Jacques Rancière

10 juin 1940 - date inconnue 🇫🇷 française 16 min de lecture

Difficulté : 4/5

Philosophe français né à Alger en 1940, Jacques Rancière a construit une œuvre majeure autour de l'égalité, de l'émancipation intellectuelle et du partage du sensible.

Biographie

Jacques Rancière naît le 10 juin 1940 à Alger, en Algérie alors sous administration coloniale française, le jour même de la mort de son père. Après trois années passées à Marseille avec sa mère, il grandit et étudie à Paris. Cette naissance dans un contexte de guerre et d'exil marque un début de vie dont il parle peu, mais qui a sans doute alimenté sa sensibilité aux histoires oubliées et aux paroles minoritaires.

Formation à l'ENS

Jacques Rancière suit une scolarité classique qui le mène à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, où il devient l'élève de Louis Althusser. Comme beaucoup de sa génération, il adhère à l'Union des étudiants communistes. En 1965, à vingt-cinq ans, il fait partie du collectif qui publie sous la direction d'Althusser l'ouvrage collectif "Lire le Capital", grande entreprise de refondation structurale du marxisme. Il y côtoie Étienne Balibar, Roger Establet et Pierre Macherey.

La rupture avec Althusser

Le tournant décisif de son parcours est mai 1968, dont il ne participe pas directement mais qui bouleverse profondément sa lecture du marxisme althussérien. La méthode structurale, qui prétendait dévoiler aux ouvriers le sens véritable de leur condition par le travail théorique des philosophes, lui apparaît alors comme une forme de mépris des paroles ouvrières réelles. Cette prise de distance s'exprime dans "La Leçon d'Althusser" (1974), rupture publique et argumentée avec son maître, dont il devient l'un des critiques les plus rigoureux.

Vincennes puis Paris 8

En 1969, Jacques Rancière rejoint le département de philosophie de l'université expérimentale de Vincennes, aux côtés de Michel Foucault et d'Alain Badiou. Il y enseignera pendant toute sa carrière, l'université ayant été transférée à Saint-Denis sous le nom de Paris 8. Il est professeur émérite depuis 2000. Il enseigne également à la European Graduate School en Suisse.

Les archives ouvrières

Dans les années 1970 et 1980, Jacques Rancière consacre une longue enquête aux archives du mouvement ouvrier français du XIXe siècle. Il ne s'agit pas pour lui de documenter des conditions d'exploitation, mais de retrouver les paroles concrètes des ouvriers, leurs rêves, leurs lectures, leurs poèmes, leur manière d'échapper aux places assignées. Cette recherche donne lieu à plusieurs ouvrages majeurs : "La Nuit des prolétaires" (1981), "Le Philosophe et ses pauvres" (1983), "Le Maître ignorant" (1987). Il cofonde également, en 1975 et jusqu'en 1981, la revue Les Révoltes logiques, avec notamment Geneviève Fraisse, Jean Borreil et Arlette Farge.

La théorie politique

À partir des années 1990, Jacques Rancière déploie une véritable théorie politique dans une série d'ouvrages majeurs : "Aux bords du politique" (1990), "La Mésentente. Politique et philosophie" (1995), "La Haine de la démocratie" (2005). Il y développe sa distinction célèbre entre police (ordre des places et des fonctions) et politique (mise en cause égalitaire de cet ordre), qui fera date.

L'esthétique

Depuis les années 2000, l'œuvre de Jacques Rancière prend un tournant esthétique majeur, sans rompre avec sa réflexion politique. Le concept de partage du sensible, développé dans le petit livre du même nom en 2000, articule esthétique et politique dans une même logique : ce qui peut être vu, dit, entendu, pensé est toujours déjà organisé par un partage qui décide qui a droit à la parole et à la visibilité. Cette pensée nourrit de nombreux livres sur le cinéma, la littérature, la peinture, la photographie.

