Paul Ricœur

27 février 1913 - 20 mai 2005 33 min de lecture

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Biographie

Paul Ricœur naît à Valence (Drôme) le 27 février 1913. Son père, Jules Ricœur, professeur d'anglais, est tué dans les premiers mois de la Grande Guerre, en 1915, à la bataille de la Marne. Sa mère meurt en couches peu après la naissance d'une sœur cadette. Paul Ricœur, orphelin à deux ans, est élevé avec sa sœur par ses grands-parents paternels à Rennes, dans un milieu protestant cultivé et austère. Cette enfance orpheline, dans une atmosphère religieuse marquée par la foi réformée et par le deuil, laissera une trace profonde sur sa pensée ultérieure.

Formation et premières influences

Ricœur fait ses études secondaires au lycée Émile Zola de Rennes, puis ses études supérieures à la faculté des lettres de Rennes. Il découvre la philosophie auprès de Roland Dalbiez, professeur original (l'un des premiers commentateurs de Freud en France), qui l'oriente vers une lecture sérieuse de Husserl et l'incite à passer l'agrégation.

Il prépare l'agrégation à la Sorbonne en 1933-1934, où il a notamment Gabriel Marcel comme « professeur » informel (Marcel, qui n'a pas de chaire universitaire, anime un séminaire privé chez lui le vendredi soir). L'influence de Gabriel Marcel sur Ricœur sera durable et reconnue : philosophe chrétien, attentif à l'incarnation, à la fidélité, au mystère, Marcel est l'antipode du néo-kantisme universitaire dominant. Il forme Ricœur à un type de philosophie « réflexive et concrète » qui restera la sienne.

Ricœur est reçu à l'agrégation de philosophie en 1935 (deuxième sur 28). Il enseigne quelques années en lycée, à Saint-Brieuc puis à Lorient, avant d'être mobilisé à la déclaration de guerre en 1939.

Le mariage avec Simone Lejas

En 1935, Ricœur épouse Simone Lejas, qu'il avait rencontrée dans les milieux protestants étudiants. Ce mariage durera jusqu'à la mort de Simone en 1998. De ce couple naîtront cinq enfants. La vie familiale, longue et nombreuse, est l'un des piliers stables de l'existence de Ricœur.

La captivité (1940-1945)

Officier de réserve, Ricœur est fait prisonnier de guerre en juin 1940 et envoyé dans plusieurs camps de prisonniers en Allemagne (notamment à Gross-Born en Poméranie, puis à Arnswalde). Cette captivité de cinq ans, qui aurait pu être un temps perdu, devient pour Ricœur une période d'extraordinaire formation intellectuelle. Avec d'autres prisonniers (dont Mikel Dufrenne, futur grand philosophe de l'esthétique), il organise une véritable « université du camp ».

C'est en captivité que Ricœur traduit, sur des feuilles volantes, les Idées directrices pour une phénoménologie pure (Ideen I) de Husserl. Cette traduction, qui ne sera publiée qu'en 1950, est l'un des grands actes de la phénoménologie française. Pendant la captivité, Ricœur commence aussi ses premières lectures systématiques de Karl Jaspers, dont il publiera plus tard une étude (Karl Jaspers et la philosophie de l'existence, en collaboration avec Mikel Dufrenne, 1947).

Le retour et les premières publications

Libéré en 1945, Ricœur reprend sa vie d'enseignant. Il enseigne au Collège cévenol du Chambon-sur-Lignon (haut lieu de la Résistance protestante pendant la guerre), où il passe trois années (1945-1948) qui le marqueront. Puis il devient maître de conférences à l'université de Strasbourg (1948-1956), où il commence à publier ses premiers grands livres.

En 1950, il soutient sa thèse de doctorat (sur dossier) qui contient deux volumes :

  • Karl Jaspers et la philosophie de l'existence (avec Dufrenne).
  • Philosophie de la volonté. I. Le Volontaire et l'involontaire : première partie d'un grand projet philosophique qui devait être en trois volumes, qui restera inachevé.

Le grand projet : une Philosophie de la volonté

Le projet initial de Ricœur, à partir des années 1940, est de construire une vaste Philosophie de la volonté en trois temps :

  • I. Le Volontaire et l'involontaire (1950) : phénoménologie eidétique de la volonté.
  • II. Finitude et culpabilité (1960), en deux volumes : L'Homme faillible et La Symbolique du mal. Analyse de l'expérience du mal moral.
  • III. Une Poétique de la volonté qui aurait dû clore le triptyque, mais que Ricœur n'écrira jamais.

Au lieu de ce troisième volume, l'œuvre de Ricœur va dévier vers ce qui deviendra sa marque : l'herméneutique. La Symbolique du mal (1960) avait déjà introduit cette inflexion en montrant que l'expérience du mal ne se laisse pas saisir directement, mais seulement à travers des symboles et des mythes qui demandent à être interprétés. À partir de là, Ricœur fera de l'interprétation le geste philosophique central.

La Sorbonne, Nanterre, Chicago

En 1956, Ricœur est nommé professeur à la Sorbonne, où il enseigne jusqu'en 1966. Puis il participe à la fondation de l'université de Nanterre (à laquelle il croit beaucoup, voyant en elle une chance de renouveler l'université française). Il y devient doyen de la faculté des Lettres en 1969.

