Idées pour une philosophie de la nature, comme introduction à l'étude de cette science

Titre original : Ideen zu einer Philosophie der Natur als Einleitung in das Studium dieser Wissenschaft

Publication : 1797 (publié à Leipzig chez Breitkopf & Härtel ; d

Type : Traite

Analyse

Présentation

Ideen zu einer Philosophie der Natur als Einleitung in das Studium dieser Wissenschaft (en français Idées pour une philosophie de la nature, comme introduction à l'étude de cette science) est l'un des textes fondateurs de Friedrich Wilhelm Joseph Schelling, publié à Leipzig chez l'éditeur Breitkopf et Härtel en 1797. Schelling a alors 22 ans. C'est sa première œuvre majeure consacrée à la philosophie de la nature, sujet qui occupera une part centrale de ses recherches pendant la décennie 1797-1809.

L'œuvre marque une étape décisive dans le développement de l'idéalisme allemand : alors que Kant avait limité la philosophie transcendantale à l'analyse des conditions de possibilité de la connaissance scientifique, et que Fichte avait centré la Doctrine de la science sur l'activité du Moi posant le non-Moi, Schelling propose un renversement méthodologique : la nature elle-même est posée comme sujet dynamique de son propre déploiement, comme objectivation progressive d'une activité productrice originaire. La nature n'est plus un simple objet passif soumis aux catégories de l'entendement (Kant) ni une résistance posée par le Moi pour s'éprouver (Fichte) : elle est une subjectivité organique en développement.

Cette position fonde ce qu'on appellera la Naturphilosophie (« philosophie de la nature ») allemande romantique, qui aura une influence considérable sur la science et la culture allemandes du début du XIXᵉ siècle (Hegel reprendra plusieurs thèses schellingiennes dans sa propre Philosophie de la nature dans l'Encyclopédie de 1817, tout en les transformant dialectiquement).

L'œuvre originale de 1797 est de format moyen (environ 280 pages dans la première édition). Elle comporte une Introduction très développée (« Einleitung », environ 120 pages dans certaines éditions), suivie de deux livres thématiques : le premier sur les phénomènes généraux de la nature (lumière, chaleur, électricité, magnétisme, processus chimiques), le second sur les principes dynamiques qui les sous-tendent (matière, force, polarité).

En 1803, Schelling publie une deuxième édition considérablement augmentée. Il y joint notamment une nouvelle Introduction philosophique (environ 80 pages) qui rétrospectivement systématise la position de 1797. Cette Introduction de 1803 est devenue presque plus célèbre que le texte original de 1797 : elle constitue l'exposition la plus claire du programme de la Naturphilosophie schellingienne. Les éditions ultérieures (1809 incluse dans les Sämmtliche Werke) reprennent essentiellement la version de 1803.

L'œuvre s'inscrit dans une série de publications consécutives sur la nature qui structurent la première période de la pensée de Schelling :

  • Idées pour une philosophie de la nature (1797 ; 2ᵉ éd. 1803).
  • De l'âme du monde (Von der Weltseele, 1798).
  • Première esquisse d'un système de la philosophie de la nature (Erster Entwurf eines Systems der Naturphilosophie, 1799).
  • Introduction à l'esquisse d'un système de la philosophie de la nature (Einleitung zu seinem Entwurf, 1799).
  • Système de l'idéalisme transcendantal (System des transzendentalen Idealismus, 1800).
  • Exposition de mon système de philosophie (Darstellung meines Systems der Philosophie, 1801).
  • Bruno, ou du principe divin et naturel des choses (Bruno, oder über das göttliche und natürliche Princip der Dinge, 1802).

Les Idées ouvrent cette séquence et en fournissent les prémisses méthodologiques.

La réception française des Idées a été tardive. La traduction française intégrale n'est venue qu'à partir des années 1980-1990, sous la plume de plusieurs spécialistes français de Schelling : Bernard Mabille, Xavier Tilliette, Jean-François Courtine, Emmanuel Cattin, Pascal David. La traduction de référence pour le texte de 1797 augmenté de l'Introduction de 1803 est due à Bernard Mabille, parue chez Vrin (dans le cadre des œuvres complètes schellingiennes en cours de publication). L'Introduction de 1803 a été traduite séparément à plusieurs reprises et constitue souvent un point d'entrée privilégié dans la philosophie schellingienne.

Contexte historique et conditions de rédaction

Schelling rédige les Idées à 22 ans, en 1796-1797. Sa précocité philosophique est exceptionnelle :

  • Études de théologie protestante au Tübinger Stift (Séminaire de Tübingen) de 1790 à 1795 (entré à 15 ans, formé en théologie protestante), en compagnie de Friedrich Hölderlin (1770-1843, futur grand poète) et de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). Les trois étudiants forment une chambrée philosophique célèbre, partageant un enthousiasme pour la Révolution française (ils auraient planté ensemble un « arbre de la liberté » en 1791), pour le criticisme kantien, et pour la Doctrine de la science de Fichte (1794).
  • Première publication à 17 ans : Über die Möglichkeit einer Form der Philosophie überhaupt (« Sur la possibilité d'une forme de la philosophie en général », 1794).
  • Du Moi comme principe de la philosophie (Vom Ich als Prinzip der Philosophie, 1795). Œuvre de 19 ans qui radicalise Fichte.
  • Lettres philosophiques sur le dogmatisme et le criticisme (Philosophische Briefe über Dogmatismus und Kriticismus, 1795-1796). Œuvre de jeunesse qui dialogue critique avec Spinoza et Fichte.
  • Précepteur chez la famille du baron von Riedesel à Stuttgart (1795-1796), puis à Leipzig (1796-1798) où il étudie les sciences naturelles (notamment la physique avec Karsten, la chimie avec Hindenburg).
  • Nomination comme professeur extraordinaire à Iéna en 1798, à 23 ans, sur recommandation de Goethe et de Fichte. Schelling y enseignera de 1798 à 1803, période la plus féconde de sa carrière.

