La Chance morale (ou La Fortune morale)

Titre original : Moral Luck: Philosophical Papers 1973-1980

Publication : 1981 (Cambridge, chez Cambridge University Press ;

Type :

Analyse

Présentation

Moral Luck : Philosophical Papers 1973-1980 (en français La Chance morale) est un recueil d'essais philosophiques de Bernard Williams publié à Cambridge chez Cambridge University Press en 1981. Williams a alors 52 ans et occupe depuis 1979 la chaire de philosophie morale (Knightbridge Professor of Philosophy) à l'Université de Cambridge, position qu'il quittera en 1987 pour rejoindre l'Université de Californie à Berkeley, puis Oxford en 1990. L'ouvrage rassemble treize essais publiés séparément entre 1973 et 1980 dans diverses revues et ouvrages collectifs, y compris l'essai-titre Moral Luck publié en 1976 dans les Proceedings of the Aristotelian Society.

L'ouvrage est de format moyen (environ 175 pages dans l'édition originale anglaise). Il se présente comme une étape majeure dans le développement de la pensée éthique williamsienne, entre ses œuvres systématiques antérieures (Morality : An Introduction to Ethics, 1972) et ses œuvres systématiques ultérieures (Ethics and the Limits of Philosophy, 1985 ; Shame and Necessity, 1993 ; Truth and Truthfulness, 2002).

L'essai-titre Moral Luck (« La chance morale ») est l'un des textes philosophiques les plus influents de la philosophie morale anglo-saxonne du dernier quart du XXᵉ siècle. Il est paru initialement dans un colloque des Proceedings of the Aristotelian Society en 1976, dans une discussion programmée avec Thomas Nagel (1937-) qui publiait simultanément un essai du même titre (« Moral Luck », publié initialement dans les Proceedings puis repris dans Mortal Questions, 1979). Les deux essais, lus ensemble, ont inauguré une discussion philosophique majeure sur le rôle de la chance (luck) dans la moralité.

L'œuvre articule plusieurs thèses interconnectées qui structurent toute la critique williamsienne de l'éthique moderne :

  1. La chance (luck) joue un rôle essentiel et irréductible dans la vie morale, contrairement à la prétention kantienne de soustraire la moralité aux contingences. La conception kantienne d'une volonté bonne indépendante de ses résultats et inaccessible à la chance est une fiction philosophique qui ne correspond pas à notre expérience morale réelle.
  1. Le système moral moderne (que Williams appelle « the morality system ») se caractérise par plusieurs traits : l'universalisme abstrait, la priorité absolue de l'obligation morale sur les autres considérations, l'impartialité stricte, l'autonomie absolue de l'agent moral. Ce système est inadéquat parce qu'il ne rend pas compte de la complexité de la vie morale réelle.
  1. Les éthiques modernes dominantes (le kantisme et l'utilitarisme) souffrent toutes deux d'une abstraction excessive qui les rend inadaptées à la vie morale concrète. Le kantisme ignore les engagements personnels qui constituent l'identité morale ; l'utilitarisme ignore la valeur intrinsèque de l'intégrité personnelle.
  1. La vie morale authentique implique des engagements personnels, des projets structurants, des relations privilégiées qui ne se laissent pas réduire à des principes universels impartiaux. Sans ces engagements personnels, la personne n'aurait pas de raison de vivre, donc pas de raison d'agir moralement.
  1. Les conflits de valeurs sont irréductibles : on ne peut pas toujours maximiser simultanément toutes les valeurs morales, parfois on doit sacrifier l'une pour l'autre. Cette tragique dimension de la vie morale est occultée par les éthiques modernes qui prétendent à une cohérence systématique impossible.
  1. Les raisons d'agir morales sont principalement internes à l'agent (internal reasons), c'est-à-dire qu'elles dépendent de ses désirs, projets et engagements personnels. Williams rejette la conception kantienne des raisons externes (external reasons) qui auraient force normative indépendamment du système motivationnel de l'agent. Cette thèse, développée dans l'essai « Internal and External Reasons » (1979), est l'une des positions williamsiennes les plus discutées.
  1. La réflexion philosophique éthique ne peut pas remplacer la vie morale concrète et ne peut pas en garantir la rationalité. La philosophie morale doit être plus modeste dans ses prétentions et reconnaître ses limites.

Les traductions françaises principales sont :

  • Jean Lelaidier, La Fortune morale : moralité et autres essais, PUF, collection « Philosophie morale », 1994. Édition française qui couvre une sélection d'essais. Sera réimprimée en collection « Quadrige » en 2014.
  • L'essai-titre Moral Luck a également circulé dans plusieurs traductions partielles dans des recueils d'éthique et dans des numéros de revues philosophiques.

L'édition originale anglaise reste disponible chez Cambridge University Press.

Contexte historique et conditions de rédaction

Bernard Williams (1929-2003) compose les essais de Moral Luck dans une période d'effervescence philosophique de la pensée éthique anglo-saxonne.

