L'Évolution créatrice

Publication : 1907

Type : Traite

Analyse

Présentation

L'Évolution créatrice est la troisième grande œuvre de Henri Bergson, publiée à Paris chez Félix Alcan en 1907, après l'Essai sur les données immédiates de la conscience (1889) et Matière et Mémoire (1896). Le livre prolonge dans le domaine de la biologie et de la cosmologie les analyses bergsoniennes de la durée déjà esquissées dans les deux ouvrages précédents. Il est l'œuvre qui consacre Bergson comme philosophe majeur de son temps : succès public considérable, reconnaissance internationale, traductions en plusieurs langues dans les années qui suivent. C'est cette œuvre, particulièrement, qui sera mentionnée dans la citation du prix Nobel de littérature attribué à Bergson en 1927.

Le livre poursuit une double ambition. Sur le plan scientifique, il propose une interprétation philosophique de l'évolution biologique, en discutant les principales théories scientifiques de l'époque (darwinisme, néo-lamarckisme, mutationnisme de De Vries). Sur le plan métaphysique, il y développe la notion centrale d'élan vital (élan vital), force créatrice qui traverse l'évolution du vivant et qui résiste à la fois aux explications mécanistes et aux explications finalistes traditionnelles.

L'œuvre a marqué profondément la philosophie, la biologie théorique, la psychologie, et même la théologie du XXᵉ siècle. Pierre Teilhard de Chardin (Le Phénomène humain, posthume 1955) en tire une partie de son inspiration, comme aussi les biologistes vitalistes Hans Driesch et Étienne Rabaud. La critique néothomiste (Jacques Maritain, La Philosophie bergsonienne, 1913) la conteste vivement, ainsi que les marxistes (Georges Politzer). Mais elle séduit toute une génération de penseurs : Charles Péguy, Édouard Le Roy, William James (qui correspond avec Bergson), Vladimir Jankélévitch (qui lui consacre des études). Plus tard, Gilles Deleuze dans Le Bergsonisme (1966) et toute la philosophie française de la fin du XXᵉ siècle (Worms, Riquier) lui donneront une nouvelle actualité.

Le livre est aussi un événement éditorial : il connaît plus de trente rééditions du vivant de Bergson, devient un best-seller philosophique rare en France, et fait de Bergson une figure publique reconnue par les médias et la société mondaine. Élu à l'Académie française en 1914, professeur au Collège de France de 1900 à 1921, Bergson devient l'un des philosophes français les plus influents de la première moitié du XXᵉ siècle.

Contexte historique et conditions de rédaction

Bergson (1859-1941) écrit L'Évolution créatrice dans une période d'ascension institutionnelle et intellectuelle. Nommé au Collège de France en 1900 (chaire de philosophie grecque et latine, puis chaire de philosophie moderne en 1904), il y donne des cours d'une influence considérable sur tout Paris intellectuel et mondain. Sa salle est régulièrement comble, attirant non seulement des étudiants, mais des écrivains (Péguy, Proust), des dames du monde, des journalistes, des diplomates. Le « cours du vendredi » de Bergson est l'un des grands rendez-vous de la vie intellectuelle parisienne avant 1914.

Le projet de L'Évolution créatrice mûrit pendant plusieurs années à partir des cours bergsoniens du Collège de France et de la Sorbonne où il enseigne en parallèle. Plusieurs articles préparatoires sont publiés dans la Revue de métaphysique et de morale à partir de 1902. La rédaction définitive a lieu entre 1903 et 1907.

Le contexte scientifique est particulièrement riche. À l'époque où Bergson écrit, le darwinisme (De l'origine des espèces, 1859) a un demi-siècle d'existence et a connu plusieurs reformulations : le néo-darwinisme d'August Weismann (théorie du plasma germinatif et de la sélection comme seule cause d'évolution), le néo-lamarckisme d'Edward Cope et Théodore Eimer (l'hérédité des caractères acquis), le mutationnisme de Hugo De Vries (Die Mutationstheorie, 1901-1903, hypothèse des mutations brusques comme cause de l'évolution). Les biologistes débattent vivement de ces théories sans qu'aucune n'emporte la conviction définitive (la génétique mendélienne, redécouverte en 1900, ne s'imposera comme synthèse qu'avec la synthèse néodarwinienne des années 1930-1940). Bergson entre dans ces débats avec une compétence inhabituelle pour un philosophe.

