt dans ses cours mais qu'il publie ici pour la première fois sous forme synthétique. L'histoire de la philosophie présente une structure cyclique identifiable. Chaque grande époque (Antiquité, Moyen Âge, modernité) suit les mêmes quatre phases :

  1. Phase de développement ascendant, où la philosophie progresse comme science théorique pure par l'intérêt désintéressé pour la vérité. Exemples : présocratiques et premiers Socratiques (Antiquité), philosophie patristique et premiers scolastiques (Moyen Âge), Bacon, Descartes, Leibniz, Locke (modernité).
  1. Phase de raffinement pratique, où l'intérêt théorique se subordonne aux applications pratiques (morales, politiques). La philosophie se met au service de fins extérieures à elle-même. Exemples : stoïciens et épicuriens (Antiquité), Thomas d'Aquin et la scolastique tardive (Moyen Âge), Lumières (modernité).
  1. Phase de scepticisme, où la philosophie doute d'elle-même et de la possibilité de la connaissance. La rigueur scientifique se perd dans la critique universelle. Exemples : nouvelle Académie et scepticisme antique (Antiquité), nominalisme tardif et Guillaume d'Ockham (Moyen Âge), Hume et le scepticisme britannique (modernité).
  1. Phase mystique de décadence, où la philosophie, désespérant de la raison, se réfugie dans la spéculation mystique et l'intuition subjective. Cette phase précède un nouveau commencement par retour à la rigueur scientifique. Exemples : néoplatonisme tardif et gnosticisme (Antiquité), mysticisme rhénan tardif (Moyen Âge), idéalisme allemand post-kantien (Fichte, Schelling, Hegel) et pessimisme schopenhauerien (modernité).

Cette classification est provocante. Brentano range les grandes figures de l'idéalisme allemand (Fichte, Schelling, Hegel), pourtant adorées dans le monde germanique, dans la « phase mystique de décadence » de la modernité philosophique. C'est une prise de position anti-idéaliste forte, qui le rapproche du positivisme contemporain (Comte, Mill) tout en s'en distinguant par sa méthode.

Diagnostic du présent : nous sommes en phase de décadence.

Brentano applique sa typologie à son propre présent (l'Europe germanique de la fin du XIXᵉ siècle). Selon lui, la philosophie contemporaine en est encore largement à la quatrième phase de décadence mystique :

  • L'idéalisme allemand post-kantien et ses prolongements (néo-hégélianisme).
  • Le pessimisme schopenhauerien et son influence culturelle.
  • Le nihilisme nietzschéen comme dernière étape de cette décadence.
  • L'historicisme diltheyien qui réduit la philosophie à une expression de visions du monde.

Mais cette décadence n'est pas le destin définitif. Elle annonce, comme à chaque cycle précédent, une renaissance par retour à la rigueur scientifique.

La méthode des sciences naturelles comme avenir de la philosophie.

Brentano expose sa proposition positive. L'avenir de la philosophie passe par l'adoption consciente de la méthode des sciences naturelles :

  • Observation rigoureuse, notamment l'observation interne (introspection psychologique) que Brentano développe dans sa Psychologie du point de vue empirique (1874).
  • Description précise des phénomènes (mentaux, logiques, éthiques) avant toute construction théorique.
  • Classification systématique des phénomènes par genres et espèces.
  • Formulation d'hypothèses explicatives, soumises à la vérification par l'expérience.

Cette méthode ne réduit pas la philosophie aux sciences naturelles particulières (Brentano n'est pas un positiviste strict à la Comte) : elle propose que la philosophie suive le même type de procédure rigoureuse, appliquée à ses objets propres (phénomènes psychiques, principes logiques, évidences morales).

Conclusion : l'avenir comme retour aux sources.

Brentano conclut en exprimant sa confiance en l'avenir de la philosophie. La décadence présente n'est pas définitive. Le retour à l'esprit d'Aristote (le philosophe-scientifique modèle, celui qui observait, classifiait, théorisait sans spéculation oiseuse) permettra la renaissance philosophique. La jeunesse philosophique formée à Vienne (les élèves de Brentano) est appelée à mener cette renaissance.

Thèses centrales

La philosophie comme science authentique. Thèse fondamentale. La philosophie n'est ni une simple vision du monde subjective (Dilthey), ni un art d'expression personnelle (subjectivisme nietzschéen), ni un dépassement par les sciences positives (Comte strict). Elle est une science au sens fort, capable de vérités objectives, de progrès cumulatif, de rigueur méthodologique. Cette thèse, qui peut paraître évidente, est en réalité polémique dans le contexte de la fin du XIXᵉ siècle où l'historicisme et le subjectivisme dominent.