Repères biographiques essentiels. Né le 21 septembre 1929 à Westcliff-on-Sea (Essex, Angleterre). Études à Chigwell School puis à Balliol College, Oxford (1947-1951), où il étudie les Classics avant de passer à la philosophie. Service militaire dans la Royal Air Force (1951-1953) comme pilote de chasse à reaction, expérience qu'il évoque rarement mais qui aurait marqué son tempérament philosophique.

Carrière académique. Fellow à All Souls College, Oxford (1951-1954), puis à New College, Oxford (1954-1959). Mariage en 1955 avec Shirley Catlin, future Shirley Williams, qui deviendra une figure politique majeure du Parti travailliste britannique puis cofondatrice du Social Democratic Party. Le couple aura une fille, Rebecca, en 1961. Le mariage se terminera en 1974 ; Williams se remariera en 1974 avec Patricia Skinner.

Postes universitaires successifs :

  • University College London (1959-1964), professeur de philosophie.
  • Bedford College, Université de Londres (1964-1967), professeur de philosophie.
  • King's College, Cambridge (1967-1979), professeur de philosophie puis Provost à partir de 1979.
  • Knightbridge Professor of Philosophy à Cambridge (1979-1987), l'une des chaires de philosophie morale les plus prestigieuses de Grande-Bretagne.
  • Monroe Deutsch Professor of Philosophy à l'Université de Californie à Berkeley (1987-2000), parallèlement à des fonctions à Oxford.
  • White's Professor of Moral Philosophy à Oxford (1990-1996).

Œuvres antérieures à Moral Luck :

  • Morality : An Introduction to Ethics (1972), introduction critique aux principales positions de l'éthique contemporaine.
  • Utilitarianism : For and Against (1973, avec J.J.C. Smart), débat philosophique où Williams formule sa critique fondamentale de l'utilitarisme conséquentialiste, notamment à travers le célèbre exemple de Jim et les Indiens.
  • Problems of the Self (1973), recueil d'essais antérieurs sur les questions d'identité personnelle, de mort, de désir.
  • Plusieurs articles isolés publiés dans les principales revues philosophiques anglo-saxonnes.

Engagements publics. Williams a été un intellectuel public très engagé dans plusieurs commissions gouvernementales britanniques :

  • Williams Report on Obscenity and Film Censorship (1979), rapport sur la pornographie et la censure cinématographique.
  • Royal Commission on Gambling (1976-1978).
  • Education Standards Authority (1991-1995).

Cette dimension d'intellectuel public est rare chez les philosophes analytiques anglo-saxons et témoigne de la conception williamsienne de la philosophie comme activité civique.

Rédaction des essais de Moral Luck (1973-1980). Les treize essais du recueil sont rédigés et publiés séparément entre 1973 et 1980, dans une période où Williams enseigne à Cambridge et développe systématiquement sa critique de l'éthique moderne. Les principaux essais sont :

  • « Persons, Character and Morality » (1976), sur l'incompatibilité entre éthique universaliste et engagements personnels constitutifs.
  • « Moral Luck » (1976), l'essai-titre, qui paraît la même année que celui de Thomas Nagel dans les Proceedings of the Aristotelian Society. Williams y développe l'exemple célèbre du peintre Gauguin qui abandonne sa famille pour aller peindre à Tahiti, et discute philosophiquement de la légitimité morale rétrospective de cet abandon en fonction du succès artistique ultérieur.
  • « Utilitarianism and Moral Self-Indulgence » (1976), critique de l'utilitarisme conséquentialiste.
  • « Internal and External Reasons » (1979), essai majeur sur la théorie des raisons d'agir.
  • « Conflicts of Values » (1979).
  • « Justice as a Virtue » (1980), essai sur la conception aristotélicienne de la justice.

L'édition en volume paraît au printemps 1981 chez Cambridge University Press. Le succès est immédiat dans le monde philosophique anglo-saxon. Le livre devient rapidement une référence dans les débats sur l'éthique kantienne, l'utilitarisme, le renouveau de l'éthique des vertus.

Le contexte intellectuel anglo-saxon des années 1970-1980 est marqué par :

  • La publication de A Theory of Justice de John Rawls en 1971, qui structure tout le débat de philosophie politique anglo-saxonne.
  • Le renouveau de l'éthique des vertus depuis l'article fondateur d'Elizabeth Anscombe « Modern Moral Philosophy » (1958), prolongé par Philippa Foot (notamment ses essais réunis dans Virtues and Vices, 1978).
  • La publication d'Anarchy, State, and Utopia de Robert Nozick (1974), qui propose une alternative libertarienne à Rawls.
  • Le développement parallèle de la philosophie analytique de l'éthique avec Thomas Nagel, Derek Parfit (Reasons and Persons, 1984), David Wiggins, Charles Taylor.
  • L'émergence progressive du communautarisme avec Alasdair MacIntyre (After Virtue, 1981), Michael Sandel (Liberalism and the Limits of Justice, 1982), Charles Taylor.