Le contexte philosophique est marqué par plusieurs tendances :

  • Le scientisme positiviste, héritier de Comte et de Spencer, encore dominant dans l'université française.
  • Le néo-kantisme, qui reprend de la force avec Cohen, Cassirer et l'École de Marbourg.
  • Le vitalisme scientifique, qui revient sous diverses formes (Driesch, Bergson lui-même).
  • Le pragmatisme américain (James), avec lequel Bergson est en correspondance et en dialogue.

Bergson rédige rapidement (pour une œuvre de cette ampleur). L'écriture est limpide, brillante, parfois lyrique. Le livre se vend dès sa parution : 7 000 exemplaires en trois mois, 30 000 en deux ans, plus de 50 000 en 1914. Un succès exceptionnel pour un livre de philosophie technique.

Structure de l'œuvre

L'Évolution créatrice est organisée en quatre chapitres précédés d'une introduction et suivis d'une conclusion.

Introduction. Bergson y récapitule les acquis de l'Essai et de Matière et Mémoire, et pose le projet : étendre l'analyse de la durée à l'ensemble du vivant et à l'univers. La métaphysique doit cesser d'être une construction abstraite détachée des sciences, pour devenir un prolongement de leur effort de connaissance, en interrogeant ce qu'elles présupposent et ne thématisent pas.

Chapitre I : De l'évolution de la vie. Mécanisme et finalité. Examen critique des deux grandes manières d'expliquer l'évolution biologique :

  • Le mécanisme : tout est explicable par des causes efficientes mécaniques (les ailes des oiseaux résultent de causes physico-chimiques et de la sélection naturelle). Bergson critique cette position en montrant qu'elle ne rend pas compte de la convergence évolutive : des organes complexes (l'œil, par exemple) se sont développés indépendamment dans des lignées éloignées (mollusques céphalopodes, vertébrés), avec un résultat fonctionnellement similaire. Le hasard et la sélection ne suffisent pas à expliquer cette convergence.
  • Le finalisme : tout est expliqué par une cause finale (les ailes sont apparues pour permettre le vol, par dessein divin ou par téléologie immanente). Bergson critique également cette position : elle projette dans la nature un plan préformé qui contredit la nouveauté et la créativité réelles de l'évolution.

L'évolution réelle, selon Bergson, n'est ni mécanique ni finaliste : elle est création continue de formes nouvelles, irréductible à un schéma préformé.

Chapitre II : Les directions divergentes de l'évolution. Torpeur, intelligence, instinct. Bergson y propose une typologie philosophique des grandes directions évolutives. À partir de l'élan vital initial, la vie s'est divisée en plusieurs voies divergentes :

  • La torpeur (le règne végétal) : la vie s'y est endormie dans l'immobilité, l'accumulation d'énergie solaire et l'attente passive.
  • L'instinct (le règne animal, les arthropodes notamment) : la vie y a développé une intelligence implicite, opérant directement sur les organes (l'abeille « sait » construire son alvéole sans le penser).
  • L'intelligence (le règne animal, les vertébrés et particulièrement l'homme) : la vie y a développé une intelligence explicite, capable de fabriquer des outils, de conceptualiser, de représenter.

Cette tripartition (torpeur, instinct, intelligence) est une innovation majeure de Bergson. Elle permet de comprendre que l'intelligence humaine n'est pas la voie unique ni nécessairement supérieure de l'évolution : elle est une des directions empruntées par la vie, avec ses forces et ses limites.

Chapitre III : De la signification de la vie. L'ordre de la nature et la forme de l'intelligence. Chapitre central. Bergson y développe :

  • La théorie de l'élan vital comme principe explicatif de l'évolution : un courant unique qui se divise en directions divergentes, pousse vers la complexification, mais sans plan préétabli.
  • La limite de l'intelligence humaine : l'intelligence est faite pour agir sur la matière, pour la découper en objets manipulables, pour la fabriquer. Elle est mal adaptée à penser le vivant et la durée comme tels.
  • La nécessité d'une intuition complémentaire de l'intelligence : pour saisir la vie de l'intérieur, il faut une faculté différente, plus proche de l'instinct, capable de se placer dans la durée au lieu de la représenter du dehors.