C'est à Nanterre qu'il vit, dans des conditions douloureuses, les événements de mai 1968 puis leurs prolongements. Ricœur, doyen, essaie de maintenir le dialogue avec les étudiants. Il est mal compris par certains (qui le voient comme un représentant de l'ordre universitaire), par d'autres parmi ses collègues (qui le trouvent trop conciliant). Un incident particulièrement humiliant est celui où, en janvier 1970, un étudiant lui pose sur la tête une poubelle pendant qu'il essaie de parler à une assemblée. Ricœur démissionne du décanat en 1970 et quitte progressivement Nanterre.

À partir de 1970, il enseigne principalement à l'université de Chicago, où il occupe la chaire « John Nuveen » de philosophie de la religion, succédant à Mircea Eliade et Paul Tillich. Il partage désormais son temps entre les États-Unis et la France, où il dirige les Archives Husserl à Paris et anime un séminaire au CNRS, avenue Parmentier.

Les grandes œuvres herméneutiques

À partir des années 1960, Ricœur produit ses œuvres herméneutiques majeures :

  • De l'interprétation. Essai sur Freud (1965), grand livre sur la psychanalyse comme herméneutique du soupçon, qui dialogue avec Lacan (sans le citer expressément), avec lequel il est en mauvais termes après la querelle de 1965-1966.
  • Le Conflit des interprétations (1969), recueil d'essais.
  • La Métaphore vive (1975), grande étude sur la métaphore, qui prolonge l'herméneutique du symbole vers une analyse plus rigoureuse de la sémantique linguistique.
  • Temps et récit (3 volumes, 1983-1985), œuvre monumentale sur le rapport entre temps vécu et récit (historique et fictionnel), où s'élabore le concept d'identité narrative.

Les Gifford Lectures et Soi-même comme un autre

En 1986, Ricœur est invité à prononcer les prestigieuses Gifford Lectures à l'université d'Édimbourg, l'une des plus grandes invitations philosophiques mondiales (donnée auparavant à James, Bergson, Dewey, Heidegger, Gadamer, parmi beaucoup d'autres). Le texte de ces conférences, considérablement remanié, paraît en 1990 sous le titre Soi-même comme un autre.

Cette œuvre, considérée comme sa magnum opus tardive, déploie une herméneutique du soi qui articule plusieurs questions classiques de la philosophie : qui suis-je ? qu'est-ce qu'agir ? qu'est-ce qu'être responsable ? Le livre inclut aussi une petite éthique en trois moments (visée éthique de la vie bonne ; norme morale kantienne ; sagesse pratique des situations singulières) qui est devenue une référence importante de l'éthique contemporaine.

Le drame familial

En 1986, le fils aîné de Ricœur, Olivier, se suicide à 38 ans, après plusieurs années de troubles psychiques. Ce deuil terrible marque profondément Ricœur, qui n'en parle que rarement et avec discrétion mais qui le travaille longuement. La dernière partie de l'œuvre (notamment La Mémoire, l'histoire, l'oubli, 2000) porte indirectement la marque de cette épreuve.

La dernière période : mémoire, reconnaissance

Les dernières grandes œuvres de Ricœur portent sur la mémoire, la justice, la reconnaissance :

  • La Mémoire, l'histoire, l'oubli (2000), grand livre sur le travail de mémoire historique, sur le rapport entre histoire et témoignage, sur le pardon et l'oubli.
  • Parcours de la reconnaissance (2004), trois études sur le concept de reconnaissance (de Hobbes à Axel Honneth).

Honneurs et fin

Les dernières années sont marquées par une reconnaissance internationale tardive mais éclatante. Prix Hegel (Stuttgart, 1985), prix Karl Jaspers (1989), prix Balzan (1999), prix Kyoto (2000), prix Paul VI, médaille John W. Kluge de la Library of Congress (2004). Ricœur, longtemps considéré comme « le philosophe des protestants », « le penseur de Nanterre humilié », est désormais reconnu comme l'un des grands philosophes français du XXe siècle.

Il meurt à Châtenay-Malabry, près de Paris, le 20 mai 2005, à 92 ans. Ses obsèques se déroulent au temple protestant de l'Oratoire du Louvre, à Paris. François Mitterrand, longtemps avant, l'avait consulté ; Lionel Jospin, alors Premier ministre, lui avait apporté son soutien intellectuel ; Emmanuel Macron, qui avait été son secrétaire au début des années 2000, lui a rendu hommage à plusieurs reprises depuis.

Un philosophe du compromis et de l'attention

La vie de Ricœur, longue et féconde, est marquée par plusieurs traits constants : la fidélité au protestantisme (auquel il consacre plusieurs textes sans en faire le centre de son œuvre), le refus des positions extrêmes (il a été marqué par les positions tranchées de mai 68, comme par certaines polémiques académiques, et a toujours cherché les médiations), une remarquable capacité à dialoguer avec des traditions très diverses (phénoménologie, herméneutique, structuralisme, philosophie analytique, théologie, sciences humaines). Cette ouverture, parfois critiquée comme un éclectisme, est en réalité au cœur de sa méthode : pour Ricœur, la philosophie n'est jamais autosuffisante, elle doit constamment confronter ses thèses aux savoirs régionaux et aux expériences concrètes.