Williams se situe dans ce paysage en position originale : ni utilitariste, ni kantien, ni strictement néo-aristotélicien, ni communautarien, il développe une éthique critique qui interroge les présupposés du « morality system » moderne sans proposer de système alternatif complet.

Structure de l'œuvre

L'ouvrage se compose d'une brève préface et de treize essais non explicitement regroupés en parties thématiques. Voici les essais les plus marquants :

1. « Persons, Character and Morality ». Essai fondamental qui critique la conception kantienne et utilitariste de la personne morale. Williams y développe la thèse que l'identité morale d'une personne est constituée par des projets personnels et des engagements privilégiés (envers sa famille, ses amis, son travail, ses idéaux) qui ne se laissent pas réduire à des principes universels impartiaux. Une morale qui exigerait de l'agent qu'il abandonne ces engagements particuliers au profit de l'impartialité morale détruirait précisément ce qui donne à la personne sa raison de vivre, donc sa raison d'agir moralement. C'est l'un des arguments fondateurs de la critique communautarienne du libéralisme procédural.

2. « Moral Luck ». L'essai-titre. Williams y défend la thèse que la chance joue un rôle essentiel et irréductible dans la moralité. Il distingue plusieurs types de chance morale :

  • La chance constitutive : les traits de caractère qu'on possède par naissance ou par éducation.
  • La chance circonstancielle : les situations dans lesquelles on se trouve.
  • La chance résultante : les conséquences imprévues de nos actions.

Williams développe l'exemple célèbre du peintre Gauguin qui abandonne sa famille à Paris pour aller peindre à Tahiti. La justification rétrospective de cet abandon dépend du succès artistique ultérieur : si Gauguin devient un grand peintre, son abandon prend rétrospectivement une signification que la chance a en partie déterminée. Cette dimension rétrospective et chanceuse de la justification morale est précisément ce que le kantisme (avec sa volonté bonne indépendante des résultats) refuse d'admettre.

3. « Utilitarianism and Moral Self-Indulgence ». Critique de l'utilitarisme conséquentialiste qui reprend et systématise l'argumentation déjà développée dans le débat avec J.J.C. Smart de 1973. Williams y montre que l'utilitarisme exige de l'agent qu'il se conçoive comme simple véhicule de la maximisation du bonheur général, ce qui détruit son intégrité personnelle. L'intégrité (integrity) williamsienne est l'une des notions les plus discutées de l'éthique contemporaine.

4. « Internal and External Reasons ». Essai majeur sur la théorie des raisons d'agir. Williams défend la thèse que toutes les raisons d'agir morales sont internes à l'agent, c'est-à-dire qu'elles dépendent de son système motivationnel actuel (désirs, projets, engagements). Il rejette la conception kantienne des raisons externes qui auraient force normative indépendamment de ce que l'agent désire ou peut être amené à désirer par délibération rationnelle. Cette thèse, contestée par John McDowell, Christine Korsgaard et plusieurs autres, est l'une des positions williamsiennes les plus durables.

5. « Conflicts of Values ». Essai sur les conflits irréductibles entre valeurs morales. Williams y défend une forme de pluralisme moral qui accepte que les valeurs morales puissent être incommensurables entre elles, c'est-à-dire qu'on ne peut pas toujours les comparer sur une échelle commune. Cette thèse rejoint partiellement celle d'Isaiah Berlin dans Four Essays on Liberty (1969).

6. « Justice as a Virtue ». Essai sur la conception aristotélicienne de la justice. Williams y reconnaît la valeur de la conception aristotélicienne contre la conception rawlsienne de la justice comme procédure. Mais il refuse de s'identifier complètement au néo-aristotélisme : pour Williams, on ne peut pas simplement revenir à Aristote, parce que le contexte historique a profondément changé.

Autres essais notables du recueil : « Ought and Moral Obligation » (1980), « Moral Incapacity », « Practical Necessity » (1981), « Wittgenstein and Idealism », « What does intuitionism imply ? » (1979).

Thèses centrales

L'irréductibilité de la chance morale. Thèse fondatrice qui donne son titre au recueil. La chance joue un rôle essentiel dans la moralité, contrairement à la prétention kantienne d'une moralité absolument indépendante des contingences. Trois types de chance morale : constitutive (caractère reçu), circonstancielle (situations rencontrées), résultante (conséquences imprévues). Cette immixtion de la chance dans la moralité n'est pas un défaut à corriger : c'est une caractéristique essentielle de la vie morale humaine que les éthiques modernes occultent à tort.

La critique du « morality system ». Le système moral moderne (Williams emploie l'expression « the morality system » sans toujours l'attribuer à un auteur précis, mais elle désigne principalement le kantisme et ses variantes contemporaines) se caractérise par plusieurs traits : universalisme abstrait, priorité absolue de l'obligation morale, impartialité stricte, autonomie absolue de l'agent. Williams défend que ce système est inadéquat parce qu'il ne rend pas compte de la complexité de la vie morale réelle.