Chapitre IV : Le mécanisme cinématographique de la pensée et l'illusion mécanistique. Le chapitre le plus épistémologique. Bergson y propose sa fameuse comparaison de l'intelligence avec un cinématographe : nous reconstituons le mouvement à partir d'images fixes juxtaposées, comme un film projette une succession de photographies. Cette reconstitution est utile et fonctionnelle, mais elle ne capture pas le mouvement réel : il manque le flux, la durée, la création continue. L'illusion mécaniste consiste à prendre cette reconstitution pour la réalité même.

Conclusion. Bergson y synthétise les apports et annonce le projet de poursuivre dans le domaine moral et religieux (qui aboutira aux Deux Sources de la morale et de la religion en 1932).

Thèses centrales

L'élan vital. Concept central et le plus connu de l'œuvre. La vie est animée par un élan créateur qui pousse à la complexification, à la diversification, à la production de formes nouvelles imprévisibles. Cet élan n'est ni une substance (au sens de la métaphysique classique), ni une force physique (au sens des sciences), ni un plan divin (au sens du finalisme religieux). C'est un mouvement dont la nature est de créer, et qui ne peut être pensé que par intuition plus que par concept.

L'évolution comme création continue. Contre les conceptions mécanistes (Spencer, néo-darwinisme strict) qui réduisent l'évolution à une suite de rearrangements mécaniques de matière, Bergson défend l'idée d'une nouveauté radicale des formes vivantes successives. Chaque espèce, chaque organe, chaque comportement est une création inédite que rien dans les conditions antécédentes ne pouvait entièrement prévoir.

Les trois directions de l'évolution. La vie n'a pas une seule direction (vers l'intelligence humaine, comme le pensent les évolutionnismes implicitement anthropocentriques). Elle s'est divisée en plusieurs grandes voies divergentes : végétal (torpeur), animaux sociaux à instinct (insectes), animaux à intelligence (vertébrés). Chaque voie a ses réussites et ses limitations. L'homme n'est pas le sommet de l'évolution mais l'aboutissement d'une des voies possibles.

La limite de l'intelligence. L'intelligence est une faculté pratique, faite pour agir sur la matière. Elle décompose son objet en éléments distincts, fixe les phénomènes pour les manipuler, mesure les quantités. Ces opérations sont efficaces pour la fabrication d'outils et la science physique, mais inadaptées à penser le vivant comme tel et la durée comme telle. L'intelligence projette sur le vivant les catégories qu'elle a forgées pour la matière inerte, et manque ce qui fait la spécificité du vivant.

La méthode de l'intuition. Pour compléter l'intelligence, il faut développer une intuition philosophique. L'intuition au sens bergsonien n'est pas un sentiment vague : c'est un effort méthodique pour se placer à l'intérieur de l'objet, pour coïncider avec sa durée propre. Cette méthode est exigeante mais possible, et elle est nécessaire pour saisir ce que l'intelligence laisse échapper.

L'illusion cinématographique. La pensée intellectuelle reconstitue le mouvement à partir d'instantanés juxtaposés, comme le cinéma reconstitue le geste à partir de photographies. Cette reconstitution est utile mais trompeuse quand on la prend pour la réalité même. Le mouvement réel n'est pas la somme d'instants successifs ; il est un flux que la décomposition ne peut pas capturer.

La critique du néant. Chapitre IV. Bergson développe une critique de la notion philosophique de néant, qu'il considère comme une fausse idée. Demander « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » suppose que le néant soit pensable, qu'il puisse être considéré comme l'état par défaut. Or, selon Bergson, le néant n'est jamais qu'une présence appauvrie dans l'imagination : on imagine non « rien » mais « moins » ou « autre chose ». Cette analyse anti-nihiliste sera reprise et discutée par Heidegger.

L'unité du courant vital. Au-delà de la diversification en espèces, races et individus, Bergson postule l'unité profonde du courant vital. Toutes les formes vivantes sont des manifestations du même élan, se divisant en directions divergentes mais reliées par leur origine commune.

Postérité et influence

Influence sur la philosophie française. L'Évolution créatrice est l'une des œuvres-piliers de la philosophie française du XXᵉ siècle. Merleau-Ponty, Deleuze, Ricœur, Jankélévitch en ont fait des lectures approfondies. Deleuze, dans Le Bergsonisme (1966) et dans Différence et répétition (1968), reprend les analyses de l'élan vital et de la durée pour construire sa propre métaphysique du virtuel et de la différence.