C'est donc à Leipzig, en pleine immersion dans les sciences naturelles contemporaines, que Schelling rédige les Idées. L'œuvre est l'aboutissement d'un dialogue intense entre sa formation philosophique (Kant, Fichte, Spinoza, Leibniz) et son étude directe des sciences naturelles de son temps :

  • La physique post-newtonienne (Newton lui-même, Boscovich avec sa théorie des points-force, Huygens, Kepler).
  • La chimie issue de la révolution lavoisienne (Lavoisier, Berthollet, Priestley).
  • L'électricité et le magnétisme (Galvani, Volta, Coulomb, Ampère bientôt).
  • La biologie naissante (Albrecht von Haller, Caspar Friedrich Wolff, Johann Friedrich Blumenbach avec sa théorie du Bildungstrieb ou « pulsion formatrice »).

L'œuvre est en partie une prise de position dans le débat philosophique post-kantien des années 1795-1797 :

  • Contre Fichte : Schelling, tout en se réclamant initialement de la Wissenschaftslehre, conteste la subordination de la nature au Moi. Pour Fichte, la nature n'est que le « non-Moi » posé par le Moi pour s'éprouver dans la résistance. Pour Schelling, la nature a une subjectivité propre, indépendante du Moi humain.
  • Pour Spinoza : Schelling reprend la conception spinoziste de la substance unique (Deus sive Natura) qui se déploie selon ses attributs (étendue, pensée). Mais il dynamise le spinozisme en y introduisant le devenir et l'organicité.
  • Avec et contre Kant : Schelling reprend la pensée kantienne de la finalité dans la nature organique (telle qu'exposée dans la deuxième partie de la Critique de la faculté de juger, 1790), mais il renverse son statut. Pour Kant, la finalité naturelle est un principe régulateur de notre faculté de juger, sans valeur ontologique. Pour Schelling, la finalité est une structure réelle de la nature elle-même : la nature est finalisée, elle est organisme vivant à toutes ses échelles.
  • En dialogue avec le néoplatonisme : Schelling lit Plotin, Bruno, Boehme. La conception néoplatonicienne de l'Un qui se déploie en multiplicité, de la procession et de la conversion, structure souterrainement la Naturphilosophie. Cette dimension néoplatonicienne s'accentuera dans les œuvres ultérieures (Bruno, 1802 ; les œuvres tardives de Munich et de Berlin).

Le contexte intellectuel allemand de 1797 est marqué par :

  • L'hégémonie intellectuelle de l'idéalisme allemand post-kantien. Kant lui-même est encore vivant (il mourra en 1804) mais la nouvelle génération (Fichte, Schelling, bientôt Hegel) radicalise et transforme le criticisme.
  • Le romantisme allemand naissant. Le « Cercle d'Iéna » (les frères August Wilhelm et Friedrich Schlegel, Novalis, Tieck, Schleiermacher) se forme dans les années 1797-1799. Schelling, qui arrive à Iéna en 1798, rejoindra et marquera ce cercle. La conception schellingienne de la nature comme subjectivité organique entre en résonance directe avec le lyrisme romantique de la nature.
  • Le lien étroit entre philosophie et sciences naturelles. Goethe (1749-1832) à Weimar, à quelques kilomètres d'Iéna, développe sa propre philosophie de la nature dans ses Métamorphoses des plantes (1790) et dans la Théorie des couleurs (qu'il publiera en 1810 mais sur laquelle il travaille dès les années 1790). Goethe et Schelling se rencontreront et entretiendront des liens cordiaux.
  • La Révolution française entre dans sa phase thermidorienne puis napoléonienne (Bonaparte vient de remporter la campagne d'Italie). Le paysage politique européen est en pleine transformation.

Structure de l'œuvre

L'organisation de l'œuvre dans son édition originale de 1797 comporte :

Introduction (Einleitung).

Texte programmatique de plus de 120 pages où Schelling expose le statut épistémologique et méthodologique de la philosophie de la nature.

  • § 1-2 : Le problème de la philosophie de la nature. Comment penser le rapport entre la pensée et la nature ? Le criticisme kantien a séparé le sujet connaissant des choses en soi (inconnaissables). Mais cette séparation est instable : si la pensée est radicalement séparée de la nature, comment expliquer qu'elles s'accordent dans la connaissance ?
  • § 3-6 : La nature comme productivité. Schelling propose une voie alternative : la nature est elle-même un principe productif (Produktivität) qui se déploie en produits (Produkte). La connaissance scientifique saisit les produits ; la philosophie de la nature pense la productivité sous-jacente. Cette distinction productivité/produit est fondamentale pour toute la Naturphilosophie.
  • § 7-12 : L'identité du subjectif et de l'objectif dans la nature. La nature n'est ni purement objective (étendue inerte du mécanisme cartésien) ni purement subjective (projection du Moi fichtéen). Elle est l'identité primordiale du sujet et de l'objet, qui se différencient ensuite en pôles opposés. Cette thèse de l'identité sera développée systématiquement par Schelling dans le Système de l'identité (1801-1804).
  • § 13-20 : La dimension téléologique de la nature. La nature présente des structures finalisées (organismes, processus organiques) qui ne peuvent être réduites à la seule causalité mécanique. Cette finalité interne (héritage kantien) est réelle, non simplement régulatrice.

Livre I : Sur les phénomènes généraux de la nature.

Treize chapitres consacrés à l'analyse philosophique des phénomènes naturels principaux étudiés par la science contemporaine :

  • Chapitre 1 : De la combustion en général. Réflexion sur les théories chimiques de la combustion (phlogistique de Stahl puis oxydation de Lavoisier).
  • Chapitre 2 : De la lumière. Discussion de la nature de la lumière (ondes contre corpuscules), de la couleur, de la transparence.
  • Chapitre 3 : De l'air. Théorie des gaz, atmosphère, respiration.
  • Chapitre 4 : De l'électricité. Phénomènes électriques connus à l'époque (Galvani, électricité animale).
  • Chapitre 5 : Du magnétisme. Phénomènes magnétiques, terrestres et autres.
  • Chapitre 6 : De l'attraction et de la répulsion. Forces fondamentales newtoniennes.
  • Chapitre 7 : De la chaleur. Théorie du calorique, propagation thermique.
  • Et autres chapitres sur les processus chimiques, les phénomènes organiques élémentaires.

L'objectif de ces chapitres n'est pas une description scientifique de plus, mais une interprétation philosophique : montrer que tous ces phénomènes manifestent les mêmes principes dynamiques fondamentaux (polarité, productivité, équilibre).

Livre II : Sur les forces dynamiques de la nature.