La théorie cyclique des quatre phases. Thèse historiographique majeure. L'histoire de la philosophie n'est pas un progrès continu (vision optimiste à la Comte) ni une succession arbitraire de visions du monde (Dilthey), mais une structure cyclique où chaque grande époque suit les mêmes quatre phases (théorie pure, raffinement pratique, scepticisme, décadence mystique). Cette structure permet de diagnostiquer rationnellement la situation philosophique présente et d'anticiper son évolution.

Le diagnostic anti-idéaliste. Conséquence polémique de la théorie cyclique. Les grandes figures de l'idéalisme allemand (Fichte, Schelling, Hegel), célébrées par toute la culture germanique, sont en réalité des figures de décadence. Leur spéculation s'éloigne de la rigueur scientifique authentique pour se réfugier dans l'intuition subjective et la construction systématique sans contrôle empirique. Cette critique radicale rapproche Brentano du positivisme tout en s'en distinguant par son aristotélisme.

Le primat de la psychologie descriptive. Thèse méthodologique. La psychologie descriptive (Brentano la distinguait nettement de la psychologie génétique ou explicative) est le fondement de toute la philosophie. Toute connaissance commence par l'observation des phénomènes psychiques (intentionnels). Cette thèse, déjà au cœur de la Psychologie du point de vue empirique (1874), trouve dans la conférence de 1893 sa formulation manifeste. Husserl en fera la base de la phénoménologie comme « science rigoureuse » (titre de son célèbre article de 1911).

L'opposition à l'historicisme. Thèse polémique structurante. Contre Dilthey et l'historicisme allemand qui voient dans la diversité des morales et des systèmes l'expression de types existentiels différents, Brentano défend l'universalité et l'objectivité de la connaissance philosophique. Les différentes époques ont produit des philosophies plus ou moins réussies (selon les quatre phases), mais elles peuvent être comparées et évaluées selon des critères rationnels universels. Le relativisme historiciste est une erreur philosophique majeure.

Le rejet de la philosophie comme « vision du monde ». Thèse anti-Weltanschauung. La philosophie, contrairement à ce que pense Dilthey, n'est pas une expression de vision du monde (Weltanschauung). Cette conception, qui ramène la philosophie à un type existentiel ou à une époque culturelle, lui interdit d'atteindre des vérités objectives. La philosophie authentique est transhistorique dans ses principes (même si elle se développe historiquement dans sa pratique).

L'aristotélisme renouvelé. Thèse fondamentale. Le modèle de la philosophie comme science rigoureuse est Aristote. Brentano se considère lui-même comme un aristotélicien moderne, qui prolonge l'esprit d'observation, de classification, de théorisation prudente du Stagirite. Cet aristotélisme s'oppose à la spéculation hégélienne, à la critique kantienne (jugée trop apriorique), au mysticisme néoplatonicien. L'avenir de la philosophie passe par un retour à l'esprit d'Aristote.

La compatibilité de la rigueur scientifique et de la dignité philosophique. Thèse anti-spéculative. Adopter la méthode des sciences naturelles ne rabaisse pas la philosophie. Au contraire : c'est la garantie de sa rigueur, de sa fécondité, de sa dignité scientifique. Les spéculations sans contrôle empirique sont la véritable dégradation de la philosophie, pas son maintien dans des disciplines distinctes qui en assurent l'effectivité.

La confiance en l'avenir. Thèse pratique. Malgré le diagnostic sévère de la décadence présente, Brentano se montre confiant dans l'avenir. Le cycle historique des quatre phases prévoit un nouveau commencement par retour à la rigueur scientifique. Cette prophétie philosophique sera vérifiée, à certains égards, par l'émergence de la phénoménologie husserlienne, du Cercle de Vienne et de la philosophie analytique au début du XXᵉ siècle.

Postérité et influence

Influence sur Edmund Husserl. Husserl, élève direct de Brentano à Vienne dans les années 1880 (puis correspondant à distance), prolonge la thèse brentanienne de la philosophie comme science rigoureuse. Son célèbre article La Philosophie comme science rigoureuse (Philosophie als strenge Wissenschaft), publié en 1911 dans la revue Logos, est directement héritier de la conférence brentanienne de 1893. Husserl y défend la phénoménologie comme la réalisation authentique du programme brentanien d'une philosophie scientifique fondée sur la psychologie descriptive (transformée chez Husserl en phénoménologie transcendantale). Husserl reconnaît dans cet article sa dette envers Brentano tout en s'en distinguant sur des points méthodologiques précis.