Pensée principale

L'œuvre de Paul Ricœur, déployée sur plus d'un demi-siècle, traverse plusieurs grandes problématiques philosophiques (philosophie de la volonté, herméneutique, théorie du récit, éthique, mémoire) sans jamais perdre une cohérence d'ensemble. Le fil conducteur est la question du sujet humain : qui est cet être qui agit, parle, souffre, se souvient, vise une vie bonne ? À cette question Ricœur répond par une philosophie « du détour » : pour comprendre le soi, il faut passer par les œuvres, les textes, les symboles, les récits, les autres. Cette philosophie du détour est ce que Ricœur appelle son herméneutique.

Le projet initial : une philosophie de la volonté

L'œuvre commence par un grand projet de Philosophie de la volonté en trois volumes. Le premier, Le Volontaire et l'involontaire (1950), propose une phénoménologie eidétique de l'agir humain : décision, action, consentement, en relation avec les structures involontaires (caractère, inconscient, naissance, mort) qui les conditionnent. Cette phénoménologie est inspirée de Husserl mais aussi de Gabriel Marcel et de Maurice Merleau-Ponty.

Le deuxième tome, Finitude et culpabilité (1960, en deux volumes), élargit l'analyse au mal moral. L'Homme faillible étudie les structures de la faillibilité humaine (passivité du caractère, vouloir vivre infini, sentiment). La Symbolique du mal aborde l'expérience effective du mal moral, telle qu'elle est exprimée dans les grands symboles (souillure, péché, culpabilité) et les grands mythes (chute, tragique, exilé). C'est ici qu'apparaît le grand tournant : pour saisir l'expérience du mal, il faut passer par l'interprétation des symboles. L'herméneutique entre dans la philosophie de la volonté.

Le tournant herméneutique

À partir des années 1960, Ricœur fait de l'interprétation le geste philosophique central. De l'interprétation. Essai sur Freud (1965) est un grand livre où Ricœur dialogue avec la psychanalyse, qu'il interprète comme une herméneutique du soupçon. La psychanalyse ne prend pas les paroles du sujet à la lettre : elle les déchiffre comme expressions déformées de désirs inconscients. Cette herméneutique du soupçon, partagée par Marx (qui déchiffre l'idéologie comme expression déformée des rapports de production) et Nietzsche (qui déchiffre la morale comme expression déformée de la volonté de puissance), constitue selon Ricœur l'un des grands gestes de la modernité.

Mais l'herméneutique du soupçon n'épuise pas l'interprétation. Ricœur lui oppose, ou plutôt lui ajoute, une herméneutique de la confiance (ou herméneutique de la restauration du sens), qui cherche à accueillir le sens tel qu'il se donne. Ces deux herméneutiques sont en tension permanente, mais aucune ne doit dominer absolument.

Symbole, métaphore, récit

L'herméneutique ricœurienne se déploie sur plusieurs objets d'analyse, qui correspondent à trois grandes œuvres :

  • Les symboles religieux et mythiques (La Symbolique du mal, 1960).
  • La métaphore poétique et linguistique (La Métaphore vive, 1975).
  • Les récits historiques et fictionnels (Temps et récit, 3 vol., 1983-1985).

Dans chacun de ces cas, le travail est de montrer comment des structures linguistiques particulières (le symbole double sens, la métaphore qui rapproche deux sémantismes éloignés, le récit qui configure un sens à partir d'événements disparates) produisent une intelligibilité nouvelle, irréductible au langage descriptif ordinaire. La métaphore vive ne décrit pas, elle « redécrit » le réel selon un angle nouveau. Le récit ne reproduit pas la chronologie, il configure une intrigue qui donne sens à la succession des événements.

Temps et récit : l'identité narrative

Temps et récit est sans doute l'œuvre la plus puissante de cette période. Ricœur y articule deux problèmes apparemment hétérogènes : la question philosophique du temps (depuis Augustin et la Confessions livre XI, depuis Husserl et ses Leçons sur la conscience intime du temps, depuis Heidegger et Être et Temps) et la théorie du récit (depuis Aristote et sa Poétique, et plus récemment depuis la narratologie structuraliste).

Sa thèse est que ces deux questions sont liées : le temps vécu humain ne devient pensable qu'à travers le récit. Le récit donne au temps une configuration (qu'Aristote appelait mythos, intrigue) qui permet de saisir comme un tout ce qui sans cela ne serait qu'une succession amorphe. Inversement, c'est parce que le temps est ainsi notre milieu qu'il y a des récits humains.

Du côté du sujet, cela aboutit à un concept majeur : l'identité narrative. Qui suis-je ? Non pas une essence définissable une fois pour toutes, mais le résultat (provisoire et révisable) du récit que je peux faire de ma vie, en intégrant continuités et discontinuités, fidélités et trahisons, projets et imprévus. Cette identité est narrative parce qu'elle se compose comme un récit ; elle est en chantier parce que le récit n'est jamais clos tant que la vie continue.

Soi-même comme un autre : la grande synthèse

Soi-même comme un autre (1990), texte des Gifford Lectures de 1986, est l'œuvre de synthèse de la maturité. Le livre déploie une herméneutique du soi qui s'organise autour de quatre questions :

  • Qui parle ? (philosophie du langage, dialogue avec les analytiques)
  • Qui agit ? (philosophie de l'action)
  • Qui se raconte ? (théorie narrative, reprise de Temps et récit)
  • Qui est moralement responsable ? (éthique et morale)

Une distinction conceptuelle majeure structure le livre : la distinction entre idem et ipse. L'identité-idem (la mêmeté) est ce qui reste identique à travers le temps (caractères, traits physiques, dispositions). L'identité-ipse (l'ipséité) est la fidélité à soi qui ne suppose pas la permanence mais le maintien d'un engagement. Je peux changer de caractère, vieillir, devenir méconnaissable : je suis toujours « moi » par l'ipséité, c'est-à-dire par la fidélité aux promesses que j'ai faites, aux engagements que j'ai pris.