Une reconnaissance mondiale

Jacques Rancière est aujourd'hui l'un des philosophes français vivants les plus traduits et discutés à l'international, en particulier dans les mondes anglophone et hispanophone. Son œuvre inspire de nombreux travaux dans les études culturelles, les théories politiques radicales, la théorie de l'art et la philosophie de l'éducation. Il est le père de l'économiste Romain Rancière.

Pensée principale

L'œuvre de Jacques Rancière, malgré son ampleur et sa diversité, est traversée par une intuition unique et radicale : l'égalité. Non pas l'égalité comme objectif à atteindre, mais comme axiome à présupposer, comme point de départ de toute pensée émancipatrice. De cette intuition découle une critique des grands récits qui, sous couvert d'expliquer les dominés à eux-mêmes, reconduisent leur exclusion.

La rupture avec Althusser

Le point de départ de la pensée mature de Rancière est sa rupture avec le marxisme althussérien, formulée dans "La Leçon d'Althusser" (1974). Rancière refuse la posture du philosophe qui, par le travail théorique, révèlerait aux ouvriers ignorants la vérité de leur exploitation. Cette posture, dit-il, reconduit sous une forme intellectuelle le partage même qu'elle prétend combattre : d'un côté ceux qui savent, de l'autre ceux qui doivent apprendre. La théorie critique risque ainsi de devenir la nouvelle forme d'un vieux mépris.

La nuit des prolétaires

Dans "La Nuit des prolétaires" (1981), Jacques Rancière propose une contre-histoire du mouvement ouvrier français au XIXe siècle. Il montre que ce qui définit les ouvriers, ce n'est pas leur condition de travailleurs (à laquelle la sociologie et le marxisme les réduisent), mais leur volonté acharnée de s'en échapper : de lire, d'écrire des poèmes, de philosopher, de rêver, la nuit, quand ils ne travaillent pas. Cette réappropriation du temps qui n'est pas assigné à la production est le geste politique fondamental des dominés. En restant fidèle aux textes qu'ils ont eux-mêmes écrits, Rancière restitue à ces ouvriers une dignité intellectuelle que les sciences sociales leur ont souvent refusée.

L'égalité des intelligences

Dans "Le Maître ignorant" (1987), Jacques Rancière raconte l'expérience pédagogique de Joseph Jacotot, professeur français du début du XIXe siècle qui, exilé en Belgique, réussit à enseigner le français à des étudiants flamands dont il ne parlait pas la langue. De cette expérience, Jacotot tire une thèse radicale : l'émancipation intellectuelle ne consiste pas à combler le fossé entre ceux qui savent et ceux qui ignorent, mais à présupposer d'emblée l'égalité des intelligences. Toute pédagogie qui commence par mesurer l'inégalité la reconduit indéfiniment. Rancière fait de cette thèse le socle de sa propre pensée politique.

Police et politique

Dans "Aux bords du politique" (1990) puis dans "La Mésentente" (1995), Jacques Rancière formule sa distinction la plus célèbre : celle entre police et politique. La police n'est pas la force publique, c'est l'ordre général des places, des activités, des identités : ce partage qui assigne à chacun sa fonction et le rend visible ou invisible en conséquence. La politique, elle, n'est pas la gestion des affaires publiques, c'est le geste rare qui met en cause ce partage, en faisant surgir ceux qui n'ont pas de part, ceux dont l'existence même n'était pas comptée dans l'ordre policier. La politique est ainsi toujours dissensus, mise en cause égalitaire d'un ordre qui prétend valoir pour tous.

Le partage du sensible

Le concept qui unifie l'ensemble de l'œuvre récente de Rancière est celui de partage du sensible, développé dans le petit livre du même nom (2000). Il désigne la manière dont, à une époque donnée, se distribue ce qui peut être vu, dit, entendu, pensé, jugé. Cette distribution n'est pas neutre : elle décide qui a le droit à la parole, qui compte comme sujet, quelles activités sont dignes d'attention. Politique et esthétique ne sont donc pas des domaines séparés : ce qui se joue dans la manière de représenter le monde est déjà politique. Ce qui se joue dans la lutte politique est aussi une reconfiguration de ce qui peut être perçu et pensé.