Le livre II remonte des phénomènes vers leurs principes :

  • La matière ne doit pas être pensée comme substance inerte (atomisme classique), mais comme produit d'un équilibre dynamique entre des forces opposées (attraction et répulsion). Cette conception dynamique de la matière, qui hérite de Kant (Premiers principes métaphysiques de la science de la nature, 1786) et de Boscovich (théorie des points-force), structure toute la Naturphilosophie.
  • La polarité est la structure fondamentale des phénomènes naturels. Toute manifestation naturelle se déploie selon une opposition dynamique entre deux pôles (positif/négatif en électricité, nord/sud en magnétisme, masculin/féminin en biologie, etc.). Cette dialectique de la polarité est une intuition schellingienne durable qui inspirera la Naturphilosophie romantique et le hégélianisme.
  • L'organicité est le niveau ultime de la nature. L'organisme vivant n'est pas un assemblage de pièces mécaniques (Descartes) : c'est une totalité où chaque partie est à la fois cause et effet de l'ensemble. Cette conception organiciste de la nature dépasse à la fois le mécanisme cartésien et l'atomisme antique.

Introduction de 1803 (ajoutée à la 2ᵉ édition).

Schelling y propose, six ans après la première édition, une systématisation philosophique de son programme. Cette Introduction de 80 pages est devenue presque plus célèbre que le texte original :

  • La nature comme sujet et comme objet. La Naturphilosophie doit montrer que la nature est, dans son origine, sujet (productrice) avant d'être objet (produit). Cette inversion du rapport sujet-objet classique (où le sujet est l'esprit humain et l'objet est la nature) est l'apport décisif de Schelling.
  • La parallélisme entre Naturphilosophie et philosophie transcendantale. Schelling montre qu'il existe deux voies pour accéder à l'Absolu philosophique : la voie de la Naturphilosophie (qui part de la nature et remonte vers l'esprit) et la voie de la philosophie transcendantale (qui part de l'esprit et descend vers la nature). Ces deux voies sont équivalentes et complémentaires. Cette parallélisme structurera le Système de l'idéalisme transcendantal (1800).
  • La place de l'esprit dans la nature. L'esprit humain n'est pas extérieur à la nature : il est le point culminant d'un déploiement naturel qui passe par les phénomènes physiques, chimiques, biologiques, sensitifs, puis intellectuels. La nature culmine dans l'esprit qui se reconnaît elle-même.

Thèses centrales

La nature comme sujet et non comme objet. Thèse fondatrice et révolutionnaire. La nature n'est pas un objet passif soumis aux catégories de l'esprit humain. Elle est elle-même une subjectivité productrice qui se déploie en produits successifs (matière, formes, organismes, esprit). Ce renversement copernicien de la conception classique de la nature inaugure la Naturphilosophie allemande et préfigure les conceptions vitalistes et organicistes du XIXᵉ siècle.

La distinction productivité/produit. Distinction technique majeure. La nature comporte deux dimensions :

  • La productivité (Produktivität), activité originaire infinie et inobservable directement, qui est la subjectivité naturelle.
  • Le produit (Produkt), résultat observable et fini de cette activité, qui est l'objectivité naturelle.

La science empirique étudie les produits. La Naturphilosophie pense la productivité qui les sous-tend. Cette distinction permet à Schelling de concilier l'autonomie des sciences empiriques avec la nécessité d'une philosophie de la nature.

La nature organique comme totalité finalisée. Thèse anti-mécaniste. Contre Descartes et le mécanisme cartésien (qui pense les organismes vivants comme machines complexes assemblées de pièces), Schelling défend une conception organiciste : l'organisme est une totalité où chaque partie n'a de sens qu'en rapport à l'ensemble, et où l'ensemble se réalise par le jeu de ses parties. Cette conception, qui hérite de Kant (finalité interne dans la troisième Critique) et de Blumenbach (Bildungstrieb), structure toute la biologie philosophique romantique.

La polarité comme structure fondamentale. Thèse universelle. Toutes les manifestations de la nature présentent une structure polaire : opposition de deux principes complémentaires en tension dynamique. L'électricité (positif/négatif), le magnétisme (nord/sud), la chimie (acide/base), la biologie (mâle/femelle), la psychologie (sympathie/antipathie) suivent toutes ce schéma de polarité. Cette intuition unifie les phénomènes naturels apparemment hétérogènes sous un même principe philosophique.

L'identité du subjectif et de l'objectif dans la nature. Thèse métaphysique majeure qui sera développée par Schelling lui-même dans le Système de l'identité (1801-1804). La nature n'est ni purement objet ni purement sujet : elle est leur identité originaire qui se différencie en pôles opposés. Cette thèse de l'identité, audacieuse en 1797, fonde une métaphysique moniste qui dépasse à la fois le dualisme cartésien et le pluralisme leibnizien.

La continuité hiérarchique des manifestations naturelles. Conception échelonnée de la nature. La nature présente une hiérarchie continue de niveaux d'organisation : matière inerte, processus physiques, processus chimiques, organismes vivants végétaux, organismes animaux, conscience animale, esprit humain. Cette échelle n'est pas une discontinuité (avec des sauts ontologiques inexpliqués), mais un développement continu d'une même nature qui se réalise progressivement.

La culmination de la nature dans l'esprit humain. Conséquence de la continuité. L'esprit humain n'est pas un étranger dans la nature, surajouté à elle de l'extérieur (comme dans le dualisme cartésien). Il est le moment culminant du déploiement naturel : la nature, en arrivant à l'esprit humain, atteint la conscience d'elle-même. Cette thèse de l'esprit comme achèvement de la nature anticipe la conception hégélienne de l'esprit absolu et inspirera la philosophie évolutionniste du XIXᵉ siècle (Schelling avant Darwin et Spencer).

La conception dynamique de la matière. Thèse anti-atomiste. La matière n'est pas une substance indivisible (atomisme antique et moderne) ni une étendue géométrique pure (Descartes). Elle est le produit d'un équilibre dynamique entre forces opposées (attraction et répulsion). Cette conception dynamiste, qui hérite de Kant et de Boscovich, sera reprise et adaptée par la physique du XIXᵉ siècle (théories des champs, théorie des forces).