Cette distinction permet à Ricœur de penser l'identité humaine dans la durée sans tomber ni dans l'essentialisme (qui réduit à l'idem) ni dans le purement performatif (qui dissout dans le seul ipse). L'identité narrative est précisément le lieu de leur articulation.

La petite éthique

La dernière partie de Soi-même comme un autre contient ce que Ricœur appelle sa « petite éthique », exposée en trois moments :

  • Premier moment : la visée éthique, qu'il définit comme « la visée de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes ». Cette formule, désormais célèbre, articule trois dimensions : la vie bonne (héritée de Aristote), l'autre (l'inspiration lévinassienne), les institutions justes (la dimension politique).
  • Deuxième moment : l'épreuve de la norme morale, héritée de Kant. Quand la visée éthique entre en conflit, il faut une norme universalisable qui tranche. Le devoir kantien intervient ici, non pas comme fondement mais comme épreuve.
  • Troisième moment : la sagesse pratique dans les situations singulières. La norme générale ne peut pas se contenter d'être appliquée mécaniquement aux situations concrètes ; elle doit être interprétée dans la singularité du cas, ce qui suppose une sagesse pratique (la phronesis aristotélicienne).

Cette articulation des trois moments (visée, norme, sagesse) propose une éthique riche qui n'est ni purement utilitariste, ni purement déontologique, ni purement vertueuse, mais qui intègre les apports des trois traditions.

La mémoire, l'histoire, l'oubli

L'avant-dernière grande œuvre, La Mémoire, l'histoire, l'oubli (2000), aborde la question du rapport entre mémoire individuelle et histoire collective, dans une perspective phénoménologique et épistémologique. Ricœur examine :

  • La phénoménologie de la mémoire individuelle (par opposition à l'imagination).
  • L'épistémologie de l'histoire (les opérations historiographiques : témoignage, archives, explication, écriture).
  • L'herméneutique de la condition historique humaine.

Le livre s'achève sur une méditation sur le pardon difficile, qui n'est pas l'oubli mais un certain type de rapport au passé permettant de « lever le poids de la dette » sans nier l'irréparable du mal commis.

L'attention aux disciplines particulières

Une caractéristique majeure de Ricœur est son attention permanente aux savoirs particuliers : psychanalyse (Freud, Lacan dans la mesure où il pouvait), linguistique (Saussure, Benveniste), sociologie, historiographie, théorie du droit, théologie biblique. La philosophie ricœurienne n'est jamais autosuffisante : elle dialogue, elle confronte ses thèses aux résultats des sciences humaines.

Ce trait est lié à une thèse philosophique : la finitude humaine. Aucune philosophie ne peut, depuis sa seule réflexion, donner accès à l'intégralité de l'expérience humaine. Elle doit accepter de passer par les sciences, les arts, les religions, les expériences vécues, et de revenir à elle-même enrichie par ces détours. Cette philosophie « modeste » mais « rigoureuse » est l'un des traits propres de Ricœur dans le paysage philosophique français du XXe siècle, qui a souvent privilégié les positions plus tranchées (Sartre, Foucault, Derrida, Deleuze).

La distance avec la déconstruction et le structuralisme

Ricœur a toujours marqué une distance, sans hostilité, avec les courants dominants de la philosophie française des années 1960-1980. Vis-à-vis du structuralisme, il a écrit une longue critique de la Pensée sauvage de Lévi-Strauss en 1963, où il défendait l'irréductibilité du sens herméneutique aux structures formelles. Vis-à-vis de Derrida et de la déconstruction, il a maintenu un dialogue critique : reconnaissance des apports, mais refus d'aller jusqu'à dissoudre le sujet. Vis-à-vis de Foucault, même type de rapport.

Cette position « centriste » a parfois été reprochée à Ricœur (notamment par ses contemporains les plus radicaux), comme un manque d'audace. La réception ultérieure a plutôt valorisé cette modestie philosophique, qui s'est révélée fertile : c'est en partie pourquoi Ricœur est désormais l'un des philosophes français les plus lus dans le monde, là où certains de ses contemporains plus brillants ont vu leur influence reculer.

Un philosophe de la médiation

Si l'on devait résumer la philosophie de Ricœur d'une formule, on pourrait dire qu'il est le philosophe de la médiation. Médiation entre les traditions (phénoménologie et herméneutique, continentale et analytique, religieuse et séculière). Médiation entre les savoirs (philosophie et sciences humaines). Médiation entre les positions éthiques (téléologie aristotélicienne et déontologie kantienne). Médiation, surtout, entre le sujet et lui-même : car le soi n'est pas immédiatement transparent à soi, il doit toujours passer par le détour des œuvres, des textes, des autres. Cette philosophie de la médiation n'est pas un compromis prudent : elle est la prise en compte rigoureuse de la finitude humaine, qui n'a accès au sens que par les détours du langage, du temps, de l'altérité.

