John Locke

29 août 1632 - 28 octobre 1704 8 min de lecture

Difficulté : 3/5

Philosophe anglais, fondateur de l'empirisme et l'une des grandes sources du libéralisme politique. L'esprit comme page blanche (tabula rasa), les droits naturels et le gouvernement par consentement comptent parmi ses apports majeurs.

Prérequis : Locke écrit dans une prose claire, accessible sans prérequis. Le Second traité du gouvernement est un bon point d'entrée.

Biographie

John Locke naît le 29 août 1632 à Wrington, dans le Somerset, en Angleterre, et meurt le 28 octobre 1704 à High Laver, dans l'Essex. Sa vie traverse l'une des périodes les plus troublées de l'histoire anglaise : la guerre civile, l'exécution du roi Charles Ier, la République de Cromwell, la Restauration, puis la Glorieuse Révolution de 1688. Ce contexte politique agité éclaire l'œuvre de Locke, qui fut autant philosophe de la connaissance que penseur politique.

Fils d'un père juriste et puritain, qui servit dans l'armée du Parlement pendant la guerre civile, Locke reçoit une excellente éducation. Il est admis à la prestigieuse Westminster School de Londres, puis à Christ Church, l'un des collèges les plus réputés d'Oxford, où il entre en 1652. Il y juge l'enseignement scolastique traditionnel décevant et se tourne vers la médecine et la philosophie nouvelle, notamment celle de Descartes.

Sa vie bascule lorsqu'il entre, vers 1666, au service de Lord Ashley, futur comte de Shaftesbury, l'un des grands hommes politiques de son temps. Locke devient son médecin, son conseiller et son ami. Cette proximité avec un opposant à la Couronne lui vaut, après la disgrâce de Shaftesbury, de devoir s'exiler aux Pays-Bas en 1683, dans un climat de soupçon politique.

C'est aux Pays-Bas que Locke achève ses grandes œuvres. Il ne rentre en Angleterre qu'en 1689, après la Glorieuse Révolution qui chasse le roi Jacques II et installe un régime plus favorable à ses idées. Suit alors une extraordinaire période de publication : en moins de deux ans paraissent l'Essai sur l'entendement humain, les Deux traités du gouvernement et la Lettre sur la tolérance. Locke passe ses dernières années dans l'Essex, chez son amie Lady Masham, entouré de respect, et meurt en 1704.

Pensée principale

L'œuvre de John Locke se déploie sur deux fronts qui ont chacun fondé une tradition : la théorie de la connaissance, où il pose les bases de l'empirisme, et la philosophie politique, où il jette les fondements du libéralisme moderne. Cette double fécondité fait de Locke l'un des penseurs les plus influents de la modernité.

L'esprit comme page blanche

En théorie de la connaissance, Locke part d'une question simple : d'où viennent nos idées ? Sa réponse rompt avec le rationalisme, pour qui l'esprit posséderait des idées innées, présentes en lui dès la naissance. Locke soutient au contraire que l'esprit est, à l'origine, comme une page blanche, une tabula rasa, vierge de tout contenu. Rien n'y figure qui n'y ait été inscrit par l'expérience.

Toutes nos idées proviennent donc de deux sources : la sensation, qui nous met en rapport avec le monde extérieur, et la réflexion, par laquelle l'esprit observe ses propres opérations. À partir de ces idées simples reçues de l'expérience, l'entendement compose des idées complexes. C'est le principe fondateur de l'empirisme, que Berkeley puis Hume reprendront et radicaliseront. Locke distingue aussi les qualités premières des corps (l'étendue, le mouvement, qui leur appartiennent réellement) et les qualités secondes (la couleur, le son, qui dépendent de notre perception), distinction qui aura une grande postérité.

Le gouvernement par consentement

En philosophie politique, Locke élabore, dans les Deux traités du gouvernement, une pensée qui rompt avec l'absolutisme. Il imagine un état de nature où les hommes sont libres et égaux, et possèdent des droits naturels antérieurs à toute société : la vie, la liberté et la propriété. La propriété, chez Locke, naît du travail : en mêlant son travail à la nature, l'individu se l'approprie légitimement.