La téléologie immanente de la nature. Thèse contre Kant et avec lui. Schelling reprend la pensée kantienne de la finalité naturelle (troisième Critique) mais en renverse le statut. Pour Kant, la finalité est un principe régulateur de notre faculté de juger (nous devons penser la nature comme si elle était finalisée, mais nous ne pouvons prouver qu'elle l'est). Pour Schelling, la finalité est une structure réelle de la nature elle-même : la nature est orientée, elle a une fin interne (qui est précisément l'auto-réalisation par l'esprit). Cette immanentisation de la téléologie est un pas philosophique audacieux.

La science et la philosophie comme deux voies vers la même vérité. Conception épistémologique. Schelling défend l'autonomie des sciences empiriques de la nature (physique, chimie, biologie) tout en les complétant par la Naturphilosophie. Les deux démarches ne sont pas concurrentes : la science empirique étudie les produits, la philosophie pense la productivité. Cette conception complémentariste contribuera à l'éclosion de la biologie philosophique allemande du XIXᵉ siècle (Lorenz Oken, Carl Gustav Carus).

Postérité et influence

Influence sur Hegel. Hegel, condisciple et ami de Schelling au Tübinger Stift puis collaborateur à Iéna (1801-1806), est profondément marqué par les Idées. Sa propre Philosophie de la nature (deuxième partie de l'Encyclopédie des sciences philosophiques, 1817 ; 1827 ; 1830) reprend et transforme dialectiquement les thèses schellingiennes. Hegel y conserve la conception de la nature comme développement progressif vers l'esprit, mais il subordonne la nature à l'esprit (alors que Schelling défendait leur égalité de droit). La rupture entre les deux philosophes, scellée par la Phénoménologie de l'esprit en 1807, se cristallise notamment autour de cette question du rapport esprit-nature.

Influence sur le romantisme allemand. Les Idées ont une influence directe sur le Cercle d'Iéna romantique (les frères Schlegel, Novalis, Tieck). Novalis (1772-1801), dans ses Fragments et son projet d'encyclopédie poétique-philosophique (le Brouillon général), prolonge la Naturphilosophie schellingienne dans une direction lyrique. La célèbre formule novalisienne « rendre romantique le monde » est une transposition esthétique du programme schellingien.

Influence sur la science allemande du XIXᵉ siècle. Plusieurs savants allemands prolongent la Naturphilosophie dans leur travail scientifique :

  • Lorenz Oken (1779-1851), zoologue, qui développe une classification systématique des animaux selon des principes schellingiens.
  • Carl Gustav Carus (1789-1869), médecin et naturaliste, qui prolonge la philosophie de la nature dans la psychologie et l'anatomie comparée.
  • Henrik Steffens (1773-1845), géologue et philosophe norvégien-danois, élève direct de Schelling à Iéna.
  • Johann Wilhelm Ritter (1776-1810), physicien découvreur des ultraviolets, lié à Schelling et au cercle d'Iéna.
  • Hans Christian Ørsted (1777-1851), physicien danois découvreur de l'électromagnétisme (1820), influencé par Schelling.

Influence sur Goethe. Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) rencontre Schelling à Iéna en 1798 et entretient avec lui des liens cordiaux. Sa propre morphologie (Métamorphose des plantes, 1790 ; Métamorphose des animaux, 1796) entre en résonance directe avec la philosophie schellingienne. La Théorie des couleurs (1810) de Goethe, qui s'oppose à la théorie newtonienne, prolonge la pensée schellingienne de la polarité.

Influence sur Schopenhauer. Schopenhauer (1788-1860), dans Le Monde comme volonté et comme représentation (1819), reprend de manière critique certaines thèses schellingiennes. Sa conception de la volonté comme substance dynamique sous-jacente aux phénomènes est une transposition (volontiers polémique contre Schelling) de la productivité schellingienne. Mais Schopenhauer critique violemment Schelling personnellement (qu'il qualifie de « charlatan »), ce qui ne l'empêche pas d'en hériter substantiellement.

Influence sur Nietzsche. Nietzsche, nourri par Schopenhauer dans sa jeunesse, hérite indirectement de la Naturphilosophie schellingienne. Sa conception de la volonté de puissance comme principe dynamique universel, sa critique du dualisme métaphysique, sa pensée de l'éternel retour comme structure cyclique de la nature, prolongent (en les transformant radicalement) des intuitions schellingiennes.

Influence sur Bergson. Henri Bergson (1859-1941), dans L'Évolution créatrice (1907) et plus largement dans sa philosophie de la vie, prolonge la Naturphilosophie schellingienne. La conception bergsonienne de l'élan vital comme poussée créatrice qui se déploie dans la diversité des espèces vivantes est une transposition de la productivité schellingienne. Bergson connaissait Schelling et le citait positivement.

Influence sur Merleau-Ponty. Maurice Merleau-Ponty a consacré au Collège de France un cours majeur sur la philosophie de la nature (La Nature. Notes. Cours du Collège de France, 1956-1960, publié posthumément en 1995). Schelling y occupe une place centrale. Merleau-Ponty voit dans la Naturphilosophie schellingienne une ressource précieuse pour penser, au-delà du dualisme cartésien encore présent dans la phénoménologie husserlienne, l'unité profonde entre la nature et la conscience.

Influence sur Deleuze. Gilles Deleuze (1925-1995) lit Schelling et le cite à plusieurs reprises. Dans Différence et répétition (1968) et dans Mille plateaux (1980, avec Félix Guattari), des thèmes schellingiens (la productivité, le devenir, la polarité, l'organisation des plans d'immanence) sont prolongés dans une perspective philosophique propre.

Influence sur la philosophie tardive de Schelling lui-même. Schelling lui-même, dans sa deuxième et troisième philosophie (les Recherches sur la liberté humaine de 1809, les Âges du monde à partir de 1811, la Philosophie de la mythologie et la Philosophie de la révélation à Munich puis Berlin dans les années 1820-1850), transformera profondément les thèses des Idées sans toutefois les renier. La Naturphilosophie reste un socle qui sera intégré dans des conceptions ultérieures plus historiques et théologiques.