Œuvres majeures

L'œuvre publiée de Paul Ricœur compte plus d'une vingtaine de livres et des centaines d'articles, échelonnés sur cinquante-cinq ans (1950-2005). Toute cette œuvre, en français, est principalement publiée aux éditions Aubier (premiers livres) et Seuil (à partir des années 1960).

La période phénoménologique

Karl Jaspers et la philosophie de l'existence (1947)

En collaboration avec Mikel Dufrenne. Première publication majeure de Ricœur, fruit des lectures de captivité. Présentation et discussion de la philosophie de Jaspers, alors peu connue en France.

Le Volontaire et l'involontaire (1950)

Titre original : Philosophie de la volonté. I. Le Volontaire et l'involontaire. Phénoménologie eidétique de l'agir humain (décision, action, consentement) en rapport avec ses conditions involontaires (caractère, inconscient, naissance, mort). Premier grand livre, démontre la maîtrise de la méthode phénoménologique husserlienne.

Histoire et vérité (1955)

Recueil d'essais sur la philosophie de l'histoire, le rapport entre objectivité historique et engagement existentiel. Témoigne aussi du dialogue de Ricœur avec le marxisme et avec la pensée chrétienne sur l'histoire.

Le tournant herméneutique

Finitude et culpabilité (1960)

Suite et fin (provisoire) du grand projet de Philosophie de la volonté. Deux volumes :

  • L'Homme faillible : analyse philosophique des structures de la faillibilité humaine (disproportion entre passivité et activité).
  • La Symbolique du mal : analyse herméneutique des grands symboles (souillure, péché, culpabilité) et mythes (cosmogoniques, tragique, exilé) de l'expérience du mal.

De l'interprétation. Essai sur Freud (1965)

Grand livre sur la psychanalyse comme « herméneutique du soupçon ». Confrontation philosophique avec Freud. Texte marqué par la querelle française autour de Lacan, mais qui prolonge en profondeur le débat philosophique sur la nature de l'interprétation.

Le Conflit des interprétations (1969)

Sous-titre : « Essais d'herméneutique I ». Recueil d'essais qui développe la pensée herméneutique. Confrontation de la phénoménologie, de la psychanalyse, du structuralisme, de l'exégèse religieuse.

La Métaphore vive (1975)

Grande étude sur la métaphore, qui prolonge l'analyse du symbole vers une rhétorique-poétique-sémantique rigoureuse. Dialogue avec la tradition philosophique (de la Rhétorique d'Aristote à Black, Beardsley), avec les linguistes (Roman Jakobson), avec les poéticiens. Œuvre dense.

La grande œuvre des années 1980 : Temps et récit

Temps et récit, trois volumes (1983-1985)

L'une des grandes œuvres philosophiques du XXe siècle français. Trois volumes :

  • I. L'Intrigue et le récit historique (1983) : sur l'aporie augustinienne du temps, le récit selon Aristote, l'histoire comme genre narratif.
  • II. La Configuration dans le récit de fiction (1984) : sur le récit littéraire, la narratologie, les œuvres modernistes (Mann, Woolf, Proust).
  • III. Le Temps raconté (1985) : synthèse, dialectique entre temps phénoménologique et temps cosmique, médiation par le récit, concept d'identité narrative.

Œuvre monumentale (environ 1 500 pages au total dans la pagination originale), qui dialogue avec une bibliographie internationale considérable (philosophes, historiens, théoriciens littéraires).

Recueils intermédiaires

Du texte à l'action (1986)

Sous-titre : « Essais d'herméneutique II ». Recueil de textes des années 1970 et 1980 sur la théorie du texte, la sémantique de l'action, la lecture comme acte herméneutique.

À l'école de la phénoménologie (1986)

Recueil sur Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty.

La synthèse de la maturité

Soi-même comme un autre (1990)

Texte des Gifford Lectures d'Édimbourg de 1986, considérablement remanié. Considéré comme la magnum opus tardive de Ricœur. Dix études articulées en deux grandes parties :

  • Études 1 à 4 : Qui parle ? Qui agit ? (philosophie du langage, philosophie de l'action)
  • Études 5-6 : Qui se raconte ? (identité narrative)
  • Études 7 à 9 : Qui est moralement responsable ? (la « petite éthique » en trois moments : visée éthique, norme morale, sagesse pratique)
  • Étude 10 : Vers quelle ontologie ?

Distinction conceptuelle majeure : identité-idem (mêmeté) vs identité-ipse (ipséité comme fidélité). Articulation de l'aristotélisme et du kantisme dans l'éthique.

Les œuvres tardives

Lectures, trois volumes (1991-1994)

Recueils d'études sur des auteurs particuliers :

  • Lectures I : « Autour du politique ».
  • Lectures II : « La contrée des philosophes ».
  • Lectures III : « Aux frontières de la philosophie ».

Le Juste, deux volumes (1995, 2001)

Essais sur la justice, le droit, la responsabilité. Engagement plus marqué de Ricœur dans la philosophie politique et juridique.

La Mémoire, l'histoire, l'oubli (2000)

Grande œuvre tardive sur les rapports entre mémoire individuelle, histoire collective et oubli. Trois parties :

  • I. Phénoménologie de la mémoire.
  • II. Épistémologie de l'histoire.
  • III. La condition historique.

Le livre s'achève sur une méditation philosophique et théologique sur le « pardon difficile ».