L'intégrité personnelle comme valeur morale. L'intégrité (integrity), au sens williamsien, désigne la cohérence entre les engagements profonds d'une personne et ses actions. Une éthique (comme l'utilitarisme conséquentialiste) qui exige de l'agent qu'il viole systématiquement ses engagements profonds au nom du bien général détruit cette intégrité. La protection de l'intégrité personnelle est donc une exigence morale fondamentale que les éthiques modernes négligent.

Le rôle constitutif des engagements personnels. Thèse anthropologique-morale fondamentale. Les engagements personnels (envers la famille, les amis, le travail, les idéaux particuliers) ne sont pas des luxes moraux qu'on pourrait sacrifier au nom de l'impartialité universelle. Ils constituent l'identité morale de la personne. Sans ces engagements, l'agent n'aurait pas de raison de vivre, donc pas de raison d'agir moralement. Cette thèse anticipe et nourrit la critique communautarienne du libéralisme procédural (MacIntyre, Sandel, Taylor).

L'internalisme des raisons d'agir. Thèse philosophique majeure développée dans « Internal and External Reasons ». Toutes les raisons d'agir morales sont internes à l'agent, c'est-à-dire qu'elles dépendent de son système motivationnel actuel. On ne peut pas avoir une raison morale de faire X si X ne peut en aucune manière être relié au système motivationnel de l'agent par délibération rationnelle. Cette thèse rejette la conception kantienne des raisons externes qui auraient force normative indépendamment des désirs de l'agent.

Le pluralisme des valeurs. Thèse méta-éthique. Les valeurs morales sont plurielles et parfois incommensurables entre elles. On ne peut pas toujours maximiser simultanément toutes les valeurs ; parfois on doit sacrifier l'une pour l'autre. Cette dimension tragique de la vie morale est occultée par les éthiques systématiques (kantisme, utilitarisme) qui prétendent à une cohérence impossible.

La modestie philosophique en éthique. Thèse méta-éthique. La réflexion philosophique ne peut pas remplacer la vie morale concrète et ne peut pas en garantir la rationalité. La philosophie morale doit reconnaître ses limites et ne pas prétendre à un savoir systématique qui dépasse ce que l'éthique vécue peut effectivement comporter. Cette thèse de la modestie philosophique en éthique sera développée systématiquement dans Ethics and the Limits of Philosophy (1985).

Le retour aux Grecs sans nostalgie. Position originale dans le néo-aristotélisme. Williams reconnaît la richesse de l'éthique grecque (Aristote, mais aussi les tragiques, Homère, Thucydide) face à la sécheresse de l'éthique moderne. Mais il refuse de s'identifier complètement au néo-aristotélisme strict. On ne peut pas revenir à Aristote, parce que le contexte historique a profondément changé. Ce qui est intéressant chez les Grecs, c'est qu'ils nous montrent d'autres possibilités éthiques que celles que la modernité a privilégiées. Cette position complexe distingue Williams des néo-aristotéliciens stricts (MacIntyre notamment).

La critique de l'éthique utilitariste. L'utilitarisme conséquentialiste exige de l'agent qu'il se conçoive comme simple véhicule de la maximisation du bonheur général. Cette exigence est destructrice de l'intégrité personnelle. L'exemple célèbre de Jim et les Indiens (développé dans le débat avec Smart de 1973) illustre cette thèse : si Jim, voyageur dans un village sud-américain, doit choisir entre tuer un Indien lui-même (sauvant ainsi 19 autres Indiens) ou refuser et laisser le tortionnaire les tuer tous les 20, l'utilitarisme exige qu'il tue lui-même. Williams défend que cette exigence néglige précisément ce qui fait la valeur morale de Jim : son engagement à ne pas tuer.

La critique de l'éthique kantienne. Le kantisme défend une volonté bonne absolument indépendante des contingences, qui ne se mesure pas à ses résultats. Williams montre que cette conception est philosophiquement intenable : la chance s'introduit nécessairement dans la moralité par les trois voies (constitutive, circonstancielle, résultante). Le kantisme est une fiction philosophique qui ne correspond pas à notre expérience morale réelle.

Postérité et influence

Influence sur le débat de la chance morale. L'essai « Moral Luck » de 1976, lu en parallèle de celui de Thomas Nagel de la même année, a inauguré une discussion philosophique majeure qui se poursuit depuis cinquante ans. Daniel Statman (éditeur de l'anthologie Moral Luck, SUNY Press, 1993), Brian Rosebury, Margaret Urban Walker, Susan Wolf, Andrew Latus, Dana Kay Nelkin et beaucoup d'autres ont prolongé ce débat dans la philosophie analytique de l'éthique. Le concept de chance morale est devenu canonique dans le vocabulaire philosophique anglo-saxon.