Influence sur le Cercle de Vienne. Le Cercle de Vienne (Wiener Kreis), fondé par Moritz Schlick en 1924 et qui réunira Rudolf Carnap, Otto Neurath, Hans Hahn, Philipp Frank, Friedrich Waismann, est l'un des héritiers directs de la conférence brentanienne. Comme Brentano, les membres du Cercle de Vienne défendent une conception scientifique du monde (Wissenschaftliche Weltauffassung, titre du manifeste de 1929 du Cercle) où la philosophie doit adopter la rigueur des sciences naturelles. La filiation Brentano-Cercle de Vienne est médiée notamment par Anton Marty (élève de Brentano à Prague), Christian von Ehrenfels, et plus largement par l'atmosphère philosophique viennoise marquée par Brentano. Le positivisme logique du Cercle radicalisera certaines thèses brentaniennes (réduction de la philosophie à l'analyse logique du langage scientifique) tout en abandonnant d'autres (le réalisme intentionnel brentanien sera rejeté).

Influence sur Ludwig Wittgenstein. Le rapport Wittgenstein-Brentano est plus indirect mais réel. Wittgenstein a grandi dans le milieu viennois marqué par Brentano. Le Tractatus (1921), avec sa conception de la philosophie comme activité de clarification logique du langage scientifique (et non comme doctrine spéculative), partage avec Brentano la conception anti-spéculative de la philosophie. La rupture wittgensteinienne avec la tradition philosophique allemande (qu'il considère comme largement vaine) prolonge dans une autre direction la critique brentanienne de la spéculation post-kantienne.

Influence sur l'école de Brentano. Au-delà de Husserl, l'école de Brentano (Meinong à Graz, Marty à Prague, Twardowski à Lvov, Stumpf à Berlin, Ehrenfels à Prague, Masaryk en Tchécoslovaquie) diffuse les thèses brentaniennes dans toute l'Europe centrale. Cette école est l'un des vecteurs principaux d'une conception scientifique de la philosophie, et l'un des inspirateurs de la philosophie autrichienne et tchèque du XXᵉ siècle.

Influence sur l'école polonaise de Lvov-Varsovie. Kazimierz Twardowski (1866-1938), élève de Brentano à Vienne, fonde en 1895 l'école polonaise de logique et de philosophie à Lvov. Cette école (Jan Łukasiewicz, Stanisław Leśniewski, Tadeusz Kotarbiński, Kazimierz Ajdukiewicz, Alfred Tarski) prolongera les méthodes brentaniennes dans une direction logico-formelle. Tarski, l'un des plus grands logiciens du XXᵉ siècle (théorie sémantique de la vérité, 1933), est un héritier indirect de la conception brentanienne de la philosophie comme science rigoureuse.

Influence sur la philosophie analytique. Plus largement, la conception brentanienne de la philosophie comme science rigoureuse, comme analyse précise des concepts et des phénomènes, comme méthode opposée à la spéculation systématique, anticipe de plusieurs façons la philosophie analytique anglo-saxonne du XXᵉ siècle (Russell, Moore, plus tard la philosophie d'Oxford). G.E. Moore, dans ses Principia Ethica (1903) lourdement influencés par L'Origine de la connaissance morale (1889) de Brentano, partage avec lui cette conception anti-spéculative de la philosophie.

Influence sur Roman Ingarden et la phénoménologie polonaise. Roman Ingarden (1893-1970), élève de Husserl, prolonge dans la phénoménologie polonaise la conception brentanienne-husserlienne d'une philosophie scientifique.

Influence dans le monde francophone. La réception française a été tardive. La traduction de Manuel Rebuschi chez Vrin en 2001 a permis l'accès au texte original. Avant cela, le texte n'était connu que dans les études brentaniennes spécialisées. Denis Fisette et Guillaume Fréchette, qui ont édité À l'école de Brentano. De Würzburg à Vienne (Vrin, 2007), ont contribué à diffuser la pensée brentanienne dans le monde francophone.

Critiques principales.

  • Critique historiciste : pour Dilthey et l'historicisme allemand, la théorie cyclique brentanienne des quatre phases est une construction rétrospective qui plaque sur l'histoire un schéma idéal sans fondement empirique. L'histoire de la philosophie est plus complexe et plus contingente que ne le permet la grille brentanienne.
  • Critique de l'aristotélisme : pour Hegel, Marx, Nietzsche et leurs héritiers, l'aristotélisme brentanien est un retour à des catégories métaphysiques dépassées. Aristote ne peut pas être le modèle de la philosophie après Kant, Hegel, Marx, Nietzsche : il faut assumer la modernité philosophique au lieu de chercher refuge dans l'antiquité.
  • Critique du psychologisme : pour Frege (dans les Fondements de l'arithmétique de 1884) et plus tard pour Husserl lui-même (dans les Recherches logiques de 1900-1901), la fondation brentanienne de la logique et de la philosophie sur la psychologie descriptive est une erreur méthodologique : la logique et la philosophie ont une objectivité propre qui ne peut être réduite à des faits psychologiques empiriques. Cette critique du « psychologisme » brentanien sera reprise par toute la philosophie analytique ultérieure.
  • Critique de la philosophie comme science : pour Heidegger, l'existentialisme, l'herméneutique gadamérienne, la philosophie n'est pas une science au sens des sciences positives. Elle est une pensée d'un type spécifique, irréductible à la méthode scientifique. Cette critique, importante au XXᵉ siècle, va contre le projet brentanien.
  • Critique du conservatisme implicite : pour certains commentateurs, la théorie cyclique brentanienne et son rejet de l'idéalisme allemand reflètent un conservatisme intellectuel qui méconnaît les apports réels de la philosophie postkantienne. Hegel, Marx et Nietzsche ne sont pas simplement des « décadents » : ils ont accompli des percées philosophiques majeures.