Parcours de la reconnaissance (2004)

Dernière œuvre majeure de Ricœur. Trois études sur le concept de reconnaissance :

  • I. La reconnaissance comme identification (de Descartes à Locke).
  • II. Se reconnaître soi-même (de Bergson à Husserl, en passant par Ricœur lui-même).
  • III. La reconnaissance mutuelle (de Hegel à Honneth, avec un dialogue avec la théorie contemporaine de la reconnaissance).

Conférences, entretiens, textes posthumes

Plusieurs ouvrages posthumes :

  • Vivant jusqu'à la mort (2007), texte rédigé peu avant la mort, méditation sur le mourir.
  • Divers entretiens (La Critique et la conviction avec François Azouvi et Marc de Launay, 1995).

Œuvres théologiques

Ricœur a aussi publié des textes plus directement théologiques (notamment Le Conflit des interprétations contient de nombreux essais d'exégèse biblique) :

  • La Mémoire et la promesse (avec André LaCocque), 1998.
  • Penser la Bible (1998).
  • La Critique et la conviction (1995, entretiens où la dimension théologique est plus présente).

Éditions et disponibilité

Toutes les œuvres majeures sont disponibles aux éditions Seuil, parfois en édition de poche (collection « Points », Essais). Le Fonds Ricœur à Paris (Faculté libre de théologie protestante de Paris) conserve les manuscrits et organise les recherches ricœuriennes.

Pour une première lecture, le choix dépend de l'intérêt :

  • Pour l'herméneutique : Du texte à l'action (recueil) ou Le Conflit des interprétations.
  • Pour l'identité : Soi-même comme un autre (commencer par les études 5-6 sur l'identité narrative).
  • Pour l'éthique : les études 7-9 de Soi-même comme un autre.
  • Pour la philosophie politique : Le Juste.
  • Pour la mémoire et l'histoire : La Mémoire, l'histoire, l'oubli.
  • Pour une initiation accessible : les entretiens La Critique et la conviction (Calmann-Lévy, 1995).

Postérité et influence

Paul Ricœur est aujourd'hui reconnu comme l'un des grands philosophes français du XXe siècle. Son influence, qui s'est étendue progressivement à partir des années 1980-1990, est désormais considérable dans plusieurs domaines : philosophie continentale contemporaine, herméneutique, éthique, théorie du droit, théologie, sciences humaines. Sa réception internationale, particulièrement forte aux États-Unis, au Canada anglophone, dans l'aire scandinave et en Europe centrale, a longtemps précédé sa pleine reconnaissance en France.

Une réception française tardive

Pendant longtemps, Ricœur a été éclipsé en France par ses contemporains plus médiatiques (Sartre, Lévi-Strauss, Foucault, Derrida, Deleuze). Plusieurs raisons à cette éclipse :

  • Le style ricœurien, mesuré, dialogique, médiateur, paraissait moins frappant que les positions tranchées de ses contemporains.
  • Son appartenance protestante affichée le marginalisait dans une scène intellectuelle largement laïque.
  • L'épisode douloureux de Nanterre (1968-1970, jusqu'à l'humiliation publique de janvier 1970) l'avait disqualifié auprès d'une partie de la gauche universitaire.
  • Sa préférence pour le dialogue avec les sciences humaines plutôt que pour la critique « radicale » paraissait moins audacieuse.

C'est principalement à partir des années 1990-2000, notamment après la parution de Soi-même comme un autre (1990) et la reconnaissance par les prix internationaux (Hegel 1985, Karl Jaspers 1989, Balzan 1999, Kyoto 2000), que la place de Ricœur dans le paysage français a été progressivement réévaluée.

L'influence internationale

Hors de France, Ricœur a été reconnu très tôt. À l'université de Chicago, où il a enseigné pendant quinze ans (1970-1985), il a formé toute une génération de philosophes américains de la religion (David Tracy, David Pellauer, Charles Reagan, Mark Wallace). En Allemagne, son dialogue avec Gadamer et Habermas a profondément marqué l'herméneutique allemande. En Scandinavie, particulièrement au Danemark et en Suède, ses travaux sur l'éthique et le récit ont une influence considérable. En Amérique latine, sa réception a été précoce et durable, notamment au Brésil et en Argentine.

L'influence sur l'herméneutique contemporaine

Ricœur est, avec Gadamer, l'un des deux grands représentants de l'herméneutique philosophique du XXe siècle. Mais alors que Gadamer s'inscrit dans la lignée heideggerienne et accorde une primauté au dialogue interprétatif inconscient (l'historicité de la précompréhension), Ricœur articule l'herméneutique à la phénoménologie réflexive et fait davantage de place à la critique méthodologique.

Le dialogue avec Gadamer a été constant. Ricœur a écrit plusieurs essais comparatifs (notamment dans Du texte à l'action) où il marque sa distance avec certaines positions de Gadamer (notamment sur le rapport entre vérité et méthode) tout en reconnaissant la proximité d'inspiration.

L'herméneutique ricœurienne a influencé de nombreux courants : la théologie herméneutique (David Tracy, Jean Greisch), l'herméneutique juridique (interprétation du droit comme acte herméneutique), l'herméneutique historique (la philosophie de l'histoire et de la mémoire), l'herméneutique du soi en psychologie morale.