Si les hommes quittent l'état de nature pour former une société politique, c'est par un contrat, afin de mieux protéger ces droits naturels. Le pouvoir politique repose donc sur le consentement des gouvernés, et non sur un droit divin. Surtout, ce pouvoir est limité : il a pour seule fin de protéger les droits des individus. S'il les viole et devient tyrannique, le peuple est fondé à lui résister. Cette théorie du gouvernement limité, du consentement et du droit de résistance a nourri le libéralisme politique et inspiré directement les révolutions américaine et, dans une certaine mesure, l'esprit des Lumières. Locke défend aussi, dans sa Lettre sur la tolérance, la séparation du pouvoir civil et de la religion.

Œuvres majeures

L'Essai sur l'entendement humain (1689) est l'œuvre philosophique majeure de Locke. Fruit de près de vingt ans de réflexion, il examine l'origine, l'étendue et les limites de la connaissance humaine, et fonde l'empirisme moderne avec la thèse de l'esprit comme page blanche. C'est l'un des premiers grands livres de la théorie de la connaissance.

Les Deux traités du gouvernement (1689) constituent l'œuvre politique de Locke. Le premier traité réfute la théorie du droit divin des rois. Le second, de loin le plus important, expose la théorie positive de Locke : état de nature, droits naturels, propriété par le travail, contrat, gouvernement limité par consentement et droit de résistance à la tyrannie.

La Lettre sur la tolérance (1689) défend la séparation du pouvoir civil et des affaires religieuses, et plaide pour la tolérance entre confessions, sujet brûlant après les guerres de religion.

Locke a également écrit sur l'éducation (Quelques pensées sur l'éducation) et sur des questions économiques et religieuses. La concentration de ses grandes publications autour de 1689, après son retour d'exil, témoigne d'une œuvre longuement mûrie avant d'être livrée.

Postérité et influence

L'influence de Locke est double, à la mesure de son œuvre, et elle compte parmi les plus considérables de la philosophie moderne.

En théorie de la connaissance, Locke ouvre la voie de l'empirisme britannique. Berkeley puis Hume partent de lui, en discutant et en radicalisant ses thèses. Toute la discussion classique sur l'origine des idées, sur les limites de la connaissance, sur le rapport de l'esprit au monde, prend Locke comme point de départ. Cette tradition empiriste conduira, par l'intermédiaire de Hume, jusqu'au criticisme de Kant.

En philosophie politique, l'influence de Locke est peut-être plus grande encore. Sa pensée du gouvernement limité, des droits naturels et du consentement est l'une des sources majeures du libéralisme politique. Les Pères fondateurs des États-Unis s'en inspirent directement : on retrouve l'écho de Locke dans la Déclaration d'indépendance et dans la pensée constitutionnelle américaine. Les Lumières françaises, Voltaire et Montesquieu notamment, lui doivent beaucoup.

Cet héritage n'est pas exempt de tensions, qui font l'objet de discussions actuelles. La pensée lockéenne de la propriété et de la liberté a été mobilisée dans des directions politiques très diverses. Et la biographie de Locke comporte une zone d'ombre, son implication dans des entreprises liées à la traite, qui contraste avec son discours sur la liberté et que les commentateurs contemporains ne manquent pas de relever. Ces débats témoignent de la vitalité d'une œuvre qui continue d'être lue, discutée et mobilisée plus de trois siècles après sa parution.

Pour aller plus loin

Locke a l'avantage d'écrire dans une prose claire, accessible sans grand prérequis, même si ses œuvres sont longues.

Pour la pensée politique, le Second traité du gouvernement est le texte à lire en priorité : c'est l'exposé le plus direct de sa philosophie politique, et il reste d'une lecture aisée. Il existe de bonnes éditions françaises annotées.

Pour la théorie de la connaissance, l'Essai sur l'entendement humain est plus volumineux. On peut commencer par ses premiers livres, où Locke critique les idées innées et expose la thèse de la page blanche, avant d'aborder le reste selon son intérêt.

La Lettre sur la tolérance, brève, offre une entrée accessible à un aspect important de sa pensée.

L'article « John Locke » de la Stanford Encyclopedia of Philosophy et celui de l'Internet Encyclopedia of Philosophy offrent des synthèses rigoureuses et à jour, en accès libre, utiles pour situer Locke dans la tradition empiriste et dans l'histoire du libéralisme.

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