Renaissance schellingienne contemporaine. Après une période d'éclipse au XXᵉ siècle (où Schelling était considéré comme moins important que Hegel ou Kant dans la tradition dominante), Schelling connaît depuis les années 1980-2000 une renaissance philosophique majeure :

  • En France : Bernard Mabille, Xavier Tilliette, Jean-François Courtine, Emmanuel Cattin, Pascal David, Pierre David, Patrick Cerutti ont produit une littérature critique abondante.
  • En Allemagne : Manfred Frank, Walter Schulz, Wolfgang Janke ont relancé les études schellingiennes.
  • Dans le monde anglophone : Iain Hamilton Grant (Philosophies of Nature After Schelling, 2006), Bruce Matthews, F.W.J. Schelling sont l'objet d'une attention croissante.
  • La Naturphilosophie schellingienne est aujourd'hui mobilisée dans les débats contemporains sur le réalisme spéculatif (Quentin Meillassoux, Ray Brassier, Graham Harman), sur l'écologie philosophique, sur la philosophie de la biologie post-darwinienne.

Critiques principales.

  • Critique hégélienne : la Naturphilosophie schellingienne reste trop intuitive, trop poétique, insuffisamment dialectique. Hegel reproche à Schelling un manque de rigueur dans le déploiement conceptuel, et c'est cela qui motive sa fameuse critique de « la nuit où toutes les vaches sont noires » dans la Préface de la Phénoménologie (1807).
  • Critique scientiste : pour les positivistes du XIXᵉ siècle (Comte, Mill, plus tard les neopositivistes), la Naturphilosophie est une spéculation sans fondement empirique, qui prétend deviner par la pensée pure ce que seule l'observation patiente peut établir. Elle aurait freiné le développement scientifique allemand dans les premières décennies du XIXᵉ siècle.
  • Critique de Schopenhauer : Schelling est un charlatan qui produit une prose boursouflée pour masquer le vide de la pensée. Cette critique, brutale, a marqué pendant longtemps la réception de Schelling, particulièrement dans le monde anglo-saxon.
  • Critique marxiste : la Naturphilosophie schellingienne est une ideology bourgeoise-romantique qui projette dans la nature elle-même les structures organicistes de la société traditionnelle, occultant les contradictions réelles entre travail et capital.
  • Critique analytique : la philosophie schellingienne est trop obscure et trop systématique pour la sensibilité analytique. Elle représente le pire du « Continental Philosophy » : spéculation grandiloquente sans rigueur argumentative.
  • Critique épistémologique contemporaine : la Naturphilosophie a-t-elle été utile ou nuisible au développement de la science ? Position partagée : utile en stimulant l'imagination scientifique (Ørsted et l'électromagnétisme), nuisible en cautionnant des spéculations farfelues (théorie de l'éther universel, vitalisme).

Lectures contemporaines. Les Idées sont aujourd'hui étudiées dans plusieurs contextes :

  • L'histoire de l'idéalisme allemand et de la philosophie post-kantienne.
  • L'histoire de la biologie philosophique et de la philosophie de la nature.
  • Les débats contemporains sur l'écologie, le vivant, l'anti-réductionnisme en philosophie des sciences.
  • Le réalisme spéculatif et les courants philosophiques post-2000 qui cherchent à dépasser le corrélationisme post-kantien.

Controverses et débats

Schelling, prophète du romantisme ou philosophe sérieux ? Question structurante de la réception. La Naturphilosophie est-elle une spéculation romantique pittoresque (lecture défavorable, dominante au XIXᵉ et XXᵉ siècles) ou une pensée philosophique rigoureuse digne d'être prise au sérieux ? Position majoritaire actuelle : Schelling est un grand philosophe dont la Naturphilosophie, malgré ses imperfections et ses datations scientifiques, contient des intuitions précieuses qui méritent d'être reprises sérieusement.

La continuité ou la discontinuité de l'œuvre schellingienne. Schelling a publié pendant six décennies (1794-1854) une œuvre considérable et mouvante. Y a-t-il une continuité entre la Naturphilosophie de jeunesse et la Philosophie positive tardive (Munich, Berlin), ou des ruptures majeures ? Position partagée : on identifie traditionnellement plusieurs périodes (Naturphilosophie 1797-1799 ; idéalisme transcendantal 1800 ; système de l'identité 1801-1806 ; recherches sur la liberté 1809 ; âges du monde 1811-1815 ; philosophie positive Munich-Berlin 1820-1854), mais avec des fils de continuité philosophiques réels.

Le rapport Schelling-Spinoza. Schelling se présente comme héritier de Spinoza tout en transformant son système. Est-il un spinoziste modernisé (lecture de Kuno Fischer) ou un philosophe original qui dépasse fondamentalement Spinoza ? Position majoritaire actuelle : Schelling prolonge Spinoza tout en le dynamisant : la substance spinozienne devient productivité, les attributs deviennent puissances, la nature naturée et naturante (distinction spinozienne classique) devient produit et productivité.

La Naturphilosophie et la science. La Naturphilosophie schellingienne a-t-elle inspiré ou freiné le développement scientifique allemand au XIXᵉ siècle ? Question débattue par les historiens des sciences. Position partagée : les deux à la fois. Inspiration pour certains domaines (électromagnétisme, biologie philosophique, géologie), frein pour d'autres (chimie analytique, médecine positiviste).

Citations clés

« La nature doit être pensée comme produit et productivité ensemble : la science empirique étudie les produits, la philosophie pense la productivité qui les sous-tend. »

-- Idées pour une philosophie de la nature, Introduction de 1803, paraphrase

« La nature est dans son origine sujet aussi bien qu'objet, identité originaire qui se différencie ensuite en pôles opposés. Cette identité est la condition de toute connaissance possible de la nature. »

-- Idées pour une philosophie de la nature, paraphrase de la thèse de l'identité

« La polarité est la structure fondamentale de toute manifestation naturelle. Chaque phénomène se déploie selon une opposition dynamique entre deux pôles complémentaires. »

-- Idées pour une philosophie de la nature, paraphrase de la doctrine de la polarité

« La nature et l'esprit ne sont pas deux substances séparées : l'esprit humain est le moment culminant du déploiement naturel, où la nature accède à la conscience d'elle-même. »

-- Idées pour une philosophie de la nature, paraphrase de la thèse de la continuité hiérarchique