Influence sur la théologie. L'œuvre a séduit plusieurs théologiens modernes. Édouard Le Roy, mathématicien et philosophe, devient l'un des principaux disciples chrétiens de Bergson. Pierre Teilhard de Chardin, jésuite paléontologue, intègre l'élan vital bergsonien dans sa propre cosmologie évolutionniste chrétienne (Le Phénomène humain, posthume 1955). L'immanentisme que Bergson semble suggérer a été repris par certains théologiens du « modernisme catholique » du début du XXᵉ siècle (condamné par le pape Pie X en 1907). La position personnelle de Bergson sur la religion reste prudente : il évolue vers un rapprochement avec le catholicisme dans ses dernières années, sans se convertir formellement par solidarité avec les juifs persécutés sous Vichy.

Influence sur la biologie théorique. L'œuvre a inspiré plusieurs courants vitalistes du début du XXᵉ siècle (Hans Driesch, Étienne Rabaud), aujourd'hui marginalisés mais qui ont nourri certaines réflexions sur la complexité organique non réductible à la chimie. Récemment, certains théoriciens de la biologie de la complexité (Conrad Waddington, Lynn Margulis dans une moindre mesure) ont redécouvert l'apport bergsonien.

Influence sur la littérature et les arts. Marcel Proust a lu L'Évolution créatrice et l'évoque dans sa correspondance. Plusieurs écrivains du début du XXᵉ siècle se réclament de Bergson : Charles Péguy (proche personnel de Bergson), Paul Valéry, Henri Bergson lui-même est lu par les peintres cubistes et futuristes attentifs à la temporalité du mouvement.

Réception américaine. William James a salué L'Évolution créatrice à sa parution. Le philosophe américain Arthur O. Lovejoy y consacre des études importantes (The Great Chain of Being, 1936, dialogue indirect avec Bergson). Mais la réception américaine restera inégale, freinée par la prédominance du pragmatisme puis de la philosophie analytique.

Réception critique. L'Évolution créatrice a aussi été vivement critiquée :

  • Critique néothomiste (Jacques Maritain, La Philosophie bergsonienne, 1913) : Bergson serait un panthéiste déguisé, sa philosophie incompatible avec le christianisme orthodoxe.
  • Critique marxiste (Georges Politzer, La Fin d'une parade philosophique, 1929) : Bergson est un mystificateur qui occulte les rapports sociaux sous le voile de l'élan vital.
  • Critique scientifique (notamment après la synthèse néodarwinienne) : l'élan vital est une notion creuse qui n'ajoute rien à l'explication scientifique de l'évolution. Cette critique vaut, mais elle suppose une position strictement positiviste que Bergson ne partage pas.
  • Critique heideggérienne : Bergson manquerait l'ontologie au profit d'une psychologie élargie. Cette critique alimente la rivalité philosophique entre bergsonisme et heideggerianisme dans la philosophie française du XXᵉ siècle.

Renaissance contemporaine. Depuis les années 1990, on assiste à une renaissance des études bergsoniennes (Frédéric Worms, Camille Riquier, Anne Devarieux, Élie During). Les éditions critiques publiées au PUF restituent le texte avec précision et apparat critique. La fécondité contemporaine du bergsonisme (pour la pensée écologique, la philosophie de la biologie, la cognition incarnée) est régulièrement soulignée.

Controverses et débats

L'élan vital est-il un concept ou une métaphore ? La question est posée dès la parution. Pour les critiques scientifiques, l'élan vital n'a pas de définition opératoire : il ne dit rien que les théories scientifiques ne disent déjà, et son rôle est plus rhétorique qu'explicatif. Pour les bergsoniens, l'élan vital n'est précisément pas un concept au sens classique : c'est une désignation d'un phénomène que l'intelligence ne peut pas conceptualiser totalement, et qui n'est saisissable que par intuition.

Bergson vs Darwin. Bergson refuse-t-il le darwinisme ? La réponse est nuancée. Il ne nie pas l'existence de la sélection naturelle. Il refuse l'idée que la sélection soit l'unique cause de l'évolution. Pour lui, la sélection est un filtre qui élimine les inadaptés, mais elle ne produit pas la nouveauté des formes qu'elle filtre. La question de l'origine de la variation (que Bergson rattache à l'élan vital) est selon lui distincte de la question de la conservation des variations (que Darwin a remarquablement traitée). La synthèse néodarwinienne moderne, qui résout en partie le problème de l'origine des variations par la génétique mendélienne, a-t-elle rendu le problème bergsonien obsolète ? Les avis divergent.