L'influence sur l'éthique

La « petite éthique » de Soi-même comme un autre est devenue une référence importante de l'éthique philosophique contemporaine, en particulier dans le monde francophone. Sa proposition d'articuler téléologie aristotélicienne, déontologie kantienne et sagesse pratique a inspiré de nombreux travaux en éthique appliquée :

  • En éthique médicale : la dimension narrative du soin, l'articulation entre normes universelles et situations singulières.
  • En éthique des affaires : la « visée éthique de la vie bonne dans des institutions justes » a fourni un cadre pour penser la responsabilité sociale des entreprises.
  • En éthique politique : le rapport entre justice et reconnaissance, mémoire et politique.

Plusieurs philosophes éthiciens contemporains se réclament directement de Ricœur : Corine Pelluchon (en France, qui a travaillé sur les éthiques du soin et de la vulnérabilité), Olivier Abel, Marc-Henry Soulet, Johann Michel.

L'influence en théorie du droit

Le rapport entre droit et herméneutique a été l'un des champs où l'influence de Ricœur a été particulièrement vive. Ronald Dworkin, le grand théoricien américain du droit, a dialogué avec Ricœur ; en France, François Ost, Antoine Garapon, Olivier Cayla, sont marqués par la pensée ricœurienne. La conception du droit comme interprétation d'une tradition vivante, plutôt que comme application mécanique de textes, doit beaucoup à Ricœur.

L'influence sur les sciences humaines

Ricœur a toujours dialogué avec les sciences humaines, et celles-ci lui ont rendu son attention.

  • En historiographie : ses analyses de l'histoire comme genre narratif, exposées dans Temps et récit, ont influencé une grande partie des historiens des années 1980 et au-delà. Hayden White dialogue avec lui ; en France, Roger Chartier, François Hartog, Krzysztof Pomian, Olivier Mongin, Jean Greisch, sont des lecteurs attentifs.
  • En psychanalyse : malgré l'incompréhension avec Lacan, le livre sur Freud reste un classique de la philosophie de la psychanalyse.
  • En théorie littéraire : sa théorie du récit, dans Temps et récit, a marqué la narratologie philosophique contemporaine. Antoine Compagnon, Tzvetan Todorov, Gérard Genette dialoguent avec lui.

L'influence sur la théologie protestante et catholique

Ricœur, sans avoir voulu être un théologien, a eu une influence majeure sur la théologie contemporaine, autant catholique que protestante.

  • En théologie protestante : son herméneutique biblique, ses analyses du symbole, du témoignage, ses dialogues avec Bultmann (dans Le Conflit des interprétations), ses essais d'exégèse philosophique (Penser la Bible, 1998, avec André LaCocque) ont marqué plusieurs générations de théologiens. Olivier Abel, Daniel Marguerat, en France, en sont héritiers.
  • En théologie catholique : David Tracy à Chicago, Joseph Doré en France, parmi d'autres, ont prolongé l'herméneutique ricœurienne dans le cadre catholique.

L'influence dans la sphère politique

Une partie de l'œuvre de Ricœur (notamment Le Juste, Lectures I, et les articles sur la politique) a été lue dans les milieux politiques modérés et sociaux-démocrates. Emmanuel Macron, qui a été l'assistant éditorial de Ricœur pour La Mémoire, l'histoire, l'oubli au début des années 2000, a publiquement reconnu cette influence. Au-delà de cette filiation directe, Ricœur a influencé toute une réflexion politique sur la justice, la reconnaissance, la mémoire historique, la responsabilité.

Cette influence est elle-même contestée : certains lui reprochent un consensualisme « centriste » trop modéré, peu attentif aux conflits structurels ; d'autres y voient au contraire la formulation rigoureuse d'une politique du compromis raisonnable, attentif à toutes les voix.

La recherche ricœurienne organisée

Plusieurs institutions internationales se consacrent à la pensée de Ricœur :

  • Le Fonds Ricœur à Paris (Faculté libre de théologie protestante de Paris) conserve les archives et publie un site de référence.
  • Le Centre d'études ricœuriennes à Nanterre.
  • La Société internationale des amis de Paul Ricœur, qui organise des colloques.
  • Le Center for Ricoeur Studies à Chicago.
  • La revue Études ricœuriennes / Ricœur Studies, bilingue, en libre accès.

Ce dispositif témoigne de la vitalité de la recherche ricœurienne plus de vingt ans après la mort du philosophe.

Le rapprochement avec d'autres traditions

L'une des particularités de la réception contemporaine de Ricœur est qu'elle traverse des frontières que la philosophie française du XXe siècle avait souvent reconduites :

  • Frontière entre continentale et analytique : Ricœur dialogue avec Strawson, Davidson, MacIntyre, Charles Taylor, Martha Nussbaum, et est reconnu dans la philosophie analytique anglo-saxonne.
  • Frontière entre philosophie et théologie : il est lu dans les départements de philosophie et dans les facultés de théologie.
  • Frontière entre tradition et modernité : il dialogue avec Aristote et Augustin autant qu'avec Habermas et Honneth.

Cette transversalité fait de Ricœur l'un des philosophes les plus médiateurs et les plus rassembleurs du XXe siècle.

Une présence durable

Plus de vingt ans après sa mort, Ricœur continue d'être lu, traduit (en plus de quarante langues), discuté. Sa philosophie, qui se voulait modeste et dialogique, s'est révélée d'une fécondité durable. Son projet d'une herméneutique du soi qui passe par les œuvres, les textes, les autres, dans la reconnaissance de la finitude humaine, propose un modèle de pensée qui n'a rien perdu de son actualité dans un monde fragmenté où l'identité personnelle et collective est constamment interrogée. Lire Ricœur aujourd'hui, c'est rencontrer une voix qui ne crie pas, mais qui parle longuement, attentivement, en prenant le temps des médiations nécessaires.