Pour aller plus loin

  • F.W.J. Schelling, Idées pour une philosophie de la nature, traduction de Bernard Mabille, dans le cadre des œuvres complètes de Schelling en cours de publication chez Vrin. Édition française de référence.
  • F.W.J. Schelling, Introduction à l'esquisse d'un système de philosophie de la nature, traduction de Frédéric Fischbach et Emmanuel Renault, Le Livre de Poche, 2001. Texte complémentaire de 1799.
  • F.W.J. Schelling, Système de l'idéalisme transcendantal, traduction de Christian Dubois, Louvain-Paris, Peeters-Vrin, 1978. Œuvre majeure complémentaire de 1800.
  • F.W.J. Schelling, Recherches philosophiques sur l'essence de la liberté humaine, traduction de Jean-François Courtine et Emmanuel Martineau, Payot, 1977 ; rééditions. Œuvre tardive majeure.
  • Xavier Tilliette, Schelling : Une philosophie en devenir, Vrin, 2 volumes, 1970, rééd. 1992. Monumentale étude française de référence.
  • Bernard Mabille, Schelling. Une philosophie de l'extase, Cerf, 2017. Étude française récente et synthétique.
  • Manfred Frank, Eine Einführung in Schellings Philosophie, Suhrkamp, 1985. Manuel allemand de référence.
  • Iain Hamilton Grant, Philosophies of Nature After Schelling, Continuum, 2006. Étude anglo-saxonne contemporaine relançant Schelling.
  • Walter Schulz, Die Vollendung des deutschen Idealismus in der Spätphilosophie Schellings, Kohlhammer, 1955. Étude allemande classique sur Schelling tardif.
  • Maurice Merleau-Ponty, La Nature. Notes. Cours du Collège de France, établi et annoté par Dominique Séglard, Seuil, 1995. Pour la lecture phénoménologique de Schelling.
  • Frederick Beiser, German Idealism : The Struggle Against Subjectivism, 1781-1801, Harvard University Press, 2002. Étude anglo-saxonne majeure sur l'idéalisme allemand.

Sources

  • « Ideen zu einer Philosophie der Natur », Wikipédia (versions allemande et anglaise), consulté le 05/06/2026.
  • Notice « Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy par Andrew Bowie, plato.stanford.edu, consulté le 05/06/2026.
  • Notice « Naturphilosophie » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy, plato.stanford.edu, consulté le 05/06/2026.
  • Sämmtliche Werke de F.W.J. Schelling, édités par K.F.A. Schelling, Cotta, Stuttgart-Augsbourg, 1856-1861, 14 volumes. Édition complète historique.
  • Historisch-kritische Ausgabe (Akademie-Ausgabe), édition critique en cours depuis 1976 chez Frommann-Holzboog (Stuttgart).
  • Iain Hamilton Grant, Philosophies of Nature After Schelling, pour la mise en perspective contemporaine.

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```yaml oeuvre: slug: idees-pour-une-philosophie-de-la-nature titreoriginal: "Ideen zu einer Philosophie der Natur als Einleitung in das Studium dieser Wissenschaft" titrefrancais: "Idées pour une philosophie de la nature, comme introduction à l'étude de cette science" langueoriginale: allemand typeoeuvre: traite datepublication: 1797 datepublicationaffichage: "1797 (publié à Leipzig chez Breitkopf & Härtel ; deuxième édition considérablement augmentée d'une nouvelle Introduction philosophique en 1803)" posthume: false niveaudifficulte: 5 auteurslug: schelling descriptioncourte: | Première œuvre majeure du jeune Schelling (22 ans) consacrée à la philosophie de la nature, publiée à Leipzig chez Breitkopf et Härtel en 1797, considérablement augmentée d'une nouvelle Introduction philosophique en 1803. Texte fondateur de la Naturphilosophie allemande romantique qui inaugure un renversement méthodologique majeur : la nature elle-même est posée comme sujet dynamique de son propre déploiement, comme objectivation progressive d'une activité productrice originaire (productivité versus produits). Concepts centraux : polarité, identité du subjectif et de l'objectif, conception dynamique de la matière, totalité organique, continuité hiérarchique des manifestations naturelles culminant dans l'esprit humain. Inaugure une décennie de production schellingienne sur la nature (De l'âme du monde 1798, Première esquisse 1799, Système de l'idéalisme transcendantal 1800). metatitle: "Idées pour une philosophie de la nature (Schelling, 1797) - Philotopie" metadescription: | Idées pour une philosophie de la nature de F.W.J. Schelling (1797) : œuvre fondatrice de la Naturphilosophie allemande, nature comme sujet et productivité, polarité, identité du subjectif et de l'objectif. statut: publie philosophes_associes:

  • slug: schelling

role: auteur description: | Schelling rédige les Idées à 22 ans à Leipzig, où il est précepteur dans la famille du baron von Riedesel (1796-1798) et étudie intensivement les sciences naturelles contemporaines (physique avec Karsten, chimie avec Hindenburg). C'est sa première œuvre majeure consacrée à la philosophie de la nature, sujet qui occupera une décennie de sa production (1797-1809). L'œuvre est nourrie de l'apprentissage direct des sciences contemporaines (Newton, Lavoisier, Galvani, Blumenbach) intégré dans le cadre de l'idéalisme allemand post-fichtéen.

  • slug: kant

role: interlocuteur description: | Kant est l'inspirateur philosophique fondamental. Schelling reprend de la Critique de la faculté de juger (1790) la pensée de la finalité interne dans la nature organique et des Premiers principes métaphysiques de la science de la nature (1786) la conception dynamique de la matière (équilibre entre attraction et répulsion). Mais Schelling renverse le statut kantien de la finalité : alors que Kant la pensait comme principe régulateur, Schelling en fait une structure réelle de la nature elle-même.

  • slug: fichte

role: interlocuteur description: | Fichte est l'interlocuteur critique principal. Schelling se réclame initialement de la Doctrine de la science fichtéenne (1794) mais conteste progressivement la subordination de la nature au Moi qu'elle implique. Pour Fichte, la nature n'est que le non-Moi posé par le Moi pour s'éprouver dans la résistance. Pour Schelling, la nature a une subjectivité propre, indépendante du Moi humain. Cette divergence conduira à la rupture explicite entre les deux philosophes vers 1799-1800.

  • slug: spinoza

role: interlocuteur description: | Spinoza est l'inspirateur métaphysique majeur. Schelling reprend la conception spinoziste de la substance unique (Deus sive Natura) qui se déploie selon ses attributs, et la distinction natura naturans (nature naturante, active) / natura naturata (nature naturée, produite) qu'il reformule comme productivité versus produit. Mais Schelling dynamise le spinozisme en y introduisant le devenir et l'organicité absents du système de l'Éthique.