La place de l'homme. Bergson est-il anthropocentrique malgré son rejet de l'anthropocentrisme évolutionniste explicite ? L'intelligence humaine occupe une place particulière dans son analyse, et la distinction homme/animal reste affirmée. Mais Bergson refuse explicitement de faire de l'homme le sommet ou la fin de l'évolution.

Le statut de la « durée » cosmique. Bergson étend la notion de durée, initialement développée pour la conscience humaine, à toute la vie et même à l'univers en général. Cette généralisation est-elle légitime ? Comment passer de la durée vécue à la durée cosmique ? Les critiques (notamment phénoménologues) ont reproché à Bergson de projeter la temporalité humaine sur l'univers, par anthropomorphisme inavoué. Les bergsoniens répondent que la durée vécue n'est qu'un cas particulier de la durée universelle, et non l'inverse.

Citations clés

« La durée est le progrès continu du passé qui ronge l'avenir et qui s'enfle en avançant. »

-- L'Évolution créatrice, chapitre I

« Tout est obscur dans l'idée de création si l'on pense à des choses qui seraient créées et à une chose qui crée. Cette difficulté disparaît si l'on s'élève à l'idée d'un courant agissant que la matière reçoit et qu'elle transmet. »

-- L'Évolution créatrice, chapitre III

« L'intelligence humaine, telle que nous nous la représentons, n'est nullement celle que Platon nous montrait dans l'allégorie de la caverne. Elle n'a pas plus pour fonction de regarder passer des ombres vaines que de contempler, en se retournant derrière elle, l'astre éblouissant. Elle a autre chose à faire. »

-- L'Évolution créatrice, chapitre III

« Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique. »

-- L'Évolution créatrice, chapitre IV (formule emblématique)

Pour aller plus loin

  • Henri Bergson, L'Évolution créatrice, Félix Alcan, 1907 ; PUF, « Quadrige », nombreuses rééditions. Édition de référence.
  • Henri Bergson, Œuvres, édition critique sous la direction de Frédéric Worms, PUF, en cours depuis 2007.
  • Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), Matière et Mémoire (1896), Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932). Les autres grands livres bergsoniens.
  • Frédéric Worms, Bergson ou les deux sens de la vie, PUF, 2004. Étude française de référence.
  • Frédéric Worms (dir.), Annales bergsoniennes, PUF, plusieurs volumes depuis 2002. Revue de référence.
  • Gilles Deleuze, Le Bergsonisme, PUF, 1966. Lecture qui a renouvelé l'intérêt pour Bergson.
  • Vladimir Jankélévitch, Henri Bergson, PUF, 1959 ; rééd. 2008. Étude classique.
  • Camille Riquier, Archéologie de Bergson. Temps et métaphysique, PUF, 2009. Étude récente.

Sources

  • « L'Évolution créatrice », Wikipédia (version française), consulté le 04/06/2026.
  • Notice « Henri Bergson » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy, consulté le 04/06/2026.
  • Frédéric Worms, Bergson ou les deux sens de la vie, PUF, 2004.
  • Site officiel des œuvres complètes critiques de Bergson au PUF, consulté le 04/06/2026.
  • Édition Quadrige du PUF, présentation éditoriale, consulté le 04/06/2026.

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role: interlocuteur description: | Bergson dialogue à distance avec Spinoza sur la question de l'unité substantielle de l'univers. L'élan vital n'est pas une substance spinozienne mais un mouvement créateur, ce qui distingue le bergsonisme du panthéisme classique.

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role: interlocuteur description: | James et Bergson sont en correspondance suivie entre 1902 et 1910. James salue L'Évolution créatrice à sa parution. Les deux philosophes partagent l'attention au flux de l'expérience, l'anti-substantialisme, le pluralisme.

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role: heritier description: | Merleau-Ponty consacre plusieurs cours et essais à Bergson, en particulier sur la durée et sur la nature. La Phénoménologie de la perception (1945) hérite en partie de l'analyse bergsonienne de l'expérience temporelle.

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role: heritier description: | Deleuze, dans Le Bergsonisme (1966) et Différence et répétition (1968), reprend les analyses de l'élan vital et de la durée pour construire sa propre métaphysique du virtuel et de la différence. C'est l'une des grandes interprétations bergsoniennes du XXᵉ siècle.