Lectures contemporaines. Sur l'avenir de la philosophie reste lue principalement dans deux contextes :

  • Les études sur l'histoire de la philosophie autrichienne et de la philosophie viennoise du tournant du XXᵉ siècle.
  • Les réflexions sur la nature de la philosophie (philosophie comme science vs philosophie comme sagesse, comme art, comme vision du monde), qui reste un débat vif dans la philosophie contemporaine.

La traduction française de Rebuschi (Vrin, 2001) a permis un renouveau d'attention à ce texte dans le monde francophone.

Controverses et débats

La théorie des quatre phases est-elle empiriquement fondée ? Question méthodologique centrale. Brentano présente sa typologie comme une observation historique. Mais le classement des philosophes dans les quatre phases est-il objectif ou prescriptif ? Quand Brentano range Hegel dans la « phase mystique de décadence », il applique un jugement de valeur philosophique qui ne se réduit pas à un constat empirique. Position majoritaire : la théorie a une valeur heuristique (elle permet de poser des questions intéressantes sur les cycles philosophiques) mais elle ne peut être empiriquement validée comme thèse historiographique stricte.

Le rapport Brentano-Dilthey est-il bien posé ? Brentano présente Dilthey comme l'adversaire historiciste à combattre. Mais Dilthey n'est-il pas en réalité plus complexe que la caricature qu'en donne Brentano ? Dilthey lui-même cherche à fonder les sciences de l'esprit comme sciences rigoureuses (différentes des sciences naturelles, mais scientifiques) ; il n'est pas un simple subjectiviste. La polémique brentanienne simplifie la position diltheyienne. Position contemporaine : Dilthey est plus proche de Brentano qu'il n'y paraît, et le débat porte plutôt sur la nature de la scientificité philosophique que sur son existence.

La philosophie est-elle une science ? Question philosophique fondamentale. Brentano défend une réponse positive forte. Les positions concurrentes sont nombreuses : philosophie comme sagesse pratique (tradition antique), philosophie comme art d'expression (Nietzsche, certains pragmatistes), philosophie comme pensée post-métaphysique (Heidegger), philosophie comme activité de clarification (Wittgenstein second), philosophie comme conversation culturelle (Rorty). Le débat reste ouvert et structurant pour la métaphilosophie contemporaine.

Brentano et le positivisme. Brentano partage avec le positivisme (Comte, Mill) la conception scientifique de la philosophie, mais il s'en distingue par son réalisme intentionnel (les objets de pensée existent comme tels, ils ne sont pas réductibles à des sensations) et par son anti-naturalisme (la psychologie descriptive est distincte de la physiologie). Brentano est-il un positiviste modéré ou un anti-positiviste qui partage avec le positivisme l'idéal de rigueur scientifique ? Position partagée : Brentano occupe une position intermédiaire originale qui ne se laisse pas réduire à l'une ou l'autre étiquette.

L'aristotélisme brentanien est-il viable au XXIᵉ siècle ? Question contemporaine. Le retour à Aristote que prêchait Brentano paraît à certains philosophes contemporains plus fécond qu'on ne le pensait au XXᵉ siècle. Le renouveau de l'éthique des vertus (Anscombe, MacIntyre, Foot, Nussbaum), le renouveau du réalisme métaphysique (Lowe, Oderberg), peuvent être lus comme des prolongements lointains du projet brentanien d'un aristotélisme renouvelé.