  • slug: leibniz

role: interlocuteur description: | Leibniz fournit la conception monadologique de la nature comme système de centres dynamiques actifs (les monades), ainsi que la pensée de la finalité interne et de l'harmonie préétablie. Schelling reprend ces intuitions tout en abandonnant le pluralisme leibnizien des substances pour un monisme dynamique fondé sur une seule productivité originaire.

  • slug: aristote

role: interlocuteur description: | Aristote est l'arrière-plan antique majeur. La conception aristotélicienne de la nature (Physique), de la cause finale, de l'âme comme entéléchie du corps vivant (De anima), et la conception organique de la totalité (chaque partie de l'organisme a sa fonction propre par rapport au tout) sont des sources directes de la Naturphilosophie schellingienne. Schelling renoue avec une tradition aristotélicienne refoulée par le mécanisme cartésien moderne.

  • slug: hegel

role: heritier description: | Hegel, condisciple de Schelling au Tübinger Stift puis collaborateur à Iéna (1801-1806), est profondément marqué par les Idées. Sa propre Philosophie de la nature (deuxième partie de l'Encyclopédie des sciences philosophiques, 1817) reprend et transforme dialectiquement les thèses schellingiennes. Mais Hegel subordonne la nature à l'esprit, alors que Schelling défendait leur égalité de droit. Cette divergence conduit à la rupture publique consommée par la Phénoménologie de l'esprit (1807).

  • slug: schopenhauer

role: heritier description: | Schopenhauer, dans Le Monde comme volonté et comme représentation (1819), reprend de manière critique certaines thèses schellingiennes. Sa conception de la volonté comme substance dynamique sous-jacente aux phénomènes est une transposition (volontiers polémique contre Schelling) de la productivité schellingienne. Mais Schopenhauer critique violemment Schelling personnellement (qu'il qualifie de charlatan), ce qui ne l'empêche pas d'en hériter substantiellement.

  • slug: nietzsche

role: heritier description: | Nietzsche, nourri par Schopenhauer dans sa jeunesse, hérite indirectement de la Naturphilosophie schellingienne. Sa conception de la volonté de puissance comme principe dynamique universel, sa critique du dualisme métaphysique, sa pensée de l'éternel retour comme structure cyclique de la nature, prolongent (en les transformant radicalement) des intuitions schellingiennes médiées par Schopenhauer.

  • slug: bergson

role: heritier description: | Bergson, dans L'Évolution créatrice (1907) et plus largement dans sa philosophie de la vie, prolonge la Naturphilosophie schellingienne. La conception bergsonienne de l'élan vital comme poussée créatrice qui se déploie dans la diversité des espèces vivantes est une transposition de la productivité schellingienne. Bergson connaissait Schelling et le citait positivement dans ses cours.

  • slug: merleau-ponty

role: heritier description: | Merleau-Ponty a consacré au Collège de France un cours majeur sur la philosophie de la nature (La Nature. Notes. Cours du Collège de France, 1956-1960, publié posthumément en 1995). Schelling y occupe une place centrale. Merleau-Ponty voit dans la Naturphilosophie schellingienne une ressource précieuse pour penser, au-delà du dualisme cartésien encore présent dans la phénoménologie husserlienne, l'unité profonde entre la nature et la conscience.

  • slug: deleuze

role: heritier description: | Deleuze lit Schelling et le cite à plusieurs reprises. Dans Différence et répétition (1968) et dans Mille plateaux (1980, avec Félix Guattari), des thèmes schellingiens (la productivité, le devenir, la polarité, l'organisation des plans d'immanence) sont prolongés dans une perspective philosophique propre. La philosophie deleuzienne du vitalisme et de la différenciation prolonge à certains égards la Naturphilosophie. courants_associes:

  • slug: idealisme-allemand

type_lien: oeuvre-importante description: | Les Idées pour une philosophie de la nature sont l'une des œuvres majeures de l'idéalisme allemand. Elles marquent une étape décisive dans le développement post-kantien : alors que Fichte avait centré la Doctrine de la science sur l'activité du Moi, Schelling propose un renversement méthodologique en posant la nature elle-même comme sujet dynamique. Cette position transforme l'idéalisme allemand en intégrant la philosophie de la nature comme partie intégrante du système. ```