L'esthétique et l'émancipation

Depuis "Le Partage du sensible", Jacques Rancière déploie sa réflexion esthétique dans de nombreux ouvrages sur le cinéma, la littérature, la peinture, la photographie. Il y distingue trois grands régimes des arts (éthique, représentatif, esthétique), le dernier étant celui dans lequel nous vivons depuis le XIXe siècle. Le régime esthétique se caractérise par l'égalité de tous les sujets et de tous les objets, contre l'ancienne hiérarchie qui distinguait les nobles des ordinaires. Cette dimension d'égalité fait de l'art moderne un partenaire de la politique démocratique.

Une pensée de l'émancipation

Un fil traverse tout ce travail : le refus des grands récits qui prétendent expliquer aux dominés leur condition avant de leur rendre leur voix. Pour Rancière, l'émancipation n'est pas un résultat à atteindre, elle est un présupposé à honorer. Elle commence quand on cesse de mesurer ce qu'un être peut ou ne peut pas, pour l'écouter comme un égal capable de dire et de faire.

Œuvres majeures

La Leçon d'Althusser (1974)

Publié chez Gallimard, ce livre marque la rupture publique de Jacques Rancière avec son maître Louis Althusser. Il y critique le mépris implicite du marxisme structural pour les paroles concrètes des dominés. Réédité à La Fabrique en 2012, il reste un texte majeur pour comprendre la trajectoire ultérieure de son auteur.

La Nuit des prolétaires. Archives du rêve ouvrier (1981)

Ouvrage majeur, publié chez Fayard puis réédité en poche. Fruit de longues recherches dans les archives ouvrières du XIXe siècle, il propose une contre-histoire du mouvement ouvrier centrée non sur les conditions de travail mais sur les échappées intellectuelles : lectures nocturnes, poèmes, correspondances, rêves d'autre chose. Il a durablement transformé la manière d'aborder l'histoire des mouvements populaires.

Le Philosophe et ses pauvres (1983)

Livre incisif publié chez Fayard, il analyse la manière dont plusieurs grands philosophes (Platon, Marx, Sartre, Bourdieu) parlent des pauvres et des ouvriers. Rancière y démontre une constante : la philosophie tend à parler à leur place plutôt que de reconnaître leur égale intelligence. Un texte qui prépare directement Le Maître ignorant.

Le Maître ignorant. Cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle (1987)

Ouvrage majeur et l'un des plus lus de Rancière, publié chez Fayard. À partir de l'expérience pédagogique du professeur Joseph Jacotot, il défend la thèse de l'égalité des intelligences et une pédagogie de l'émancipation qui refuse le rôle du maître explicateur. Traduit dans le monde entier, il continue de nourrir les réflexions contemporaines sur l'éducation.

La Mésentente. Politique et philosophie (1995)

Ouvrage théorique majeur publié chez Galilée, il formule la distinction entre police et politique. La mésentente y est définie comme le désaccord fondamental qui, dans l'espace politique, oppose ceux qui ne parlent pas la même langue tout en semblant utiliser les mêmes mots. Le livre est aujourd'hui un classique de la théorie politique contemporaine.

Le Partage du sensible. Esthétique et politique (2000)

Petit livre incisif publié à La Fabrique, il formule le concept qui unifie l'œuvre récente de Rancière. Le partage du sensible désigne la distribution de ce qui peut être vu, dit, entendu, pensé à une époque donnée. Ce concept fonde l'articulation entre esthétique et politique dans son œuvre.

