René Descartes
Biographie
René Descartes naît le 31 mars 1596 à La Haye-en-Touraine, petite ville rebaptisée Descartes en 1967. Sa mère meurt l'année suivante. Élevé par sa grand-mère, puis confié dès huit ans au collège royal de La Flèche, prestigieux établissement jésuite fondé par Henri IV, Descartes y reçoit pendant huit ans (1606-1614) une formation complète : lettres anciennes, philosophie scolastique, mathématiques, sciences. Il en sortira reconnaissant pour la qualité de l'enseignement, mais convaincu que les savoirs reçus ne résistent pas à l'examen critique.
Voyages et révélation
Après un diplôme de droit à Poitiers (1616), Descartes s'engage dans les armées (celles du prince Maurice de Nassau aux Pays-Bas, puis du duc de Bavière). Cette période lui sert moins de carrière militaire que de prétexte au voyage et à la rencontre. Il fréquente notamment le mathématicien et physicien Isaac Beeckman, qui ranime en lui le goût des sciences.
C'est durant l'hiver 1619, à Ulm en Bavière, dans la chambre où il s'est retiré (le fameux « poêle » dont il parle au début du Discours de la méthode), qu'il a les rêves dont il fait remonter sa vocation philosophique. Il y aurait pressenti l'unité possible des sciences et la nécessité d'une méthode universelle pour les fonder.
L'installation aux Provinces-Unies
À partir de 1628, Descartes s'installe aux Provinces-Unies (la Hollande actuelle), où il vivra plus de vingt ans. Il y trouve la tranquillité, la liberté intellectuelle et la possibilité de travailler à l'écart des querelles européennes. Il y rédige ses œuvres majeures.
Le Discours de la méthode, publié anonymement à Leyde le 8 juin 1637 chez Jan Maire, n'est qu'une préface à trois traités scientifiques (La Dioptrique, Les Météores, La Géométrie), mais c'est cette préface, courte, écrite en français pour être accessible au plus grand nombre, qui marquera durablement l'histoire de la philosophie. Les Méditations métaphysiques paraissent en latin en 1641 (sous le titre Meditationes de prima philosophia), accompagnées des Objections de théologiens et philosophes (Hobbes, Gassendi, Arnauld) et des Réponses de Descartes lui-même. Une traduction française par le duc de Luynes, revue par Descartes, paraît en 1647. Les Principes de la philosophie (1644) entendent fournir un manuel complet du système. Les Passions de l'âme paraissent en 1649.
Correspondances et réseaux
L'œuvre de Descartes ne se réduit pas à ses livres : sa correspondance, monumentale, témoigne d'un dialogue continu avec les savants de son temps, dont Mersenne, qui sert de relais pour faire circuler ses textes, lui transmettre objections et critiques, et tisser un véritable réseau scientifique européen. Sa correspondance avec la princesse Élisabeth de Bohême, érudite et lectrice exigeante, est l'une des plus profondes : elle l'oblige à clarifier sa pensée sur l'union de l'âme et du corps, et l'invite à se tourner vers la morale.
Stockholm et la mort
En 1649, à l'invitation de la jeune reine Christine de Suède, Descartes part pour Stockholm. La reine, désireuse de prendre des leçons de philosophie, le fait venir à elle à cinq heures du matin, dans un palais glacial. Descartes, habitué à se lever tard, supporte mal ce rythme et le climat. Il meurt d'une pneumonie le 11 février 1650, à 53 ans.
Sa dépouille fait plusieurs voyages avant d'être rapatriée en France ; son crâne, séparé du reste du corps dans des circonstances obscures, est aujourd'hui conservé au Musée de l'Homme à Paris.
Pensée principale
Toute la philosophie de Descartes naît d'un constat et d'une exigence. Le constat : les savoirs reçus, hérités de l'école et de la tradition, ne résistent pas à un examen rigoureux. Aucun n'offre cette certitude inébranlable que Descartes a connue, jeune, dans la pratique des mathématiques. L'exigence : il faut tout reprendre depuis le commencement, sur des fondations dont on soit certain. Tout l'édifice cartésien repose sur cette ambition de refondation.
La méthode
Avant même de chercher des vérités, il faut s'accorder sur une manière de les chercher. Le Discours de la méthode énonce quatre règles simples :
- N'admettre aucune chose comme vraie tant qu'on ne la connaît pas évidemment comme telle (règle d'évidence).
- Diviser chaque difficulté en autant de parties qu'il est requis pour mieux la résoudre (analyse).