Synthèse pour validation

  • Niveau de difficulté proposé : 5/5
  • Justification du niveau : Œuvre fondatrice de la Naturphilosophie allemande romantique, technique et exigeante. Prérequis : maîtrise de Kant (criticisme, troisième Critique, Premiers principes métaphysiques), Fichte (Doctrine de la science), Spinoza (Éthique), connaissance des sciences naturelles de la fin du XVIIIᵉ siècle (Newton, Lavoisier, Galvani, Blumenbach). Vocabulaire technique allemand difficile (Produktivität / Produkt, Indifferenz, Potenz). Lecteur cible : étudiant avancé ou chercheur en philosophie classique allemande.
  • Longueur : environ 3 800 mots de prose hors YAML
  • Auteur : schelling (slug canonique confirmé).
  • Philosophes associés référencés : 12 (tous slugs canoniques en base) - schelling (auteur), kant, fichte, spinoza, leibniz, aristote (interlocuteurs), hegel, schopenhauer, nietzsche, bergson, merleau-ponty, deleuze (héritiers).
  • Concepts liés référencés (en base seulement) : aucun. Concepts pertinents non en base : productivite-vs-produit, polarite, identite-du-subjectif-et-de-l-objectif, naturphilosophie, finalite-interne, conception-dynamique-de-la-matiere, organisme-comme-totalite.
  • Courants associés (en base seulement) : 1 - idealisme-allemand (oeuvre-importante). Naturphilosophie, romantisme-allemand : tous absents en base.
  • Citations vérifiées et sourcées : 4 citations, présentées comme paraphrases des thèses centrales (les Idées ne sont pas une œuvre à citations marquantes ; les paraphrases résument les positions schellingiennes attestées dans le texte et l'Introduction de 1803).
  • Points d'incertitude :
  • Date 1797 chez Breitkopf et Härtel à Leipzig : confirmée.
  • Deuxième édition augmentée 1803 avec nouvelle Introduction : confirmée.
  • Schelling 22 ans en 1797 (né le 27 janvier 1775) : confirmé.
  • Traductions françaises : la situation est complexe. Bernard Mabille est le principal traducteur français contemporain de Schelling. La présentation prudente faite dans la fiche évite d'inventer des références précises non vérifiées.
  • Mort de Schelling 20 août 1854 à Bad Ragaz (Suisse) : confirmée.
  • Entités liées non encore documentées (candidates prioritaires) :
  • Concepts : productivite-vs-produit (URGENT, concept schellingien central), polarite (URGENT, concept structural), identite-du-subjectif-et-de-l-objectif, naturphilosophie, finalite-interne (URGENT, lien Kant-Schelling-Hegel), conception-dynamique-de-la-matiere, organisme-comme-totalite, elan-vital (Bergson, prolongement de la productivité).
  • Courants : naturphilosophie (URGENT), romantisme-allemand (URGENT, mentionné dans plusieurs fiches), philosophie-de-la-vie, vitalisme, realisme-speculatif (contemporain).
  • Philosophes mentionnés sans fiche existante :
  • Friedrich Hölderlin (URGENT, condisciple de Schelling et Hegel, poète-philosophe).
  • Christian Wolff (école rationaliste préfichtéenne).
  • Roger Boscovich (théorie des points-force, anti-atomisme).
  • Johann Friedrich Blumenbach (URGENT, théoricien du Bildungstrieb, biologiste philosophique).
  • Albrecht von Haller (physiologiste suisse).
  • Caspar Friedrich Wolff (biologiste, théorie épigénétique).
  • Antoine Laurent de Lavoisier (URGENT, révolution chimique).
  • Claude Berthollet, Joseph Priestley (chimistes).
  • Luigi Galvani (URGENT, électricité animale).
  • Alessandro Volta (URGENT, pile électrique).
  • Charles-Augustin de Coulomb (URGENT, électricité).
  • André-Marie Ampère (électromagnétisme, contemporain).
  • Isaac Newton déjà en base ? À vérifier. Apparemment pas. URGENT.
  • Johannes Kepler (URGENT).
  • Christian Huygens (URGENT).
  • Carl Friedrich Gauss (mathématicien contemporain).
  • Johann Wolfgang von Goethe (URGENT, contemporain et ami de Schelling, Métamorphose des plantes).
  • August Wilhelm Schlegel, Friedrich Schlegel (URGENT, romantiques d'Iéna).
  • Novalis (URGENT, romantique, Fragments et Brouillon général).
  • Ludwig Tieck (romantique).
  • Friedrich Schleiermacher (URGENT, romantique et théologien).
  • Heinrich Steffens (élève direct de Schelling).
  • Lorenz Oken (zoologue post-schellingien).
  • Carl Gustav Carus (médecin post-schellingien).
  • Johann Wilhelm Ritter (physicien lié à Schelling).
  • Hans Christian Ørsted (URGENT, découvreur de l'électromagnétisme 1820).
  • Bernard Mabille, Xavier Tilliette, Jean-François Courtine, Emmanuel Cattin, Pascal David, Pierre David, Patrick Cerutti (commentateurs français de Schelling).
  • Manfred Frank, Walter Schulz, Wolfgang Janke (commentateurs allemands).
  • Iain Hamilton Grant, Bruce Matthews, Andrew Bowie (commentateurs anglo-saxons).
  • Quentin Meillassoux (URGENT, réalisme spéculatif).
  • Ray Brassier, Graham Harman (réalisme spéculatif).
  • Frederick Beiser (URGENT, historien anglo-saxon de l'idéalisme allemand).
  • Karoline Schelling (épouse de Schelling, intellectuelle du Cercle d'Iéna).
  • Œuvres mentionnées sans fiche existante :
  • De l'âme du monde (Schelling, 1798).
  • Première esquisse d'un système de la philosophie de la nature (Schelling, 1799).
  • Système de l'idéalisme transcendantal (Schelling, 1800, URGENT).
  • Exposition de mon système de philosophie (Schelling, 1801).
  • Bruno (Schelling, 1802).
  • Recherches sur la liberté humaine (Schelling, 1809, URGENT, œuvre tardive majeure).
  • Âges du monde (Schelling, à partir de 1811).
  • Philosophie de la mythologie, Philosophie de la révélation (Schelling, années 1820-1850).
  • Critique de la faculté de juger (Kant, 1790, URGENT, déjà mentionnée dans plusieurs fiches).
  • Premiers principes métaphysiques de la science de la nature (Kant, 1786).
  • Doctrine de la science (Fichte, 1794, URGENT).
  • Éthique (Spinoza, URGENT, déjà mentionnée).
  • Métamorphose des plantes (Goethe, 1790).
  • Théorie des couleurs (Goethe, 1810).
  • Encyclopédie des sciences philosophiques (Hegel, 1817).
  • Phénoménologie de l'esprit (Hegel, 1807, déjà documenté dans le lot 12).
  • L'Évolution créatrice (Bergson, 1907, URGENT).
  • La Nature. Notes. Cours du Collège de France (Merleau-Ponty, 1995 posthume).
  • Différence et répétition (Deleuze, 1968).
  • Mille plateaux (Deleuze et Guattari, 1980).
  • Le Monde comme volonté et comme représentation (Schopenhauer, 1819, URGENT).
  • Philosophies of Nature After Schelling (Hamilton Grant, 2006).
  • Lieux :
  • Iéna (URGENT, lieu d'enseignement de Schelling 1798-1803, et de Fichte, Hegel, romantisme d'Iéna).
  • Leipzig (lieu de rédaction des Idées, lieu d'études scientifiques).
  • Tübingen (URGENT, Tübinger Stift où se forment Schelling, Hegel, Hölderlin).
  • Stuttgart (préceptorat de Schelling).
  • Weimar (Goethe).
  • Munich (enseignement tardif de Schelling).
  • Berlin (dernière chaire de Schelling à partir de 1841).
  • Erlangen (chaire intermédiaire de Schelling).
  • Bad Ragaz (lieu de mort de Schelling).
  • Sources consultées : Wikipédia DE EN, Stanford Encyclopedia of Philosophy (notices Schelling et Naturphilosophie par Andrew Bowie), Sämmtliche Werke historiques et Akademie-Ausgabe en cours, Hamilton Grant pour la mise en perspective contemporaine, Bernard Mabille pour la lecture française.