Influence sur le communautarisme. La critique williamsienne de l'éthique impartialiste au nom des engagements personnels constitutifs anticipe et nourrit la critique communautarienne du libéralisme procédural. Alasdair [MacIntyre](philosophe:macintyre), dans After Virtue (1981, soit la même année que Moral Luck), prolonge dans une direction néo-aristotélicienne plus radicale plusieurs intuitions williamsiennes. Michael [Sandel](philosophe:sandel) (Liberalism and the Limits of Justice, 1982), Charles [Taylor](philosophe:charles-taylor) (Sources of the Self, 1989) prolongent également partiellement Williams.

Influence sur Martha Nussbaum. Martha [Nussbaum](philosophe:nussbaum), dans The Fragility of Goodness (La Fragilité du bien, 1986), prolonge directement les intuitions williamsiennes sur la chance morale et le pluralisme des valeurs. Sa lecture des tragiques grecs (Eschyle, Sophocle, Euripide) et d'Aristote comme penseurs de la fragilité morale de la vie humaine doit beaucoup à Williams. La filiation Williams-Nussbaum est l'une des plus fécondes de l'éthique anglo-saxonne récente.

Influence sur le débat des raisons d'agir. L'essai « Internal and External Reasons » (1979) a structuré tout le débat philosophique anglo-saxon sur les raisons d'agir. John McDowell dans Mind, Value, and Reality (1998), Christine Korsgaard dans The Sources of Normativity (1996), T.M. Scanlon dans What We Owe to Each Other (1998), Derek [Parfit](philosophe:parfit) dans On What Matters (2011) dialoguent directement avec la position williamsienne. Le débat internalisme / externalisme des raisons reste l'un des plus discutés de la méta-éthique contemporaine.

Influence sur Charles Taylor. [Charles Taylor](philosophe:charles-taylor), dans Sources of the Self (1989), prolonge partiellement la critique williamsienne de l'éthique impartialiste. La conception taylorienne de l'identité morale comme constituée par des engagements dans des horizons de signification rejoint plusieurs intuitions de « Persons, Character and Morality ».

Influence sur la pensée tragique contemporaine. Williams a contribué au renouveau de la pensée tragique dans la philosophie morale anglo-saxonne. Sa lecture des Grecs (Sophocle, Euripide, Thucydide, plus tard dans Shame and Necessity, 1993) comme penseurs de la fragilité humaine inspire de nombreux travaux ultérieurs (Bernard Knox, Pierre Vidal-Naquet et Jean-Pierre Vernant pour la philologie classique ; Martha Nussbaum, Jonathan Lear, Raimond Gaita pour la philosophie).

Réception française. La réception française de Williams a été progressive. Vincent Descombes mentionne Williams dans plusieurs textes. Ruwen Ogien, Catherine Larmore, Christine Tappolet ont consacré des analyses à Williams. Mais la diffusion française reste moins étendue que celle de Rawls, de Sandel ou de MacIntyre. La traduction française de La Fortune morale par Jean Lelaidier (PUF, 1994) a contribué à diffuser Williams dans l'enseignement supérieur français.

Critiques principales.

  • Critique de l'internalisme des raisons : pour les défenseurs de l'externalisme (McDowell, Korsgaard, Scanlon), la position williamsienne prive la moralité de tout fondement normatif indépendant des désirs subjectifs. Comment critiquer un agent qui n'aurait aucun désir, même latent, de respecter autrui ? Williams répondrait que cette critique présuppose précisément la position externaliste qu'il rejette. Le débat reste ouvert.
  • Critique du pessimisme moral : la dimension tragique de l'éthique williamsienne, son insistance sur les conflits irréductibles de valeurs et sur la chance, est parfois jugée pessimiste ou résignée. Les défenseurs des éthiques systématiques (kantiens, utilitaristes) y voient un abandon prématuré du projet rationaliste de l'éthique.
  • Critique de l'absence de système constructif : Williams critique brillamment les éthiques modernes (kantisme, utilitarisme) sans proposer un système alternatif complet. Cette modestie est délibérée et théorisée comme telle, mais elle laisse certains lecteurs insatisfaits.
  • Critique de l'élitisme moral : la valorisation williamsienne des engagements personnels constitutifs et de l'intégrité peut paraître refléter une perspective bourgeoise privilégiée qui suppose que l'agent a les ressources matérielles et sociales pour développer de tels engagements. Cette critique a été formulée notamment par des philosophes féministes (Margaret Urban Walker).

Lectures contemporaines. Moral Luck reste un texte de référence dans :

  • Les cours de philosophie morale anglo-saxonne et de plus en plus francophone.
  • Les débats sur la chance morale, les raisons d'agir, le pluralisme des valeurs, l'intégrité personnelle.
  • Les réflexions sur la fragilité de la vie morale humaine.
  • Le renouveau de la pensée tragique en éthique.