La Haine de la démocratie (2005)

Publié à La Fabrique, ce court essai polémique répond aux discours élitistes qui, dans les années 2000, dénoncent les excès démocratiques et appellent à une réforme des institutions représentatives contre le peuple. Rancière y défend paradoxalement la démocratie comme excès nécessaire, contre ses ennemis intellectuels.

Le Spectateur émancipé (2008)

Publié à La Fabrique, ce livre prolonge le Maître ignorant du côté du spectacle. Rancière y critique les pédagogies théâtrales qui prétendent activer un spectateur supposé passif, en défendant au contraire l'égalité de tous les regards et l'activité intellectuelle propre à celui qui observe.

Postérité et influence

L'influence de Jacques Rancière est considérable et particulièrement dispersée à travers de nombreux champs.

Une théorie politique majeure

Jacques Rancière est aujourd'hui l'un des théoriciens politiques les plus lus dans le monde. Ses concepts de police, de politique, de dissensus, de partage du sensible, de mésentente sont mobilisés dans de nombreux travaux contemporains de théorie politique radicale. Il dialogue avec Ernesto Laclau, Chantal Mouffe, Alain Badiou et Slavoj Žižek, sans se confondre avec aucun d'entre eux. Sa singularité tient à son refus d'un fondement métaphysique ou ontologique de la politique : pour lui, la politique est un événement, pas une essence.

Une réception internationale

L'œuvre de Rancière est traduite dans de très nombreuses langues et connaît une réception particulièrement forte dans les mondes anglophone et hispanophone. Des campus des États-Unis à ceux d'Argentine, en passant par l'Australie et le Japon, elle nourrit des recherches actives en philosophie, en études culturelles, en théorie critique et en histoire de l'art.

L'éducation et Le Maître ignorant

L'un des livres les plus lus de Rancière est aussi celui qui a eu la trajectoire la plus inattendue. "Le Maître ignorant" nourrit aujourd'hui des expérimentations pédagogiques dans de nombreux pays. Sa thèse de l'égalité des intelligences est mobilisée aussi bien dans les théories critiques de l'éducation formelle que dans les mouvements d'éducation populaire, dans les pédagogies alternatives et dans les approches féministes ou décoloniales de la transmission des savoirs.

Un dialogue avec les arts

Depuis les années 2000, Jacques Rancière est régulièrement invité par des institutions artistiques, des biennales, des musées, des festivals de cinéma. Sa pensée du partage du sensible fournit à toute une génération d'artistes, de curateurs et de critiques un cadre conceptuel majeur. Il collabore régulièrement avec des cinéastes, notamment autour de Béla Tarr auquel il a consacré un livre. Cette proximité avec les mondes de l'art donne à son œuvre un rayonnement particulier.

Une pensée qui échappe aux classifications

Une des raisons de la fécondité de Rancière est qu'il échappe aux classifications habituelles. Ni marxiste orthodoxe malgré sa formation, ni libéral, ni structuraliste malgré son passage par Althusser, ni tout à fait poststructuraliste malgré sa proximité avec Foucault, il occupe une position singulière qui lui permet de dialoguer avec des courants très divers. Cette singularité fait sa force, mais aussi la difficulté d'inscrire son œuvre dans une école identifiée.

Une influence francophone continue

En France, l'œuvre de Rancière continue de nourrir les débats philosophiques et politiques. Geneviève Fraisse, avec qui il a fondé Les Révoltes logiques, prolonge à sa manière certaines de ses préoccupations. Ses concepts sont mobilisés par de nombreux jeunes chercheurs en philosophie politique, en études culturelles et en théorie critique.

Controverses et débats

L'œuvre de Jacques Rancière, à la mesure de sa portée, a suscité des débats importants dans le champ philosophique et politique contemporain.

