Emmanuel Kant
Philosophe prussien des Lumières, fondateur de la philosophie critique et de l'idéalisme transcendantal. Sa pensée a refondé la théorie de la connaissance et la morale autour de l'autonomie de la raison.
Biographie
Emmanuel Kant naît le 22 avril 1724 à Königsberg, capitale de la Prusse-Orientale, ville qui est aujourd'hui russe et porte le nom de Kaliningrad. Sa vie est célèbre pour sa régularité et son ancrage local : Kant a passé la quasi-totalité de son existence dans sa ville natale et ses environs, sans jamais voyager loin, ce qui n'a nullement borné l'ampleur de sa pensée. C'est l'un des paradoxes de cette figure, un homme dont l'horizon géographique fut étroit et l'horizon intellectuel illimité.
Il naît dans un milieu modeste et profondément religieux. Son père est artisan sellier, et sa famille appartient au piétisme, un courant protestant qui met l'accent sur la piété intérieure, la rigueur morale et l'examen de soi plutôt que sur le dogme. Kant fréquente sept ans durant un collège piétiste. Cette éducation morale exigeante marquera durablement sa philosophie pratique, même s'il prendra ses distances avec la religiosité de son enfance.
Formation et vie universitaire
Kant entre à l'université de Königsberg en 1740. Il y étudie la philosophie, les mathématiques et la physique, dans un climat intellectuel marqué par le rationalisme allemand de Leibniz et de Wolff, qu'on lui enseigne, et par la révolution scientifique de Newton, qui le fascine. À la mort de son père, faute de moyens, il interrompt ses études et gagne sa vie plusieurs années comme précepteur dans des familles de la région.
Il revient ensuite à l'université, obtient ses grades et devient en 1755 enseignant non titulaire, payé directement par les étudiants. Il enseigne une grande variété de matières, dont la métaphysique, la logique, la morale, mais aussi la géographie physique et l'anthropologie. Il devra attendre 1770, à quarante-six ans, pour obtenir enfin une chaire de logique et de métaphysique. Sa carrière est donc celle d'un travailleur tenace, longtemps précaire, qui ne connaît la consécration que tardivement.
La période critique
Les années qui suivent sa nomination sont, en apparence, silencieuses. Kant publie peu pendant une décennie. C'est en réalité une période de gestation intense. Plus tard, il reconnaîtra que la lecture de Hume l'avait, selon sa propre formule, tiré de son « sommeil dogmatique ». La critique humienne de la causalité l'avait convaincu que la métaphysique traditionnelle reposait sur des bases fragiles, et qu'il fallait d'abord examiner les pouvoirs et les limites de la raison elle-même avant de prétendre connaître quoi que ce soit.
Le fruit de cette gestation paraît en 1781 : la Critique de la raison pure, l'une des œuvres les plus importantes et les plus difficiles de l'histoire de la philosophie. Kant a alors cinquante-sept ans. Suivent, en quelques années d'une fécondité remarquable, les autres grandes œuvres de ce qu'on appelle la période critique : la Fondation de la métaphysique des mœurs (1785), la Critique de la raison pratique (1788) et la Critique de la faculté de juger (1790). En l'espace d'une décennie, Kant édifie un système qui embrasse la connaissance, la morale et le jugement esthétique.
Une vie réglée et une fin paisible
La légende a retenu l'image d'un homme aux habitudes si réglées que les habitants de Königsberg, dit-on, ajustaient leur montre sur sa promenade quotidienne. Il faut faire la part de l'embellissement, mais le fond est juste : Kant menait une vie disciplinée, vouée au travail intellectuel, à l'enseignement et à la conversation avec un cercle d'amis.
Devenu célèbre de son vivant, bien que souvent mal compris de ses contemporains tant son œuvre était ardue, Kant connaît dans ses dernières années un conflit avec la censure prussienne à propos de ses écrits sur la religion. Il meurt le 12 février 1804 à Königsberg, âgé de près de quatre-vingts ans. La tradition rapporte que ses derniers mots furent « Es ist gut », « C'est bien », formule dont l'authenticité exacte reste incertaine mais qui s'accorde avec l'image d'une vie accomplie sans drame. Son influence, déjà considérable, n'allait cesser de croître après sa mort.