Pour aller plus loin

Introductions accessibles

  • Olivier Mongin, Paul Ricœur, Seuil, coll. « Points », 1994 (rééd. 1998). Synthèse accessible par un proche de Ricœur, intellectuel et éditeur (revue Esprit).
  • François Dosse, Paul Ricœur. Les sens d'une vie (1913-2005), La Découverte, 1997 (rééd. augmentée 2008). Biographie intellectuelle de référence, monumentale (800 pages).
  • Jean Greisch, Paul Ricœur. L'itinérance du sens, Jérôme Millon, 2001. Étude philosophique complète et rigoureuse.
  • Johann Michel, Paul Ricœur. Une philosophie de l'agir humain, Cerf, 2006. Bonne introduction philosophique.

Études approfondies

  • Olivier Abel, Paul Ricœur, la promesse et la règle, Michalon, 1996.
  • Jean-Luc Amalric, Paul Ricœur, l'imagination vive. Une genèse de la philosophie ricœurienne de l'imagination, Hermann, 2013.
  • Domenico Jervolino, Ricœur. Herméneutique et traduction, Ellipses, 2007.
  • Richard Kearney, On Paul Ricœur. The Owl of Minerva, Ashgate, 2004. Bonne synthèse anglo-saxonne.
  • Bernard Dauenhauer, Paul Ricoeur: The Promise and Risk of Politics, Rowman & Littlefield, 1998.

Recueils collectifs

  • Olivier Abel et Catherine Goldenstein (dir.), Lectures de Ricœur, Belin, 2013.
  • Myriam Revault d'Allonnes et François Azouvi (dir.), Ricœur, L'Herne, coll. « Cahiers de l'Herne », 2004. Recueil exceptionnel d'études et de textes inédits.
  • Greisch et Kearney (dir.), Paul Ricœur. Les métamorphoses de la raison herméneutique, Cerf, 1991.

Œuvres de Ricœur : par où commencer

L'œuvre est vaste. Plusieurs portes d'entrée possibles selon les intérêts :

  • Pour l'identité narrative : Soi-même comme un autre (1990), commencer par les études V et VI sur l'identité narrative.
  • Pour l'éthique : les études VII, VIII, IX de Soi-même comme un autre (la « petite éthique »).
  • Pour l'herméneutique : Du texte à l'action (1986, recueil) ou Le Conflit des interprétations (1969).
  • Pour la philosophie de l'histoire et de la mémoire : La Mémoire, l'histoire, l'oubli (2000), grande œuvre tardive.
  • Pour une initiation accessible : les entretiens La Critique et la conviction (avec François Azouvi et Marc de Launay, Calmann-Lévy, 1995, rééd. Pluriel-Hachette).

Sur des thèmes spécifiques

  • Sur le récit : Temps et récit (3 vol., 1983-1985). Œuvre considérable, à aborder progressivement.
  • Sur le mal : Le Mal. Un défi à la philosophie et à la théologie (1986).
  • Sur la justice : Le Juste (1995) et Le Juste II (2001).
  • Sur la reconnaissance : Parcours de la reconnaissance (2004), dernière grande œuvre.
  • Sur la Bible : Penser la Bible (avec André LaCocque, 1998).

Sur l'herméneutique en général

  • Jean Grondin, L'Herméneutique, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2006. Bonne introduction qui situe Ricœur.
  • Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode, Seuil, 1996 (1960). Le grand livre de l'herméneutique allemande, en dialogue constant avec lequel Ricœur a élaboré sa propre pensée.

Sur le dialogue Ricœur-Gadamer-Habermas

  • Jean Greisch, Le Cogito herméneutique. L'herméneutique philosophique et l'héritage cartésien, Vrin, 2000.
  • Pol Vandevelde, The Task of the Interpreter: Text, Meaning, and Negotiation, University of Pittsburgh Press, 2005.

Ressources en ligne

  • Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Paul Ricœur » par Bernard Dauenhauer et David Pellauer, plato.stanford.edu. Très complet.
  • Le Fonds Ricœur (fondsricoeur.fr) : archives, bibliographie, ressources, séminaires.
  • La revue Études ricœuriennes / Ricœur Studies (ricoeur.pitt.edu) : en libre accès, articles en français et en anglais.

Sur la vie de Ricœur

  • Outre la biographie de François Dosse déjà citée, le numéro 323-324 de la revue Esprit (mars-avril 2006), consacré à Ricœur après sa mort, contient de nombreux témoignages et essais.
  • Catherine Goldenstein (sa secrétaire des dernières années), Vivant jusqu'à la mort. Lettres et entretiens, Seuil, 2007.

Ricœur est un philosophe qui demande de la patience : ses œuvres sont longues, ses arguments souvent indirects (passant par les détours nécessaires), ses dialogues avec d'autres traditions parfois techniques. Mais cette patience est récompensée par la profondeur d'une pensée qui ne cherche jamais à frapper, mais à éclairer durablement. Le mieux est probablement de commencer par les entretiens (La Critique et la conviction) pour entendre la voix de Ricœur dans son registre le plus direct, puis d'aborder Soi-même comme un autre avec calme.

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