- Conduire ses pensées par ordre, du plus simple au plus composé (synthèse).
- Faire des dénombrements entiers, pour s'assurer de ne rien omettre.
Ces règles, modestes en apparence, prolongent les pratiques des mathématiciens à l'ensemble du savoir. C'est dans cette extension qu'elles deviennent un programme philosophique.
Le doute méthodique
Pour atteindre une certitude inébranlable, Descartes propose un geste à la fois simple et radical : douter de tout ce qui peut être douté. Ce doute n'est pas un scepticisme, qui se complairait dans l'incertitude ; c'est un instrument pour repérer ce qui résiste au doute lui-même. Le Discours puis surtout les Méditations métaphysiques déploient ce doute par paliers :
- Les sens nous trompent parfois (un bâton paraît brisé dans l'eau, un objet lointain semble petit). Donc je ne peux me fier sans réserve aux sens.
- Je peux rêver que je suis assis devant un feu alors que je suis au lit. Comment distinguer le rêve de la veille ? Donc même les perceptions les plus assurées sont sujettes au doute.
- Mais les vérités mathématiques restent vraies, qu'on dorme ou qu'on veille. À moins qu'un dieu ou un « malin génie » très puissant ne m'ait fait ainsi que je me trompe même en croyant que 2 et 3 font 5. Sous l'hypothèse de ce malin génie (genius malignus), même les mathématiques chancellent.
Le doute, ainsi mené à son extrême, est hyperbolique : il pousse l'incertitude aussi loin que possible, non par dévoiement, mais pour tester ce qui pourra demeurer.
Le cogito
Là, dans le creux de ce doute total, surgit le premier point fixe. Si je doute, c'est que je pense ; si je pense, je suis. Cogito, ergo sum, formule devenue célèbre du Discours, reformulée dans les Méditations sous la forme : « Je suis, j'existe, est nécessairement vraie toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit ». Même un trompeur tout-puissant ne peut faire que je ne sois pas, s'il me trompe : il faut bien que je sois pour être trompé.
Le cogito n'est pas un raisonnement (une déduction du type : tout ce qui pense existe ; or je pense ; donc j'existe), c'est plutôt une expérience immédiate de l'esprit qui se saisit lui-même dans son acte de pensée. C'est l'archimède cartésien : le point fixe sur lequel reconstruire.
L'examen de moi-même : je suis une chose qui pense
Si je suis, que suis-je ? Descartes répond : une chose qui pense (res cogitans). Cela ne signifie pas que j'ai un cerveau ou un corps, lesquels appartiennent à la sphère mise en doute, mais que ma nature, en tant que je me saisis dans le cogito, est de penser, c'est-à-dire de douter, concevoir, affirmer, nier, vouloir, ne vouloir pas, imaginer, sentir.
L'existence de Dieu
Pour sortir du cogito, Descartes a besoin de retrouver le monde extérieur, mais aussi de se garantir contre l'hypothèse du malin génie. Il lui faut Dieu. Les Méditations présentent plusieurs preuves de son existence.
La première (Méditation troisième) part de l'idée d'infini qui se trouve en moi : une telle idée ne peut venir de moi, être fini, ni des choses finies du monde ; elle ne peut venir que d'un être réellement infini, qui en est la cause. Donc Dieu existe.
La seconde (Méditation cinquième) reprend une variante de l'argument ontologique d'Anselme : l'idée de Dieu comme être souverainement parfait inclut nécessairement son existence, comme l'idée du triangle inclut la somme de ses angles. Donc Dieu existe.
Dieu, étant parfait, ne peut être trompeur. Le malin génie est conjuré. Mes facultés, employées correctement, peuvent me conduire à la vérité.
Le « cercle » et ses critiques
Cette stratégie pose un problème logique célèbre, repéré dès l'époque (notamment par Antoine Arnauld) : il semble que pour prouver l'existence de Dieu, Descartes utilise des évidences claires et distinctes (l'idée d'infini, l'idée de perfection) ; et que pour garantir la vérité de ces évidences claires et distinctes, il a besoin de l'existence d'un Dieu non trompeur. C'est le « cercle cartésien ». Descartes répondra que les évidences saisies au moment où on les contemple sont par elles-mêmes irrésistibles ; c'est seulement pour la science déductive (qui nécessite de conserver des vérités passées dans la mémoire) que Dieu joue le rôle de garant. Le débat sur la cohérence du dispositif n'est pas clos.