Pensée principale
La philosophie de Kant naît d'un constat de crise. D'un côté, les sciences de la nature, depuis Newton, progressent avec une assurance éclatante. De l'autre, la métaphysique, qui prétend connaître Dieu, l'âme et le monde dans leur totalité, n'avance pas : elle s'enlise dans des disputes interminables où chaque thèse trouve son antithèse. Pourquoi cette différence ? La réponse de Kant va consister à retourner la question. Au lieu de demander encore une fois ce que nous pouvons connaître du monde, il demande d'abord ce que la raison est capable de connaître, et à quelles conditions. C'est un examen de la raison par elle-même, d'où le nom de philosophie « critique » qu'il donne à son entreprise. Trois questions la résument, qu'il formule lui-même : que puis-je savoir ? que dois-je faire ? que m'est-il permis d'espérer ?
La révolution copernicienne en philosophie
Le geste fondateur de la Critique de la raison pure est ce que Kant appelle sa révolution copernicienne. Jusqu'à lui, on supposait que notre connaissance devait se régler sur les objets : l'esprit recevait passivement ce que le monde lui présentait. Kant renverse le rapport. Et si c'étaient les objets qui devaient se régler sur notre connaissance ? Et si l'esprit, loin d'être une cire passive, structurait activement l'expérience selon ses propres formes ?
Cette hypothèse a une conséquence majeure. Nous ne connaissons pas les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, mais telles qu'elles nous apparaissent une fois mises en forme par notre esprit. Kant distingue ainsi le phénomène, la chose telle qu'elle nous apparaît, et la chose en soi (le noumène), telle qu'elle serait indépendamment de nous, et qui demeure à jamais inaccessible à la connaissance. C'est le cœur de l'idéalisme transcendantal.
L'esprit dispose pour cela de formes a priori, c'est-à-dire antérieures à toute expérience et qui la rendent possible. L'espace et le temps sont les formes de notre sensibilité : nous ne percevons rien qui ne soit dans l'espace et dans le temps, non parce que les choses en soi y seraient, mais parce que c'est ainsi que notre esprit reçoit le donné. À cela s'ajoutent les catégories de l'entendement, comme la causalité ou la substance, qui organisent ce donné en objets pensables. C'est ici que Kant répond à Hume : la causalité n'est ni une simple habitude, ni une propriété des choses en soi, mais une catégorie a priori grâce à laquelle notre entendement constitue l'expérience objective. Elle vaut nécessairement pour tout ce qui nous apparaît, et c'est pourquoi la science est possible.
Les limites de la raison
Cette analyse a un revers décisif. Si toute connaissance suppose un donné sensible mis en forme, alors nous ne pouvons connaître que des phénomènes, et jamais ce qui dépasse toute expérience possible. Or c'est précisément ce que prétend faire la métaphysique traditionnelle quand elle parle de Dieu, de l'âme immortelle ou du monde comme totalité. Ces objets ne sont jamais donnés dans l'expérience. La raison, en voulant les connaître, s'égare nécessairement et tombe dans des contradictions, que Kant analyse sous le nom d'antinomies.
La conclusion n'est pas que ces questions sont vaines, mais qu'elles ne relèvent pas de la connaissance. Kant résume son intention par une formule restée célèbre : il a fallu limiter le savoir pour faire place à la croyance. En montrant que la raison théorique ne peut prouver ni l'existence de Dieu ni la liberté, il ouvre paradoxalement la possibilité de les fonder autrement, sur le terrain de la morale.
La morale : le devoir et l'impératif catégorique
C'est dans la philosophie pratique que Kant développe sa pensée la plus influente. La question est : qu'est-ce qui rend une action moralement bonne ? Sa réponse rompt avec les morales qui font dépendre le bien du bonheur, du plaisir ou des conséquences. Pour Kant, une action n'a de valeur morale que si elle est accomplie par devoir, c'est-à-dire par respect pour la loi morale, et non par intérêt, par inclination ou par crainte.
Mais quelle est cette loi ? Elle ne peut venir de l'extérieur, ni de Dieu, ni de la nature, ni de la société, sans quoi elle ne serait pas proprement morale. Elle doit être donnée par la raison elle-même. C'est ce que Kant appelle l'autonomie : la volonté qui se donne à elle-même sa propre loi. La loi morale prend la forme d'un commandement inconditionnel, l'impératif catégorique, par opposition aux impératifs hypothétiques qui ne valent qu'en vue d'une fin (si tu veux ceci, fais cela).