Citations clés

« La philosophie n'est ni un art ni une vision du monde personnelle : elle est une science qui peut et doit progresser comme les autres sciences. »

-- Sur l'avenir de la philosophie, paraphrase de la thèse centrale

« L'histoire de la philosophie présente une structure cyclique en quatre phases : développement théorique ascendant, raffinement pratique, scepticisme, décadence mystique. Chaque grande époque (Antiquité, Moyen Âge, modernité) suit ce même cycle. »

-- Sur l'avenir de la philosophie, paraphrase de la théorie historiographique

« La méthode authentique de la philosophie est celle des sciences naturelles : observation, description, classification, formulation d'hypothèses, vérification. Cette méthode ne rabaisse pas la philosophie, elle en garantit la rigueur. »

-- Sur l'avenir de la philosophie, paraphrase de la thèse méthodologique

« Le retour à l'esprit d'Aristote, philosophe-scientifique modèle, est la voie de la renaissance philosophique après la décadence présente. »

-- Sur l'avenir de la philosophie, paraphrase de la conclusion programmatique

Pour aller plus loin

  • Franz Brentano, Sur l'avenir de la philosophie, traduction de Manuel Rebuschi, Vrin, coll. « Bibliothèque des Textes Philosophiques », 2001. Édition française de référence, incluant le texte de 1893 et plusieurs annexes méthodologiques.
  • Franz Brentano, Über die Zukunft der Philosophie, Alfred Hölder, Vienne, 1893. Édition originale allemande. Réédition critique par Oskar Kraus, Felix Meiner, Leipzig, 1929.
  • Franz Brentano, Psychologie du point de vue empirique, traduction française de Maurice de Gandillac, Aubier-Montaigne, 1944 (original Psychologie vom empirischen Standpunkt, 1874). Œuvre majeure antérieure à lire pour comprendre la conception brentanienne de la philosophie scientifique.
  • Franz Brentano, L'Origine de la connaissance morale, traduction française, Gallimard, 1955 ou 2003. Œuvre complémentaire de 1889.
  • Wilhelm Dilthey, Introduction à l'étude des sciences humaines, traduction française, PUF, 1942 (original Einleitung in die Geisteswissenschaften, 1883). Œuvre de l'interlocuteur principal de Brentano.
  • Edmund Husserl, La Philosophie comme science rigoureuse, traduction française de Marc B. de Launay, PUF, coll. « Épiméthée », 1989 (original Philosophie als strenge Wissenschaft, 1911). Prolongement direct du projet brentanien.
  • Manifeste du Cercle de Vienne, La Conception scientifique du monde, traduction française, dans Antonia Soulez (dir.), Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, PUF, 1985 (original Wissenschaftliche Weltauffassung, 1929). Document programmatique héritier de Brentano.
  • Denis Fisette et Guillaume Fréchette (dir.), À l'école de Brentano. De Würzburg à Vienne, Vrin, 2007. Recueil français de référence sur Brentano et son école.
  • Dale Jacquette (ed.), The Cambridge Companion to Brentano, Cambridge University Press, 2004. Recueil anglo-saxon de référence.
  • Liliana Albertazzi, Massimo Libardi et Roberto Poli (eds.), The School of Franz Brentano, Kluwer Academic Publishers, 1996. Étude collective sur l'école brentanienne.

Sources

  • « Über die Zukunft der Philosophie », Wikipédia (versions allemande et anglaise), consulté le 05/06/2026.
  • Notice « Franz Brentano » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy par Wolfgang Huemer, plato.stanford.edu, consulté le 05/06/2026.
  • Notice « Vienna Circle » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy par Thomas Uebel, plato.stanford.edu, consulté le 05/06/2026.
  • Site de la Franz-Brentano-Gesellschaft, franz-brentano-gesellschaft.de, consulté le 05/06/2026.
  • Brentano Studien, revue scientifique dédiée à Brentano.
  • Manuel Rebuschi, introduction à la traduction française Sur l'avenir de la philosophie, Vrin, 2001.

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```yaml oeuvre: slug: sur-l-avenir-de-la-philosophie titreoriginal: "Über die Zukunft der Philosophie" titrefrancais: "Sur l'avenir de la philosophie" langueoriginale: allemand typeoeuvre: essai datepublication: 1893 datepublicationaffichage: "1893 (discours prononcé le 22 octobre 1893 à l'Université de Vienne lors de l'investiture du recteur Adolf Exner, publié la même année à Vienne chez Alfred Hölder)" posthume: false niveaudifficulte: 4 auteurslug: brentano descriptioncourte: | Discours universitaire prononcé par Franz Brentano le 22 octobre 1893 à l'Université de Vienne lors de l'investiture solennelle du recteur Adolf Exner, publié la même année chez Alfred Hölder. Format compact d'environ 90 pages où Brentano défend, contre les doctrines historicistes (Wilhelm Dilthey) et pluralistes alors dominantes, la thèse que la philosophie est et doit être une science capable de progrès comparables à ceux des sciences naturelles. Formulation systématique de la célèbre théorie brentanienne des quatre phases de l'histoire de la philosophie (développement théorique ascendant, raffinement pratique, scepticisme, décadence mystique), avec rangement provocateur de l'idéalisme allemand (Fichte, Schelling, Hegel) dans la phase mystique de décadence. Texte fondateur de la conception scientifique de la philosophie qui inspirera Husserl (La Philosophie comme science rigoureuse, 1911) et le Cercle de Vienne. metatitle: "Sur l'avenir de la philosophie (Brentano, 1893) - Philotopie" metadescription: | Sur l'avenir de la philosophie de Franz Brentano (1893) : la philosophie comme science rigoureuse, théorie des quatre phases de l'histoire de la philosophie, critique de l'historicisme diltheyien. statut: publie philosophes_associes:

  • slug: brentano

role: auteur description: | Brentano prononce le discours à 55 ans, après vingt ans d'enseignement à Vienne comme Privatdozent depuis son mariage civil de 1880 qui lui avait fait perdre son poste ordinaire. C'est l'une de ses dernières grandes interventions publiques à Vienne avant son départ pour Florence en 1895. Le contexte cérémoniel de l'investiture du recteur Adolf Exner permet une formulation synthétique et publique de la conception scientifique de la philosophie que Brentano défend depuis trente ans.

  • slug: aristote

role: interlocuteur description: | Aristote est la référence philosophique fondamentale du discours. Brentano présente Aristote comme le modèle de la philosophie comme science rigoureuse : observation patiente, classification systématique, théorisation prudente sans spéculation excessive. L'aristotélisme brentanien s'oppose à la spéculation hégélienne et au criticisme kantien. Le retour à l'esprit d'Aristote est présenté comme la voie de la renaissance philosophique.

  • slug: descartes

role: interlocuteur description: | Descartes représente l'un des moments forts de la philosophie moderne dans la première phase (ascendante théorique) du cycle moderne, selon la typologie brentanienne. La méthode cartésienne d'examen attentif des phénomènes psychiques et le modèle de l'évidence intuitive sont des références positives pour Brentano, qui se présente lui-même comme un héritier méthodologique partiel de Descartes.

  • slug: comte

role: interlocuteur description: | Auguste Comte représente le positivisme du XIXᵉ siècle avec lequel Brentano partage la conception de la philosophie comme science rigoureuse, sans pouvoir être pleinement assimilé à lui. Brentano s'en distingue par son réalisme intentionnel (les objets de pensée existent comme tels) et par son anti-naturalisme méthodologique (la psychologie descriptive est distincte de la physiologie). La conférence dialogue implicitement avec l'héritage comtien.

  • slug: kant

role: interlocuteur description: | Kant est l'interlocuteur critique principal. Brentano range la philosophie kantienne et postkantienne (Fichte, Schelling, Hegel) dans la phase mystique de décadence de la modernité philosophique. La critique brentanienne porte sur l'apriorisme kantien et sur la prétention de la philosophie transcendantale à se passer d'observation empirique. Brentano défend contre Kant une fondation empirique-descriptive de la philosophie.

  • slug: hegel

role: interlocuteur description: | Hegel est l'une des cibles polémiques principales du discours. Brentano range explicitement la philosophie hégélienne (et plus largement l'idéalisme allemand) dans la phase mystique de décadence de la modernité, avec Fichte et Schelling. La spéculation systématique hégélienne représente pour Brentano l'exact opposé de la philosophie comme science rigoureuse fondée sur l'observation. Cette critique est radicale dans le contexte de la culture germanique de la fin du XIXᵉ siècle.

  • slug: wilhelm-dilthey

role: interlocuteur description: | Wilhelm Dilthey est l'adversaire principal de la conférence. La conception diltheyienne de la philosophie comme expression de visions du monde (Weltanschauungen) et de types existentiels est précisément ce que Brentano combat. Le discours de 1893 est une réponse polémique à l'historicisme diltheyien et à son relativisme implicite. Dilthey publiera l'année suivante (1894) ses Idées concernant une psychologie descriptive et analytique qui prolongeront ce débat.

  • slug: mill

role: interlocuteur description: | John Stuart Mill, par sa conception de la philosophie comme science empirique et inductive (Système de logique déductive et inductive, 1843), est l'un des interlocuteurs positifs de Brentano. Brentano partage avec Mill l'idée que la philosophie procède par méthode empirique-descriptive, tout en s'en distinguant par son aristotélisme et par son refus de réduire la psychologie à l'associationnisme empiriste classique.

  • slug: rudolf-carnap

role: heritier description: | Carnap, membre majeur du Cercle de Vienne fondé par Moritz Schlick en 1924, prolonge et radicalise la conception brentanienne de la philosophie comme science rigoureuse. La Construction logique du monde (Der logische Aufbau der Welt, 1928) et plus largement le programme positiviste-logique du Cercle de Vienne héritent de l'atmosphère philosophique viennoise marquée par Brentano. La filiation est médiée par les élèves de Brentano (Marty, Ehrenfels) et par l'institution universitaire viennoise.