Une politique de l'événement

La conception rancièrienne de la politique comme événement rare, moment de rupture avec l'ordre policier, a été critiquée sur plusieurs plans. Certains penseurs, en particulier dans le sillage du marxisme classique, lui reprochent de dissoudre les rapports de production et les structures d'exploitation dans la seule question du partage du sensible. D'autres, à l'inverse, lui reprochent de laisser peu de place aux formes concrètes et durables d'organisation politique. Rancière défend sa position en soutenant que la politique n'est pas la gestion des affaires publiques mais bien ce moment de dissensus qui rend visible l'invisible.

La critique du social

Un débat vif oppose Rancière à Pierre Bourdieu sur la manière de faire de la sociologie. Pour Rancière, la sociologie critique, en dévoilant aux dominés les mécanismes de leur domination, reproduit le rapport hiérarchique qu'elle prétend combattre. Cette critique, développée notamment dans "Le Philosophe et ses pauvres", a suscité des réponses vives dans le champ des sciences sociales. Elle continue de nourrir des débats sur les rapports entre sciences sociales et émancipation politique.

Le rôle de l'esthétique

La centralité accordée à l'esthétique dans son œuvre récente a également été discutée. Certains lecteurs, plus attachés à une politique concrète, jugent que ce tournant esthétique risque de dépolitiser la pensée en la déplaçant vers l'art et la culture. D'autres, au contraire, y voient un renouvellement salutaire de la théorie politique, en montrant que ce qui se joue dans le champ symbolique et sensible est déjà politique.

Le rapport à Marx

Le rapport de Rancière au marxisme a également été un objet de débat. Coauteur de "Lire le Capital", puis critique acerbe d'Althusser, il maintient un rapport ambigu avec Marx : ni disciple ni adversaire, il en reprend certaines intuitions tout en refusant les fondations théoriques du marxisme classique. Cette position d'entre-deux, qui déplace la question de la lutte des classes vers celle du partage égalitaire, est diversement reçue selon les traditions.

La démocratie et l'excès

Enfin, sa défense paradoxale de la démocratie comme excès nécessaire, développée dans "La Haine de la démocratie", a suscité des débats à droite comme à gauche. Contre ceux qui voient la démocratie contemporaine comme malade de ses propres excès, Rancière soutient que ce sont ces excès mêmes qui constituent l'essence de la démocratie, contre l'ordre policier qui prétend toujours mesurer ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas.

Pour aller plus loin

Lire Jacques Rancière

Pour découvrir sa pensée, "Le Maître ignorant" (Fayard, 1987 ; poche 10/18) est l'entrée la plus accessible et l'une des plus stimulantes. "La Mésentente" (Galilée, 1995) est l'ouvrage théorique majeur pour saisir sa pensée politique. "Le Partage du sensible" (La Fabrique, 2000), court et incisif, permet d'entrer dans son articulation entre esthétique et politique. Pour aborder son travail historique, "La Nuit des prolétaires" (Fayard, 1981) reste incontournable, quoique plus exigeant. Une bonne introduction critique est offerte par Christian Ruby, "L'Interruption. Jacques Rancière et la politique" (La Fabrique, 2009).

Autour de son œuvre

Sa pensée s'inscrit dans un rapport critique à plusieurs traditions. Elle prend ses distances avec le marxisme althussérien, tout en gardant un dialogue avec Karl Marx. Elle critique la manière dont Jean-Paul Sartre et Pierre Bourdieu parlent des dominés. Elle dialogue avec Michel Foucault, collègue à Vincennes, tout en se distinguant d'Alain Badiou. En France, sa cofondation avec Geneviève Fraisse de la revue Les Révoltes logiques témoigne d'un dialogue continu. Sa réflexion sur l'esthétique dialogue avec la théorie critique et les études sur l'art contemporain.

Écouter et voir

Jacques Rancière intervient régulièrement dans les médias culturels, en particulier sur France Culture. De nombreuses conférences universitaires et interventions en biennales artistiques sont accessibles en ligne, notamment dans les mondes anglophone et hispanophone où sa réception est particulièrement dense.

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