Le monde retrouvé : le dualisme
Une fois Dieu prouvé et non trompeur, Descartes peut admettre l'existence du monde extérieur, mais en distinguant rigoureusement deux substances :
- La res cogitans, la substance pensante, c'est-à-dire l'esprit ou l'âme. Son attribut essentiel est la pensée. Elle ne s'étend pas dans l'espace.
- La res extensa, la substance étendue, c'est-à-dire la matière. Son attribut essentiel est l'étendue (la longueur, la largeur, la profondeur).
Toute la nature physique est ainsi rabattue sur l'étendue géométrique en mouvement. Les corps n'ont pas de qualités secondes (couleurs, sons, saveurs) qui leur appartiennent en propre : ces qualités sont des effets de la matière en mouvement sur nos sens. La physique cartésienne est mécaniste : elle réduit le réel matériel à de la géométrie en mouvement, soumise à des lois universelles que la raison peut connaître.
Cette dualité a un prix : si l'esprit et le corps sont deux substances absolument distinctes, comment expliquer leur union dans l'homme, qui n'est ni un pur esprit ni un pur corps mais une union réelle, et comment expliquer leurs interactions ? Comment un acte de volonté immatériel peut-il mouvoir un bras matériel ? Cette question est l'un des nœuds les plus discutés de la philosophie cartésienne. Dans les Méditations, Descartes parle d'une union « substantielle » qu'on éprouve plus qu'on ne comprend ; dans Les Passions de l'âme, il propose la glande pinéale comme lieu de cette interaction, hypothèse qui n'a pas convaincu. La princesse Élisabeth, par ses lettres, lui adressera la question avec une acuité particulière, sans qu'il puisse y répondre pleinement.
Une morale par provision
En attendant que sa philosophie soit achevée, Descartes propose dans le Discours une « morale par provision », ensemble de règles pratiques pour vivre bien sans devoir attendre la fin du chantier théorique. Cette morale n'a rien de définitif : c'est un guide d'attente, mesuré, qui invite à se conformer aux lois et aux mœurs de son pays, à tenir ses résolutions, à se changer soi-même plutôt que l'ordre du monde, et à employer sa vie à cultiver sa raison. Une morale plus ambitieuse, esquissée dans la correspondance avec la princesse Élisabeth puis dans Les Passions de l'âme, fait de la générosité (la conscience du libre usage de son arbitre) la vertu cardinale.
Le projet d'une science universelle
Au-delà des thèses connues, l'ambition de Descartes était la fondation d'une science universelle (la « mathesis universalis ») dont la physique mécaniste aurait été le prolongement. Cette ambition l'a conduit à des travaux scientifiques majeurs : la géométrie analytique (qui ramène la géométrie au calcul algébrique grâce aux coordonnées dites « cartésiennes »), la dioptrique (loi de la réfraction), une physiologie du corps comme machine.
Le projet cartésien, dans son ampleur, est inséparable du tournant de la modernité : le monde devient objet pour un sujet pensant qui le décrit en termes mathématiques, et que la raison, bien conduite, doit pouvoir maîtriser.
Œuvres majeures
L'œuvre publiée de Descartes est, à l'échelle de son influence, relativement brève. Cinq ouvrages la résument pour l'essentiel, complétés par une correspondance considérable et quelques traités inachevés ou posthumes.
Règles pour la direction de l'esprit (Regulae ad directionem ingenii)
Rédigées entre 1619 et 1628, restées inachevées et inédites du vivant de Descartes (publiées en 1701). Premier essai d'exposition de sa méthode, en latin. Texte précieux pour suivre la genèse de sa pensée.
Le Monde, ou Traité de la lumière et Traité de l'homme
Rédigés vers 1629-1633, Descartes en interrompt la publication en apprenant la condamnation de Galilée par l'Inquisition (1633). Le Traité de l'homme paraîtra en 1664, Le Monde en 1677, à titre posthume.
Discours de la méthode, pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences (1637)
Publié anonymement à Leyde le 8 juin 1637. Court traité, écrit en français pour être accessible aux « personnes qui se servent de leur seule raison naturelle ». Présenté comme préface à trois essais scientifiques (La Dioptrique, Les Météores, La Géométrie), il leur survivra. Six parties qui esquissent une autobiographie intellectuelle, exposent les règles de la méthode, énoncent la morale par provision, présentent les preuves de Dieu et de l'âme, jettent les bases d'une physique mécaniste. Œuvre fondatrice de la modernité philosophique française.