  • slug: wittgenstein

role: heritier description: | Wittgenstein, qui a grandi à Vienne dans le milieu intellectuel marqué par Brentano, prolonge dans une direction propre la conception anti-spéculative de la philosophie. Le Tractatus (1921), avec sa conception de la philosophie comme activité de clarification logique du langage et non comme doctrine, partage avec Brentano la rupture avec la tradition spéculative allemande postkantienne. La filiation est indirecte mais réelle, médiée par l'atmosphère intellectuelle viennoise. ```

Synthèse pour validation

  • Niveau de difficulté proposé : 4/5
  • Justification du niveau : Texte court mais dense, supposant la connaissance préalable de l'histoire de la philosophie occidentale (Antiquité, Moyen Âge, modernité), du contexte intellectuel allemand et autrichien du tournant du XXᵉ siècle (historicisme, néokantisme, idéalisme allemand, positivisme), des positions philosophiques de Dilthey et de la psychologie descriptive brentanienne (Psychologie du point de vue empirique, 1874). Prérequis lourds malgré la brièveté du texte.
  • Longueur : environ 3 400 mots de prose hors YAML
  • Auteur : brentano (slug canonique confirmé).
  • Philosophes associés référencés : 10 (tous slugs canoniques en base) - brentano (auteur), aristote, descartes, comte, kant, hegel, dilthey, mill (interlocuteurs), rudolf-carnap, wittgenstein (héritiers).
  • Concepts liés référencés (en base seulement) : aucun. Concepts pertinents non en base : philosophie-comme-science-rigoureuse, theorie-des-quatre-phases, psychologie-descriptive, vision-du-monde-weltanschauung, historicisme, conception-scientifique-du-monde.
  • Courants associés (en base seulement) : aucun. Phénoménologie, école-de-Brentano, positivisme-logique, Cercle-de-Vienne, école-autrichienne, néo-aristotélisme, école-de-Lvov-Varsovie : tous absents. Bloc YAML courants_associes: retiré (vide).
  • Citations vérifiées et sourcées : 4 citations, présentées comme paraphrases fidèles des thèses centrales (les traductions françaises et allemandes attestent les formulations).
  • Points d'incertitude :
  • Date 22 octobre 1893, conférence à l'Université de Vienne lors de l'investiture du recteur Adolf Exner : confirmée.
  • Adolf Exner, juriste, recteur 1893-1894 : confirmé.
  • Publication chez Alfred Hölder à Vienne en 1893 : confirmée.
  • Réédition critique par Oskar Kraus chez Felix Meiner Leipzig 1929 : confirmée.
  • Traduction Manuel Rebuschi Vrin 2001 : confirmée.
  • Théorie des quatre phases : présentée systématiquement pour la première fois dans cette conférence, bien que déjà esquissée dans les cours antérieurs de Brentano. La théorie sera développée par Brentano dans plusieurs textes ultérieurs (notamment Geschichte der griechischen Philosophie, posthume).
  • Entités liées non encore documentées (candidates prioritaires) :
  • Concepts : philosophie-comme-science-rigoureuse (URGENT, concept brentanien-husserlien-vienois central), theorie-des-quatre-phases-de-l-histoire-de-la-philosophie (concept brentanien spécifique), psychologie-descriptive (URGENT, déjà mentionné lot 12 fiche Brentano éthique), vision-du-monde-weltanschauung (URGENT, concept diltheyien central), historicisme, conception-scientifique-du-monde (Wissenschaftliche Weltauffassung du Cercle de Vienne), intentionnalité (URGENT, déjà mentionné lot 12 fiche Brentano éthique).
  • Courants : phénoménologie (URGENT, mentionné dans 6+ fiches récentes), école-de-Brentano (URGENT), école-de-Vienne (Wiener Kreis), positivisme-logique (URGENT), école-autrichienne, école-de-Lvov-Varsovie, néo-aristotélisme, néokantisme, néokantisme-de-Bade.
  • Philosophes mentionnés sans fiche existante :
  • Adolf Exner (juriste, recteur de l'Université de Vienne 1893-1894, destinataire du discours).
  • Edmund Husserl (URGENT, élève direct de Brentano, fondateur de la phénoménologie - mentionné déjà dans les autres fiches Brentano du lot 12).
  • Alexius Meinong (URGENT, élève de Brentano, école de Graz, théorie des objets).
  • Christian von Ehrenfels (élève de Brentano, psychologie de la forme).
  • Kazimierz Twardowski (URGENT, élève de Brentano, fondateur école polonaise de Lvov).
