Méditations cartésiennes. Introduction à la phénoménologie

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Titre original : Cartesianische Meditationen. Eine Einleitung in die Phänomenologie

Publication : 1931 (édition française) - 1950 (texte allemand)

Type : Traite

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Analyse

Les « Méditations cartésiennes » de Edmund Husserl, sous-titrées « Introduction à la phénoménologie », sont nées de deux conférences prononcées à la Sorbonne en février 1929. Husserl y présentait au public français, dans l'amphithéâtre Descartes, l'état de sa pensée après vingt ans de travaux. Le texte remanié parut d'abord en français, en 1931, dans une traduction due à Gabrielle Peiffer et à Emmanuel Levinas. L'original allemand ne fut publié qu'en 1950, après la mort de l'auteur.

Cette histoire éditoriale explique en partie l'importance du livre : pendant vingt ans, il a été le seul exposé d'ensemble de la phénoménologie transcendantale accessible en France, et c'est par lui que toute une génération y est entrée.

Pourquoi Descartes

Le titre n'est pas un ornement. Husserl reprend délibérément le geste des « Méditations métaphysiques » : suspendre l'adhésion à tout ce qui peut être mis en doute, pour atteindre un point de départ absolument fondé. Il tient Descartes pour le père de la philosophie moderne parce qu'il a compris que la réforme du savoir devait commencer par un retour radical au sujet connaissant.

Mais il lui reproche aussitôt d'avoir manqué sa propre découverte. En faisant de l'ego une petite portion du monde, une substance pensante, Descartes serait retombé dans le réalisme qu'il venait de suspendre, et il aurait ouvert la voie au psychologisme. Le cogito husserlien n'est pas une chose qui pense : c'est le champ où tout sens se constitue.

Les cinq méditations

La première conduit à l'ego transcendantal par l'épochè, cette mise entre parenthèses de la croyance au monde qui ne nie rien mais suspend tout. Ce que l'on gagne n'est pas un résidu, c'est un changement d'attitude : le monde reste entier, mais il est désormais considéré comme phénomène, comme corrélat d'une visée.

La deuxième explore ce champ nouvellement ouvert. Toute conscience est conscience de quelque chose : l'intentionnalité est la structure fondamentale de l'expérience, et l'analyse doit décrire la corrélation entre l'acte et l'objet visé.

La troisième porte sur la constitution et sur l'évidence. Husserl y soutient qu'être vrai, pour un objet, c'est être constituable dans des synthèses concordantes, et que l'évidence n'est pas un sentiment de certitude mais le mode de donnée d'une chose elle-même présente.

La quatrième introduit ce que Husserl appelle la phénoménologie génétique. L'ego n'est pas un point vide : il a une histoire, il sédimente des habitudes, il porte un style. Husserl reprend à Leibniz le mot de monade pour désigner cet ego considéré avec la totalité concrète de sa vie.

La cinquième, de loin la plus longue et la plus commentée, affronte l'objection décisive : si tout se constitue dans mon ego, comment autrui peut-il être autre chose qu'une de mes représentations ? Husserl y décrit une réduction supplémentaire à la sphère de ce qui m'appartient en propre, puis le mécanisme par lequel un corps rencontré dans cette sphère est apprésenté comme corps vivant d'un autre sujet, par un appariement analogique avec le mien. L'autre n'est jamais donné originairement, et c'est précisément ce qui fait de lui un autre. De là, Husserl entend fonder une intersubjectivité transcendantale, et avec elle l'objectivité du monde commun.

Postérité

L'ouvrage a nourri toute la phénoménologie française. Sartre et Merleau-Ponty s'y forment, le second lui empruntant une part de son vocabulaire avant de déplacer l'analyse vers le corps. Levinas, qui en fut le traducteur, en tire la matière de ses premiers travaux avant de retourner contre Husserl la question d'autrui. La cinquième méditation est devenue un texte de référence bien au-delà de la phénoménologie, partout où l'on discute de l'empathie, de l'attribution d'états mentaux à autrui et des fondements de l'objectivité.

Controverses

Le débat principal porte sur le solipsisme. La cinquième méditation est une réponse à cette objection, mais les lecteurs se divisent depuis sur sa réussite. Ses défenseurs soulignent qu'elle ne prétend pas prouver l'existence d'autrui, seulement décrire comment son sens se constitue. Ses critiques répondent qu'un autre dont le sens se constitue à partir de moi reste mesuré à moi, et que l'ordre de la description trahit l'expérience réelle, où autrui est là d'emblée.

Levinas a donné à cette objection sa forme la plus radicale : réduire autrui à un alter ego, à un autre moi-même, c'est manquer son altérité, qui se donne précisément comme ce qui échappe à ma prise. Heidegger, de son côté, jugeait que le tournant transcendantal égarait la phénoménologie, en reconduisant la question de l'être à celle d'un sujet constituant.

Un dernier débat porte sur le statut du texte lui-même. Husserl n'a jamais publié la version allemande de son vivant, l'a plusieurs fois remaniée sans la juger satisfaisante, et a fini par entreprendre un autre exposé d'ensemble, la « Crise des sciences européennes », qui prend un chemin très différent, celui du monde de la vie et de l'histoire. Faut-il lire les Méditations comme l'exposé achevé de sa doctrine ou comme une étape qu'il a lui-même dépassée ? La question reste ouverte.

Pour commencer

L'introduction et la première méditation donnent l'essentiel du projet et de la méthode. La cinquième peut se lire séparément, à condition d'accepter son vocabulaire technique ; elle est le morceau le plus discuté du livre et le plus riche philosophiquement.