Thomas Hobbes

5 avril 1588 - 4 décembre 1679 19 min de lecture

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Biographie

Thomas Hobbes naît le 5 avril 1588 à Westport, dans le Wiltshire, en Angleterre. Il aimera dire qu'il naquit prématurément, sa mère ayant été saisie de panique en apprenant l'approche de l'Invincible Armada espagnole : « Ma mère mit au monde des jumeaux : moi-même et la peur. » Cette formule, à demi sérieuse, résume une intuition durable de sa pensée : la peur est au cœur de la condition humaine et de la politique.

Son père, vicaire anglican, doit fuir après une rixe ; le jeune Thomas est alors élevé par un oncle qui finance ses études.

Formation et carrière de précepteur

Hobbes étudie à Oxford à Magdalen Hall (aujourd'hui Hertford College) de 1603 à 1608, où il reçoit une formation principalement scolastique et aristotélicienne qu'il jugera médiocre. À sa sortie, il entre comme précepteur dans la famille des Cavendish, comtes de Devonshire. Cette position, qu'il occupera (avec quelques interruptions) presque toute sa vie, lui assure des moyens, un accès aux bibliothèques, et de nombreux voyages en Europe. Trois grands tours sur le continent (1610, 1629-1631, 1634-1637) le mettront en contact avec les milieux savants européens.

Il découvre Euclide à 40 ans environ, et en éprouve, dit-il, une révélation : la possibilité d'une démonstration rigoureuse à partir de définitions et de principes premiers. Il en gardera l'ambition d'une science politique organisée more geometrico.

À Paris, lors de ses séjours sur le continent, il rencontre Mersenne et son cercle, qui réunit les meilleurs esprits scientifiques de l'époque, dont Descartes, Gassendi et Galilée (qu'il rencontre en personne à Florence en 1636). Hobbes rédige les troisièmes Objections aux Méditations métaphysiques de Descartes : leur échange est plus tendu que fécond.

La guerre civile et l'exil parisien

L'Angleterre des années 1640 entre dans une guerre civile (1642-1651) qui oppose le roi Charles Ier au Parlement et qui culminera avec la décapitation du roi en 1649. Hobbes, royaliste, voit dans cette crise la confirmation tragique de ses intuitions politiques : sans pouvoir souverain incontesté, la société retourne à l'état de guerre. Vers 1640, il rédige The Elements of Law, Natural and Politic, qui circule en manuscrit. Sentant le vent tourner, il s'exile à Paris dès 1640. Il y restera jusqu'en 1651.

À Paris, il publie De Cive (Du Citoyen) en 1642 (édition revue à Amsterdam en 1647). Il enseigne brièvement les mathématiques au futur Charles II, alors prince en exil. Et surtout, il achève son grand œuvre.

Le Léviathan et le retour en Angleterre

En avril 1651 paraît à Londres le Leviathan, or The Matter, Forme and Power of a Commonwealth Ecclesiasticall and Civil. Hobbes a 63 ans. L'ouvrage fait aussitôt scandale : ses thèses sur la souveraineté absolue, sa critique des prétentions cléricales, son matérialisme implicite hérissent à la fois les royalistes anglicans et les parlementaires presbytériens. Hobbes, devenu suspect aux yeux de la cour royaliste en exil à Paris, rentre en Angleterre fin 1651 et fait sa soumission au régime de Cromwell.

La trilogie philosophique

Le Léviathan n'est qu'une partie d'un projet philosophique plus vaste : une trilogie sur le corps, l'homme et le citoyen, qui devait former les Elementorum philosophiae. Hobbes en publie successivement :

  • De Corpore (Du Corps, 1655), sur la philosophie générale et la nature physique.
  • De Homine (De l'Homme, 1658), sur l'anthropologie.
  • De Cive (Du Citoyen, 1642), sur la politique, qui aurait dû être le dernier mais que Hobbes avait publié en premier sous la pression des événements.

Dernières années : controverses, longévité

Les dernières années de Hobbes sont marquées par d'incessantes controverses : avec le mathématicien John Wallis (sur la quadrature du cercle, querelle où Hobbes s'obstine maladroitement), avec l'évêque Bramhall (sur la liberté et la nécessité), avec divers théologiens et juristes. La Restauration de Charles II en 1660 lui assure une pension royale mais ne le préserve pas des soupçons : après le grand incendie de Londres et la peste de 1665, accusé par certains d'être responsable par son impiété, le Léviathan est interdit de réimpression en 1668.