Méditations métaphysiques (Meditationes de prima philosophia, 1641)
Œuvre majeure de Descartes, publiée en latin à Paris en 1641 (titre complet : Meditationes de prima philosophia, in qua Dei existentia et animae immortalitas demonstrantur). Six méditations qui mènent du doute hyperbolique à la reconstruction du savoir. Le texte est accompagné des Objections sollicitées auprès de théologiens et de philosophes (Caterus, Mersenne, Hobbes, Arnauld, Gassendi, et d'autres) et des Réponses de Descartes : ce dialogue, fort riche, fait partie intégrante de l'œuvre. La traduction française par le duc de Luynes, revue par Descartes, paraît en 1647 sous le titre Méditations métaphysiques.
Principes de la philosophie (Principia philosophiae, 1644)
En latin, conçu comme un manuel complet du système cartésien à destination des collèges, dans l'espoir (déçu) que les jésuites l'adoptent. Quatre parties : principes de la connaissance humaine, des choses matérielles, du monde visible, de la Terre. Traduit en français en 1647 par l'abbé Picot, avec une préface importante de Descartes.
Les Passions de l'âme (1649)
Dernier livre publié de son vivant, peu avant son départ pour la Suède. Issu en partie de sa correspondance avec la princesse Élisabeth de Bohême, il traite de l'union de l'âme et du corps, de la nature et de la fonction des passions, et propose une morale fondée sur la générosité.
Correspondance
La correspondance de Descartes, immense, est une source philosophique majeure. Sa correspondance avec Mersenne, avec la princesse Élisabeth de Bohême, avec la reine Christine de Suède, avec divers savants de son temps, éclaire l'évolution de sa pensée et discute des points fondamentaux que les œuvres publiées laissent parfois dans l'ombre.
Édition
L'édition de référence est celle de Charles Adam et Paul Tannery, Œuvres de Descartes, parue en treize volumes entre 1897 et 1913, plusieurs fois rééditée et complétée. Une nouvelle édition critique est en cours. Les principales œuvres sont également disponibles en éditions courantes (GF, Folio, Pléiade).
Postérité et influence
L'influence de Descartes est telle qu'on a coutume de faire commencer avec lui la philosophie moderne. Le « cartésianisme » est devenu un nom propre, désignant non seulement une doctrine particulière mais une attitude générale de l'esprit, et même, dans le langage commun, une certaine clarté méthodique.
Le cartésianisme du XVIIe siècle
Au XVIIe siècle, le cartésianisme suscite enthousiasme et résistance. Des cartésiens orthodoxes (Clauberg, Régis), des cartésiens hétérodoxes (Malebranche, qui développe l'occasionnalisme pour résoudre la question du commerce de l'âme et du corps ; Géraud de Cordemoy) prolongent ou transforment le système. Spinoza s'inspire de la rigueur déductive de Descartes (qu'il commente dans ses Principes de la philosophie de Descartes) tout en construisant une métaphysique radicalement différente, moniste et déterministe. Leibniz reprend nombre d'éléments cartésiens tout en s'opposant à plusieurs thèses (notamment la conception de la matière comme pure étendue, qu'il juge insuffisante).
Le cartésianisme rencontre aussi une résistance vive : Pierre-Daniel Huet le combat, des théologiens y soupçonnent (à tort ou à raison) une menace pour la foi, l'aristotélisme scolastique des collèges résiste longtemps. Mais peu à peu, la philosophie cartésienne s'impose, jusqu'à devenir, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le langage philosophique dominant en France.
L'empirisme britannique en réponse
Le grand contrepoint du cartésianisme est l'empirisme britannique. Locke commence par récuser les idées innées que Descartes plaçait au principe de la connaissance ; Berkeley puis Hume prolongeront cette critique tout en s'éloignant à leur tour entre eux. Le débat entre rationalisme cartésien et empirisme structurera toute la philosophie moderne.
Kant : la « refondation »
Kant hérite à la fois de Descartes et de l'empirisme, qu'il cherche à dépasser par sa philosophie critique. Le cogito kantien (le « je pense » qui doit pouvoir accompagner toutes mes représentations) renvoie au cogito cartésien, tout en le déplaçant : ce n'est plus un point d'ancrage métaphysique, mais une unité formelle de la conscience.
La phénoménologie : héritage et critique
Husserl revendique explicitement Descartes comme un précurseur de la phénoménologie (ses Méditations cartésiennes, données en conférence en 1929 à Paris, en témoignent). Mais ses successeurs marquent leurs distances. Heidegger, dans Être et Temps, critique le sujet cartésien comme un produit de la métaphysique de la subjectivité qui a oublié la question de l'être. Merleau-Ponty reproche au dualisme cartésien d'avoir manqué le corps propre et l'être-au-monde. Sartre hérite et transforme le cogito en y inscrivant la liberté radicale.