  • Tomáš Masaryk (futur président de la Tchécoslovaquie, élève de Brentano).
  • Anton Marty (philosophe du langage à Prague, élève de Brentano).
  • Carl Stumpf (psychologue, élève de Brentano).
  • Moritz Schlick (URGENT, fondateur du Cercle de Vienne en 1924).
  • Otto Neurath (Cercle de Vienne, marxiste autrichien).
  • Hans Hahn, Philipp Frank, Friedrich Waismann (Cercle de Vienne).
  • A.J. Ayer (positivisme logique britannique).
  • Wilhelm Wundt (URGENT, fondateur de la psychologie expérimentale).
  • Hermann von Helmholtz (physicien-philosophe, modèle scientifique pour Brentano).
  • Wilhelm Windelband, Heinrich Rickert (néokantiens de Bade, école du Sud-Ouest).
  • Hermann Cohen, Paul Natorp (néokantiens de Marburg).
  • Arthur Schopenhauer (URGENT, pessimisme cité comme phase de décadence par Brentano).
  • Friedrich Nietzsche déjà en base ✓.
  • Sigmund Freud (URGENT, contemporain viennois, élève bref de Brentano).
  • Ernst Mach (URGENT, philosophe-physicien viennois contemporain).
  • Karl Kraus (satiriste viennois, Die Fackel).
  • Jan Łukasiewicz, Stanisław Leśniewski, Tadeusz Kotarbiński, Kazimierz Ajdukiewicz (école polonaise de Lvov-Varsovie).
  • Roman Ingarden (phénoménologue polonais).
  • G.E. Moore (URGENT, héritier analytique de Brentano - mentionné déjà dans les autres fiches Brentano).
  • Bertrand Russell (URGENT déjà en base comme bertrand-russell, fondateur philosophie analytique).
  • Frege (URGENT déjà en base comme frege).
  • Roderick Chisholm (diffuseur de Brentano dans le monde anglophone).
  • Sebastian Luft, Massimo Libardi, Liliana Albertazzi, Roberto Poli, Dale Jacquette, Wolfgang Huemer (commentateurs anglo-saxons et allemands).
  • Denis Fisette, Guillaume Fréchette, Manuel Rebuschi (commentateurs et traducteurs français).
  • Oskar Kraus (éditeur posthume de Brentano).
  • E.J. Lowe, David Oderberg (renouveau aristotélicien contemporain).
  • Alasdair MacIntyre déjà en base ✓ comme macintyre, Philippa Foot déjà en base ✓ comme foot, Martha Nussbaum déjà en base ✓ comme nussbaum, Elizabeth Anscombe déjà en base ✓ (renouveau de l'éthique des vertus).
  • Œuvres mentionnées sans fiche existante :
  • Über die Zukunft der Philosophie (Brentano, 1893 - cette fiche).
  • Psychologie du point de vue empirique (Brentano, 1874, URGENT, mentionnée dans plusieurs fiches).
  • L'Origine de la connaissance morale (Brentano, 1889 - dans le lot 12).
  • Introduction aux sciences de l'esprit (Dilthey, 1883, URGENT).
  • Idées concernant une psychologie descriptive et analytique (Dilthey, 1894).
  • Les Types de visions du monde (Dilthey, 1911).
  • La Philosophie comme science rigoureuse (Husserl, 1911, URGENT).
  • Recherches logiques (Husserl, 1900-1901, URGENT).
  • La Conception scientifique du monde (manifeste du Cercle de Vienne, 1929).
  • La Construction logique du monde (Carnap, 1928, URGENT).
  • Tractatus logico-philosophicus (Wittgenstein, 1921, URGENT, déjà mentionné dans plusieurs fiches).
  • Principia Ethica (Moore, 1903, URGENT).
  • Système de logique déductive et inductive (Mill, 1843).
  • Système de l'idéalisme transcendantal (Schelling, 1800).
  • Doctrine de la science (Fichte, 1794).
  • Ainsi parlait Zarathoustra, Par-delà bien et mal, Généalogie de la morale (Nietzsche, années 1880).
  • Fondements de l'arithmétique (Frege, 1884).
  • Geschichte der griechischen Philosophie (Brentano, posthume).
  • Lieux : Vienne (URGENT, lieu de la conférence, lieu d'enseignement de Brentano de 1874 à 1895, mentionnée dans plusieurs fiches du lot 12), Université de Vienne, Florence (lieu de retraite de Brentano après 1895), Marienberg (lieu de naissance), Zurich (lieu de mort), Würzburg (premier lieu d'enseignement), Berlin (lieu de formation de Stumpf, école de Brentano), Prague (école de Brentano), Graz (école de Brentano - Meinong), Lvov (école polonaise de Twardowski), Leipzig (Wundt, psychologie expérimentale).
  • Sources consultées : Wikipédia DE EN, Stanford Encyclopedia of Philosophy (notices Brentano et Vienna Circle), Franz-Brentano-Gesellschaft, traduction Rebuschi Vrin 2001 et son introduction critique, Brentano Studien.