Controverses et débats

Williams kantien malgré lui ? Question récurrente. Williams critique vigoureusement le kantisme, mais sa défense de l'intégrité personnelle et son refus de l'utilitarisme conséquentialiste peuvent paraître proches de certaines positions kantiennes (l'humanité comme fin en soi, la dignité de la personne). Position majoritaire : Williams n'est pas kantien parce qu'il refuse la conception kantienne de la loi morale universelle indépendante des contingences ; mais il partage avec Kant une opposition commune à l'utilitarisme conséquentialiste.

Williams néo-aristotélicien ? Position partagée. Williams reconnaît la richesse de l'éthique aristotélicienne et grecque en général, mais refuse de s'identifier au néo-aristotélisme strict (MacIntyre). Position majoritaire : Williams est plutôt un post-aristotélicien qui dialogue avec Aristote sans en reprendre le système.

L'internalisme des raisons et la critique morale. Le débat internalisme / externalisme des raisons d'agir reste l'un des plus discutés de la méta-éthique contemporaine. Position williamsienne stricte : les raisons sont toujours internes. Position critique (Korsgaard, McDowell, Scanlon) : sans raisons externes, on ne peut pas critiquer rationnellement les agents profondément immoraux. Position contemporaine majoritaire : ni l'une ni l'autre position pure n'est tenable ; il faut un internalisme enrichi qui reconnaît la possibilité de transformer le système motivationnel par la délibération rationnelle.

Williams et la politique. Williams était politiquement engagé à gauche modérée (son ex-épouse Shirley Williams était une figure majeure du SDP britannique). Mais sa philosophie morale n'est pas explicitement politique. Sa pensée politique sera développée plus systématiquement dans ses œuvres tardives, notamment dans le recueil posthume In the Beginning Was the Deed : Realism and Moralism in Political Argument (édité par Geoffrey Hawthorn, Princeton University Press, 2005).

Citations clés

« La chance morale n'est pas un paradoxe à résoudre, mais une dimension irréductible de la vie morale humaine. La prétention kantienne d'une moralité absolument indépendante des contingences est une fiction philosophique qui ne correspond pas à notre expérience morale réelle. »

-- Moral Luck, paraphrase de la thèse fondatrice de l'essai-titre

« L'identité morale d'une personne est constituée par des engagements personnels et des projets privilégiés qui ne se laissent pas réduire à des principes universels impartiaux. Une morale qui exigerait l'abandon de ces engagements détruirait précisément ce qui donne à la personne sa raison de vivre, donc sa raison d'agir moralement. »

-- Moral Luck, paraphrase de Persons, Character and Morality

« L'utilitarisme conséquentialiste exige de l'agent qu'il se conçoive comme simple véhicule de la maximisation du bonheur général. Cette exigence est destructrice de l'intégrité personnelle. »

-- Moral Luck, paraphrase de la critique utilitariste

« Toutes les raisons d'agir morales sont internes à l'agent, c'est-à-dire qu'elles dépendent de son système motivationnel actuel (désirs, projets, engagements). »

-- Moral Luck, paraphrase de la thèse de Internal and External Reasons

« La philosophie morale doit reconnaître ses limites. Elle ne peut pas remplacer la vie morale concrète et ne peut pas en garantir la rationalité systématique. »

-- Moral Luck, paraphrase de la thèse de la modestie philosophique

Pour aller plus loin

  • Bernard Williams, La Fortune morale : moralité et autres essais, traduction de Jean Lelaidier, PUF, coll. « Philosophie morale », 1994 ; réédition Quadrige PUF 2014. Édition française.
  • Bernard Williams, Moral Luck : Philosophical Papers 1973-1980, Cambridge University Press, 1981 ; rééditions. Édition originale anglaise.
  • Bernard Williams, L'Éthique et les Limites de la philosophie, traduction française, Gallimard, 1990 (original Ethics and the Limits of Philosophy, 1985). Œuvre systématique majeure ultérieure.
  • Bernard Williams, La Honte et la Nécessité, traduction française, PUF, 1997 (original Shame and Necessity, 1993). Œuvre majeure sur les Grecs et la fragilité morale.
  • Bernard Williams, Vérité et véracité : essai de généalogie, traduction française, Gallimard, 2006 (original Truth and Truthfulness, 2002). Dernière grande œuvre.
  • Bernard Williams et J.J.C. Smart, Utilitarianism : For and Against, Cambridge University Press, 1973. Débat philosophique fondateur.
  • Daniel Statman (éd.), Moral Luck, SUNY Press, 1993. Anthologie des principales contributions au débat.
  • Thomas Nagel, Mortal Questions, Cambridge University Press, 1979 ; traduction française Questions mortelles, PUF, 1983. Inclut l'essai « Moral Luck » de Nagel, à lire en parallèle de celui de Williams.
  • Martha Nussbaum, La Fragilité du bien, traduction française, L'Éclat, 2016 (original The Fragility of Goodness, 1986). Prolongement néo-aristotélicien direct.
  • Alasdair MacIntyre, Après la vertu, traduction française, PUF, 1997 (original After Virtue, 1981). Œuvre contemporaine qui prolonge dans une direction différente.
  • Ruwen Ogien, L'Éthique aujourd'hui : maximalistes et minimalistes, Gallimard, 2007. Pour la mise en perspective française contemporaine.
  • A.W. Moore (éd.), Essays in Honour of Bernard Williams : Action, Ethics, and Free Will, Oxford University Press, 2007. Mélanges en hommage.