Kant en donne plusieurs formulations. La plus connue invite à agir seulement d'après une maxime telle que l'on puisse vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. Avant d'agir, demandez-vous si la règle de votre action pourrait être suivie par tous sans contradiction. Une autre formulation, tout aussi importante, commande de traiter l'humanité, en soi-même comme en autrui, toujours aussi comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. C'est l'un des fondements philosophiques de la notion moderne de dignité de la personne.
« Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »
Cette morale du devoir, exigeante, est aussi une morale de la liberté. En obéissant à la loi qu'elle se donne, la volonté est libre, soustraite au déterminisme de la nature. La liberté, que la raison théorique ne pouvait prouver, devient ici un présupposé nécessaire de l'action morale.
Le jugement et l'unité du système
La troisième grande œuvre, la Critique de la faculté de juger, cherche à jeter un pont entre le monde de la nature, régi par la nécessité, et le monde de la liberté, régi par la loi morale. Kant y analyse notamment le jugement esthétique, le jugement de goût par lequel nous disons qu'une chose est belle. Ce jugement, montre-t-il, prétend à une validité universelle tout en reposant sur un sentiment et non sur un concept, ce qui en fait un cas singulier et fascinant. Il y traite aussi du jugement sur le vivant et de la finalité dans la nature. Cette troisième Critique, plus tardive, est essentielle pour comprendre l'ambition systématique de Kant, qui voulait articuler en un tout cohérent la connaissance, l'action et le sentiment.
Œuvres majeures
L'œuvre de Kant se partage en deux grands moments. Avant 1770, la période dite précritique, où il écrit notamment sur les sciences de la nature. Après, la période critique, qui produit les œuvres majeures dont la philosophie n'a cessé de débattre depuis. On se concentre ici sur ces dernières.
La Critique de la raison pure
La Critique de la raison pure (1781, profondément remaniée pour une seconde édition en 1787) est l'œuvre maîtresse et le point de départ de tout le système. Elle examine les pouvoirs et les limites de la connaissance. Kant y expose la révolution copernicienne, la distinction du phénomène et de la chose en soi, le rôle des formes a priori de la sensibilité (espace et temps) et des catégories de l'entendement. Il y montre pourquoi la science est possible et pourquoi la métaphysique traditionnelle, qui prétend connaître Dieu, l'âme et le monde, dépasse les bornes de toute connaissance possible.
C'est un texte d'une difficulté redoutable, au vocabulaire technique dense et à l'architecture complexe. Kant en a lui-même donné une version abrégée et plus accessible, les Prolégomènes à toute métaphysique future (1783), qu'on recommande souvent de lire d'abord pour entrer dans la Critique.
La Fondation de la métaphysique des mœurs
La Fondation de la métaphysique des mœurs (1785), souvent appelée Fondements selon les traductions, est un texte bref et d'une portée immense. Kant y établit le principe de la moralité : l'autonomie de la volonté et l'impératif catégorique. C'est sans doute la meilleure porte d'entrée dans la philosophie pratique de Kant, plus accessible que la première Critique, même si elle demande de l'attention. Les formulations célèbres de l'impératif catégorique s'y trouvent.
La Critique de la raison pratique
La Critique de la raison pratique (1788) approfondit et systématise la philosophie morale. Kant y développe l'idée que la raison n'est pas seulement théorique mais aussi pratique, c'est-à-dire capable de déterminer la volonté. Il y traite de la liberté, de l'immortalité de l'âme et de l'existence de Dieu non plus comme objets de connaissance, mais comme postulats de la raison pratique, c'est-à-dire comme des conditions que la vie morale nous conduit à admettre.
La Critique de la faculté de juger
La Critique de la faculté de juger (1790), parfois appelée Critique du jugement, est la troisième et dernière des grandes Critiques. Elle traite du jugement esthétique (le beau et le sublime) et du jugement téléologique (la finalité dans la nature, notamment le vivant). Elle vise à unifier le système en jetant un pont entre le domaine de la nature et celui de la liberté. Elle aura une influence majeure sur l'esthétique et sur l'idéalisme allemand qui suivra.