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role: heritier description: | Ricœur dialogue avec Bergson dans Temps et récit (1983-1985) comme avec l'un des trois grands théoriciens du temps philosophique du XXᵉ siècle. ```

Synthèse pour validation

  • Niveau de difficulté proposé : 5/5
  • Justification du niveau : Œuvre exigeante qui mobilise une double culture, scientifique (biologie évolutionniste : darwinisme, néo-lamarckisme, mutationnisme) et philosophique (métaphysique classique, kantisme, phénoménologie naissante). Style bergsonien limpide mais conceptuellement dense. Prérequis : lecture préalable de l'Essai sur les données immédiates de la conscience (au moins partielle) ou de Matière et Mémoire ; familiarité avec les grandes positions de la philosophie de la biologie (mécanisme, finalisme, vitalisme). L'argument bergsonien suppose qu'on suive sa logique propre sans projeter dessus des présupposés positivistes ou théologiques.
  • Longueur : environ 3 100 mots de prose hors YAML.
  • Auteur : bergson (slug canonique confirmé).
  • Philosophes associés référencés : 8 (tous slugs canoniques en base) - bergson (auteur), aristote, kant, spinoza, william-james (interlocuteurs), merleau-ponty, deleuze, ricoeur (héritiers).
  • Concepts liés référencés (en base seulement) : aucun. Concepts pertinents non en base : elan-vital (URGENT, central pour cette œuvre), intuition-bergsonienne, duree (URGENT pour tout Bergson), evolution-creatrice, mécanisme (philosophique), finalisme, vitalisme.
  • Courants associés (en base seulement) : aucun. Bergsonisme, vitalisme, philosophie-de-la-biologie : pas en base.
  • Citations vérifiées et sourcées : 4 citations attestées dans l'édition PUF Quadrige.
  • Points d'incertitude :
  • Tirage du livre : « 7 000 exemplaires en trois mois, 30 000 en deux ans, plus de 50 000 en 1914 » : chiffres standards dans les biographies bergsoniennes, attestés par Worms et Riquier. Acceptés sans recomptage strict.
  • Date d'élection à l'Académie française : 1914, confirmée.
  • Prix Nobel de littérature : 1927, confirmé.
  • Entités liées non encore documentées (candidates prioritaires) :
  • Concepts : elan-vital (URGENT), duree, duree-pure, intuition-bergsonienne, evolution-creatrice, mécanisme-philosophique, finalisme, vitalisme, illusion-cinematographique, intelligence-bergsonienne.
  • Courants : bergsonisme, vitalisme-philosophique, philosophie-de-la-biologie, modernisme-catholique.
  • Philosophes mentionnés sans fiche existante : Pierre Teilhard de Chardin (URGENT pour l'héritage bergsonien chrétien), Édouard Le Roy, Vladimir Jankélévitch (commentateur classique), Hans Driesch (vitaliste allemand), Étienne Rabaud (biologiste vitaliste), Hugo De Vries (mutationniste), August Weismann (néo-darwinien), Edward Cope, Théodore Eimer (néo-lamarckiens), Charles Darwin (URGENT), Herbert Spencer (lecture de jeunesse de Bergson), Charles Péguy (proche personnel de Bergson), Paul Valéry, Marcel Proust, Arthur O. Lovejoy, Jacques Maritain (URGENT, critique néothomiste), Georges Politzer (critique marxiste), Frédéric Worms, Camille Riquier, Anne Devarieux, Élie During (commentateurs contemporains).
  • Œuvres mentionnées sans fiche existante : Matière et Mémoire (Bergson, 1896, URGENT), Les Deux Sources de la morale et de la religion (Bergson, 1932), L'Énergie spirituelle (Bergson, 1919), Durée et simultanéité (Bergson, 1922), De l'origine des espèces (Darwin, 1859, URGENT), Die Mutationstheorie (De Vries, 1901-1903), Le Phénomène humain (Teilhard de Chardin, 1955 posthume), La Philosophie bergsonienne (Maritain, 1913), Différence et répétition (Deleuze, 1968), Le Bergsonisme (Deleuze, 1966), Annales bergsoniennes (Worms dir.).
  • Sources consultées : Wikipédia FR (notice sur l'œuvre), Stanford Encyclopedia of Philosophy (notice Bergson), Frédéric Worms (commentateur français de référence), édition PUF Quadrige.