Sources

  • « Bernard Williams (philosopher) », Wikipédia (versions anglaise et française), consulté le 06/06/2026.
  • « Moral Luck (book) », Wikipédia (version anglaise), consulté le 06/06/2026.
  • Notice « Bernard Williams » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy par Mark P. Jenkins, plato.stanford.edu, consulté le 06/06/2026.
  • Notice « Moral Luck » dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy par Dana K. Nelkin, plato.stanford.edu, consulté le 06/06/2026.

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```yaml oeuvre: slug: moral-luck titreoriginal: "Moral Luck: Philosophical Papers 1973-1980" titrefrancais: "La Chance morale (ou La Fortune morale)" langueoriginale: anglais typeoeuvre: recueil datepublication: 1981 datepublicationaffichage: "1981 (Cambridge, chez Cambridge University Press ; recueil de treize essais publiés séparément entre 1973 et 1980, dont l'essai-titre Moral Luck paru dans les Proceedings of the Aristotelian Society en 1976)" dateredaction: "1973-1980" posthume: false nombrechapitres: 13 niveaudifficulte: 4 auteurslug: bernard-williams descriptioncourte: | Recueil de treize essais philosophiques de Bernard Williams publié chez Cambridge University Press en 1981. Williams a alors 52 ans et occupe la chaire Knightbridge Professor of Philosophy à Cambridge. Les essais ont été publiés séparément entre 1973 et 1980, y compris l'essai-titre Moral Luck paru en 1976 dans les Proceedings of the Aristotelian Society en débat programmé avec Thomas Nagel. Œuvre majeure de la critique williamsienne de l'éthique moderne kantienne et utilitariste. Articule la thèse de l'irréductibilité de la chance morale (constitutive, circonstancielle, résultante) contre la prétention kantienne d'une moralité absolument indépendante des contingences, la critique du morality system moderne au nom de l'intégrité personnelle et des engagements constitutifs, l'internalisme des raisons d'agir contre le rationalisme kantien, et le pluralisme des valeurs morales irréductiblement plurielles et parfois incommensurables. Œuvre fondatrice de la pensée tragique en éthique anglo-saxonne contemporaine. metatitle: "Moral Luck (Williams, 1981) - Philotopie" metadescription: | Moral Luck de Bernard Williams (1981) : chance morale, critique du morality system kantien et utilitariste, intégrité personnelle, internalisme des raisons d'agir, pluralisme des valeurs. statut: publie philosophes_associes:

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role: auteur description: | Williams rédige les treize essais du recueil entre 1973 et 1980, période durant laquelle il enseigne à Cambridge (King's College jusqu'en 1979, puis Knightbridge Professor of Philosophy à partir de 1979). Il a 52 ans à la publication. L'ouvrage marque une étape majeure dans le développement de sa critique de l'éthique moderne, entre Morality (1972) et Utilitarianism : For and Against (1973, avec Smart) d'une part, et l'œuvre systématique L'Éthique et les Limites de la philosophie (1985) d'autre part. Williams était également engagé publiquement à travers plusieurs commissions gouvernementales britanniques pendant cette période (Williams Report on Obscenity 1979, Royal Commission on Gambling 1976-1978).

  • slug: kant

role: interlocuteur description: | Kant est l'adversaire principal de Moral Luck. Williams critique systématiquement la conception kantienne d'une moralité absolument indépendante des contingences, fondée sur une volonté bonne inaccessible à la chance. Cette critique de Kant constitue l'arrière-plan polémique de l'essai-titre et de plusieurs autres essais du recueil (Persons Character and Morality, Internal and External Reasons). Williams montre que le kantisme est une fiction philosophique qui ne correspond pas à notre expérience morale réelle.

  • slug: mill

role: interlocuteur description: | John Stuart Mill et l'utilitarisme classique sont l'autre adversaire principal de Williams. Le débat avec J.J.C. Smart (Utilitarianism : For and Against, 1973) avait déjà formulé la critique williamsienne de l'utilitarisme. Dans Moral Luck, l'essai Utilitarianism and Moral Self-Indulgence (1976) systématise cette critique en montrant que l'utilitarisme conséquentialiste détruit l'intégrité personnelle en exigeant que l'agent se conçoive comme simple véhicule de la maximisation du bonheur général.

  • slug: aristote

role: interlocuteur description: | Aristote est l'interlocuteur positif de Williams dans Moral Luck, particulièrement dans l'essai Justice as a Virtue (1980). Williams reconnaît la richesse de l'éthique aristotélicienne face à la sécheresse de l'éthique moderne, sans pour autant s'identifier au néo-aristotélisme strict (MacIntyre). Pour Williams, on ne peut pas simplement revenir à Aristote parce que le contexte historique a profondément changé. Mais Aristote nous montre d'autres possibilités éthiques que celles que la modernité a privilégiées.