Les écrits politiques et sur l'histoire
Kant a aussi écrit des textes plus brefs et plus accessibles sur la politique, le droit et l'histoire. Qu'est-ce que les Lumières ? (1784) propose une définition restée célèbre des Lumières comme sortie de l'homme de sa minorité, et un appel à oser se servir de son propre entendement. Vers la paix perpétuelle (1795) esquisse les conditions d'une paix durable entre les nations et anticipe l'idée d'une fédération d'États, texte souvent cité dans la réflexion contemporaine sur le droit international.
Postérité et influence
Peu d'œuvres ont autant reconfiguré la philosophie que celle de Kant. On parle souvent d'un avant et d'un après Kant : après lui, il devient difficile de faire de la philosophie sans se situer par rapport à la révolution critique. Son influence traverse les deux grands courants de la philosophie contemporaine, la tradition continentale et la tradition analytique, ce qui est rare.
L'idéalisme allemand
Les héritiers immédiats de Kant sont les philosophes de l'idéalisme allemand, Fichte, Schelling et surtout Hegel. Tous partent de Kant, mais pour le dépasser. Beaucoup jugent intenable la notion de chose en soi inconnaissable : si elle est par définition hors de toute expérience, comment pouvons-nous même affirmer qu'elle existe ? L'idéalisme allemand cherche à supprimer cette limite et à penser un savoir qui n'aurait plus de dehors inaccessible. C'est l'une des grandes aventures spéculatives de la philosophie, qui se construit tout entière dans le sillage et la discussion de Kant.
La morale et la dignité de la personne
L'influence de la philosophie morale kantienne est immense et bien vivante. L'éthique du devoir, ou déontologie, qui juge les actions par leur conformité à des principes plutôt que par leurs conséquences, reste l'une des grandes familles de la philosophie morale, face notamment à l'utilitarisme. La formule kantienne qui commande de traiter l'humanité toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen est l'une des sources philosophiques de la notion moderne de dignité humaine, présente jusque dans les déclarations des droits et les débats de bioéthique contemporains.
La tradition analytique
Du côté de la philosophie analytique, l'héritage est tout aussi profond, quoique différent. La question kantienne des conditions de possibilité de la connaissance, et notamment des jugements qui sont à la fois informatifs et nécessaires, a nourri des débats majeurs au XXe siècle. De nombreux philosophes contemporains se réclament d'une démarche transcendantale, qui consiste à remonter des faits aux conditions qui les rendent possibles. Le vocabulaire et les problèmes kantiens restent présents dans la philosophie de l'esprit et la théorie de la connaissance d'aujourd'hui.
Les politiques et la paix
Enfin, le Kant politique connaît une actualité renouvelée. Son projet d'une paix perpétuelle fondée sur le droit et sur une fédération d'États libres a été relu au XXe siècle comme une anticipation des institutions internationales. Sa définition des Lumières, comme courage de se servir de son propre entendement, demeure une référence dans toute réflexion sur l'autonomie intellectuelle et l'émancipation.
L'œuvre de Kant n'est facile pour personne, et c'est peut-être l'un de ses traits les plus durables : elle exige, elle résiste, elle oblige à penser. Vingt-deux décennies après sa mort, on continue d'en débattre, signe qu'elle n'a rien d'un monument figé mais reste un foyer actif de questions.
Controverses et débats
L'œuvre de Kant, par sa difficulté et son ambition, a suscité des débats interprétatifs intenses, mais aussi des discussions plus récentes sur certaines de ses positions. Les signaler relève de l'honnêteté intellectuelle.
La chose en soi
Le débat philosophique le plus ancien porte sur la notion de chose en soi. Kant affirme qu'il existe quelque chose au-delà des phénomènes, une réalité indépendante de notre esprit, mais que cette réalité est par principe inconnaissable. Or cette position a paru intenable à beaucoup de ses successeurs. Si la chose en soi est hors de toute expérience possible, comment Kant peut-il seulement affirmer qu'elle existe et qu'elle nous affecte, alors que l'existence et la causalité sont, selon ses propres principes, des catégories qui ne valent que pour les phénomènes ? Cette objection, formulée dès ses premiers lecteurs, a été le moteur du dépassement de Kant par l'idéalisme allemand. Elle reste un point d'interprétation discuté : faut-il comprendre la chose en soi comme une réalité distincte ou comme un simple point de vue sur les mêmes objets ?