La philosophie analytique
Dans la tradition analytique, Descartes est moins une autorité qu'un interlocuteur récurrent. Le problème esprit-corps (mind-body problem) reste, au XXe et au XXIe siècles, un débat central de la philosophie de l'esprit, et Descartes y figure comme la figure repoussoir du « dualisme des substances ». Gilbert Ryle, dans The Concept of Mind (1949), parle ironiquement du « fantôme dans la machine » pour caricaturer le dualisme cartésien.
La critique contemporaine
L'antoine cartésien a été pris à partie sous des angles très divers. La psychanalyse freudienne ébranle l'idée d'une transparence à soi du sujet. La pensée féministe (Susan Bordo notamment) a interrogé la « masculinité » supposée du sujet cartésien. La pensée écologique critique le mécanisme cartésien qui aurait préparé la mise à disposition technique de la nature. Les neurosciences contemporaines, avec Antonio Damasio (L'Erreur de Descartes, 1994), reprochent à Descartes d'avoir disjoint la raison et les émotions.
Une présence durable
Quoi qu'on en pense, Descartes reste l'un des philosophes les plus enseignés, les plus lus, les plus commentés. Le cogito est devenu une référence culturelle universelle ; le doute méthodique est devenu un opérateur partagé de la pensée critique ; la géométrie analytique se pratique chaque jour dans les écoles du monde entier. On peut juger sévèrement le dualisme et le mécanisme cartésiens, mais on peut difficilement se passer de Descartes pour penser la philosophie moderne.
Pour aller plus loin
Introductions accessibles
- Geneviève Rodis-Lewis, Descartes. Biographie, Calmann-Lévy, 1995. La biographie de référence en français.
- Jean-Marie Beyssade, Descartes au fil de l'ordre, PUF, 2001. Lecture éclairante de l'ordre méditatif cartésien.
- Frédéric de Buzon et Vincent Carraud, Descartes et les Principia II, PUF, 1994 (et leur petit Que sais-je ? sur Descartes).
- Denis Kambouchner, Descartes n'a pas dit, Les Belles Lettres, 2015. Antidote vif contre les contresens les plus répandus.
Études approfondies
- Martial Gueroult, Descartes selon l'ordre des raisons, Aubier, 1953 (deux volumes). Classique de la lecture analytique du système cartésien.
- Ferdinand Alquié, La Découverte métaphysique de l'homme chez Descartes, PUF, 1950.
- Henri Gouhier, La Pensée métaphysique de Descartes, Vrin, 1962.
- Jean-Luc Marion, Sur l'ontologie grise de Descartes, Vrin, 1975 ; Sur la théologie blanche de Descartes, PUF, 1981. Lectures phénoménologiques exigeantes.
Œuvres de Descartes : par où commencer
- Discours de la méthode (1637) : porte d'entrée évidente. Court, écrit en français, accessible. Les quatre premières parties suffisent à se faire une idée du projet ; les deux dernières concernent la physique.
- Méditations métaphysiques (1641) : l'œuvre majeure. Lecture exigeante mais possible sans gros prérequis. Particulièrement précieux : les Objections et Réponses qui l'accompagnent, qui montrent Descartes au travail face à ses interlocuteurs.
- Lettres à Élisabeth : lisibles, profondes, idéales pour aborder l'éthique cartésienne.
- Les Passions de l'âme (1649) : plus court, accessible, pour le Descartes moraliste et physiologiste.
- Principes de la philosophie (1644) : pour qui veut une vue d'ensemble systématique du cartésianisme.
Éditions
L'édition de référence reste celle d'Adam et Tannery (treize volumes, 1897-1913), réimprimée chez Vrin. Pour le lecteur courant, les éditions GF-Flammarion, Folio essais (Gallimard) ou la Pléiade (qui contient les œuvres principales et la correspondance choisie) sont de bonnes ressources.
Ressources en ligne
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « René Descartes » : synthèse de référence en anglais.
- Le portail Descartes du CNRS-EHESS rassemble plusieurs ressources critiques et numériques.
- Sites comme classiques.uqam.ca ou la BnF Gallica offrent les œuvres en texte intégral et libre d'accès.
Descartes est l'un des plus grands philosophes qu'on puisse aborder sans lourd appareil critique. Sa langue (en français pour le Discours et la version française des Méditations) est claire, son ordre rigoureux : il y a peu d'auteurs aussi accessibles dans la pensée métaphysique européenne.