  • slug: rawls

role: interlocuteur description: | Rawls est un interlocuteur constant de la philosophie morale et politique anglo-saxonne contemporaine. Williams critique partiellement la conception rawlsienne de la justice comme procédure équitable, notamment dans Persons Character and Morality où il défend l'importance des engagements personnels constitutifs contre l'impartialité de la position originelle. Cette critique anticipe et nourrit la critique communautarienne ultérieure du rawlsianisme (MacIntyre, Sandel, Taylor).

  • slug: isaiah-berlin

role: interlocuteur description: | Isaiah Berlin, par sa défense du pluralisme des valeurs dans Four Essays on Liberty (1969) et plusieurs autres textes, est l'inspirateur direct de la position williamsienne sur les conflits irréductibles de valeurs. L'essai Conflicts of Values (1979) prolonge dans une direction philosophique plus technique l'intuition berlinienne. La filiation Berlin-Williams est l'une des plus structurantes du pluralisme moral anglo-saxon contemporain.

  • slug: elizabeth-anscombe

role: interlocuteur description: | Elizabeth Anscombe a inauguré le renouveau de l'éthique des vertus anglo-saxonne avec son article fondateur Modern Moral Philosophy (1958). Williams dialogue régulièrement avec Anscombe sur les questions d'éthique et d'action, sans s'identifier complètement au néo-aristotélisme anscombien. La critique commune de l'éthique kantienne universaliste rapproche les deux auteurs malgré leurs divergences spécifiques.

  • slug: foot

role: interlocuteur description: | Philippa Foot, comme Anscombe, est l'une des principales artisanes du renouveau de l'éthique des vertus anglo-saxonne. Ses essais réunis dans Virtues and Vices (1978) dialoguent indirectement avec Williams. Les deux auteurs partagent une critique de l'éthique impartialiste universaliste tout en restant attentifs à des nuances différentes (Foot plus néo-aristotélicienne, Williams plus post-aristotélicien).

  • slug: nussbaum

role: heritier description: | Martha Nussbaum, dans La Fragilité du bien (1986), prolonge directement les intuitions williamsiennes sur la chance morale et le pluralisme des valeurs. Sa lecture des tragiques grecs (Eschyle, Sophocle, Euripide) et d'Aristote comme penseurs de la fragilité morale de la vie humaine doit beaucoup à Williams. La filiation Williams-Nussbaum est l'une des plus fécondes de l'éthique anglo-saxonne récente.

  • slug: macintyre

role: heritier description: | Alasdair MacIntyre, dans Après la vertu (1981, soit la même année que Moral Luck), prolonge dans une direction néo-aristotélicienne plus radicale plusieurs intuitions williamsiennes sur les engagements personnels constitutifs et la critique de l'éthique moderne. Bien que MacIntyre soit plus systématiquement néo-aristotélicien que Williams, la convergence des deux pensées sur la critique de la modernité éthique est l'une des plus structurantes du débat éthique contemporain.

  • slug: charles-taylor

role: heritier description: | Charles Taylor, dans Sources of the Self (1989), prolonge la critique williamsienne de l'éthique impartialiste. La conception taylorienne de l'identité morale comme constituée par des engagements dans des horizons de signification rejoint plusieurs intuitions de Persons Character and Morality. La filiation Williams-Taylor est l'une des principales du communautarisme contemporain, même si Taylor est plus communautarien stricto sensu que Williams.

  • slug: parfit

role: heritier description: | Derek Parfit, dans Reasons and Persons (1984) et plus encore dans On What Matters (2011), dialogue directement avec la position williamsienne sur les raisons d'agir. Parfit défend une position externaliste des raisons qui s'oppose à l'internalisme williamsien. Le débat Parfit-Williams sur les raisons d'agir est l'un des plus structurants de la méta-éthique anglo-saxonne récente. courants_associes:

  • slug: ethique-des-vertus

type_lien: oeuvre-importante description: | Moral Luck est l'une des œuvres majeures du renouveau de l'éthique des vertus anglo-saxonne dans le sillage du renouveau inauguré par Elizabeth Anscombe (Modern Moral Philosophy, 1958), Philippa Foot (Virtues and Vices, 1978), Alasdair MacIntyre (After Virtue, 1981) et Martha Nussbaum (The Fragility of Goodness, 1986). Williams contribue à ce renouveau par sa critique fondamentale de l'éthique kantienne et utilitariste, son attention aux engagements personnels constitutifs, sa valorisation de l'intégrité personnelle, son retour aux Grecs comme penseurs de la fragilité morale. Williams n'est cependant pas néo-aristotélicien stricto sensu : il refuse le retour systématique à Aristote et défend une position plus complexe qu'on peut qualifier de post-aristotélicienne. ```