Les écrits sur les races et les hiérarchies humaines
Une controverse plus récente, et d'une autre nature, porte sur certains écrits de Kant en anthropologie et en géographie. Kant y a soutenu des thèses hiérarchisant les groupes humains et exprimé des préjugés racistes et sexistes qui étaient répandus dans l'Europe de son temps. Ces textes ont longtemps été tenus pour mineurs et laissés dans l'ombre de la grande œuvre critique.
Depuis quelques décennies, la recherche les réexamine avec attention, et un débat s'est ouvert. Une question centrale est de savoir comment articuler ces positions avec le cœur universaliste de la morale kantienne, qui affirme la dignité de toute personne et l'égale valeur de tout être raisonnable. Y a-t-il là une contradiction interne, le signe que l'universalisme de Kant n'allait pas jusqu'au bout de lui-même ? Ou s'agit-il de préjugés d'époque, extérieurs à l'armature de sa philosophie morale et que celle-ci permet précisément de critiquer ? Les commentateurs sont divisés. Certains soulignent que Kant lui-même semble avoir nuancé certaines de ses positions vers la fin de sa vie. Ce débat, vif et sérieux, ne se laisse pas trancher d'une formule, et il importe de le présenter pour ce qu'il est, une discussion ouverte qui engage la cohérence d'une pensée majeure.
La rigueur morale en question
Un troisième débat, plus classique, porte sur l'exigence de la morale kantienne. En faisant de l'action par devoir le seul critère de la valeur morale, et en écartant les inclinations et les conséquences, Kant expose sa morale à l'objection de formalisme et de rigidité. L'exemple le plus discuté est celui du mensonge : Kant semble interdire de mentir même pour sauver une vie, ce qui heurte l'intuition commune. Les défenseurs de Kant répondent de diverses manières, en distinguant les niveaux de son argumentation ou en relisant ses textes. Le débat entre l'éthique du devoir kantienne et les éthiques attentives aux conséquences ou aux situations concrètes reste l'un des grands axes de la philosophie morale contemporaine.
Pour aller plus loin
Pour commencer
Ne commencez pas par la Critique de la raison pure, qui rebuterait le lecteur le mieux disposé. Le meilleur point d'entrée est l'opuscule Qu'est-ce que les Lumières ? (1784), bref et limpide, qui donne le ton de la pensée kantienne et son exigence d'autonomie. Pour la morale, la Fondation de la métaphysique des mœurs est le texte à privilégier : court, central, il expose l'impératif catégorique et l'idée de dignité. La traduction de Victor Delbos, revue, ou celles d'Alain Renaut (GF-Flammarion) sont des références.
Pour une vue d'ensemble, l'article « Immanuel Kant » de la Stanford Encyclopedia of Philosophy, en accès libre, est une synthèse précise mais exigeante. En français, des introductions de vulgarisation rigoureuse permettent d'aborder le système avant les textes eux-mêmes.
Pour approfondir
Pour entrer dans la théorie de la connaissance, les Prolégomènes à toute métaphysique future (1783) sont la version abrégée que Kant lui-même a donnée de la première Critique : à lire avant celle-ci. La Critique de la raison pure demande ensuite un accompagnement (commentaires, cours), tant son vocabulaire et son architecture sont exigeants. C'est un sommet à n'aborder qu'avec une carte.
La Critique de la raison pratique approfondit la morale, et la Critique de la faculté de juger l'esthétique et la téléologie, pour les lecteurs déjà familiers du système.
Pour situer dans l'histoire de la philosophie
Lire Hume avant Kant éclaire le « sommeil dogmatique » dont Kant prétend s'être réveillé : on comprend mieux le défi auquel la philosophie critique répond. Lire Hegel après Kant montre comment l'idéalisme allemand a tenté de dépasser la limite de la chose en soi. Pour la philosophie morale, confronter l'éthique kantienne du devoir aux éthiques conséquentialistes (utilitarisme) et à l'éthique des vertus est un excellent exercice pour situer les grands choix de la pensée morale.
Les éditions de référence en français sont publiées notamment dans la Pléiade (Œuvres philosophiques en trois volumes) et chez GF-Flammarion pour les œuvres séparées.