Hobbes, qui jouit d'une santé étonnante (il joue encore au jeu de paume à 75 ans), traduit en anglais l'Iliade et l'Odyssée dans ses dernières années. Il meurt à Hardwick Hall, dans le Derbyshire, le 4 décembre 1679, à 91 ans.

Pensée principale

La philosophie de Hobbes est l'une des grandes refondations de la pensée moderne. Elle tient en une intuition forte : si l'on veut comprendre la politique, il faut d'abord comprendre les hommes, et pour comprendre les hommes, il faut comprendre les corps. Partant de la matière en mouvement, Hobbes en dérive une anthropologie de la passion et de la crainte, puis une théorie politique fondée sur le contrat, qui fait de l'État le seul rempart contre la guerre de tous contre tous.

Un matérialisme cohérent

Hobbes est un matérialiste. Il n'existe que des corps en mouvement. L'esprit lui-même, la pensée, ne sont pour lui que des mouvements internes du cerveau et du corps. Les sensations sont des mouvements transmis par les corps extérieurs aux organes des sens, puis aux nerfs, puis au cerveau. Les passions sont des mouvements internes qui inclinent à l'action.

Cette ontologie matérialiste oriente toute la philosophie hobbesienne. Il n'y a pas, chez lui, de finalité dans la nature, pas d'âme séparée, pas de monde des essences éternelles. Tout est mouvement, et tout se comprend par des causes mécaniques.

L'anthropologie : passions, désir, crainte

Sur cette base, Hobbes construit une anthropologie particulière. L'homme est mû par deux grandes forces : le désir et la crainte. Il désire ce qui le conserve et le fortifie, il craint ce qui le menace ou le diminue. Toute action s'explique en dernière analyse par ces deux ressorts.

La raison, chez Hobbes, n'est pas une faculté d'accès à des essences éternelles ; c'est un calcul, une faculté de combiner les noms et de tirer des conséquences. Le rôle de la raison est de servir au mieux les passions, de calculer les moyens pour atteindre les fins que les passions assignent.

Au cœur des passions humaines, Hobbes voit une tendance permanente à étendre son pouvoir : « une perpétuelle et incessante recherche du pouvoir, qui ne cesse qu'avec la mort ». Cette recherche n'est pas une malignité ; c'est une nécessité pour qui veut continuer à vivre dans un monde incertain. Le pouvoir présent ne suffit jamais à garantir l'avenir : il faut toujours en chercher davantage.

L'état de nature

Considéré abstraitement, indépendamment de l'État, l'homme se trouverait dans une situation que Hobbes appelle l'état de nature. Cette situation n'est pas un fait historique (Hobbes ne croit pas que les hommes aient jamais vécu ainsi), c'est une hypothèse théorique : ce qui se passerait si l'autorité politique disparaissait.

Dans cet état, les hommes sont à peu près égaux en force (le plus faible peut tuer le plus fort par ruse ou en s'alliant), et tous ont droit naturellement à tout, y compris au corps de l'autre. Cette situation conduit nécessairement à la guerre de tous contre tous (bellum omnium contra omnes, formule qui apparaît pour la première fois dans le De Cive). Non pas une bataille continuelle, mais une disposition permanente au conflit, l'absence de toute sécurité.

La célèbre description de la vie humaine dans cet état la décrit comme « solitaire, pauvre, méchante, brutale et brève » (solitary, poor, nasty, brutish, and short). Dans cet état, il n'y a pas non plus de juste ni d'injuste : ces notions n'ont de sens que dans le cadre d'une loi commune, et il n'y a pas de loi commune sans pouvoir souverain.

Les lois de la nature

Mais la raison, dans cet état même, indique aux hommes des lois naturelles : des préceptes que tout être doué de raison comprend comme nécessaires à sa propre conservation. La première loi de la nature est de rechercher la paix tant qu'il y a espoir de l'obtenir. Une fois cette première règle posée, il en découle d'autres : ne pas garder pour soi tous les droits qu'on aurait dans l'état de nature, tenir ses pactes, etc.

Ces lois naturelles, pour Hobbes, ne sont pas des règles morales transcendantes : ce sont des théorèmes de la raison concernant la conservation de soi. Elles obligent en conscience (in foro interno), mais elles n'obligent en acte (in foro externo) que lorsqu'on a la certitude raisonnable que les autres les respecteront aussi. D'où la nécessité d'une institution qui garantisse cette réciprocité.

Le contrat et le souverain

Pour sortir de l'état de nature, les hommes passent un contrat : chacun renonce à son droit naturel à tout, à condition que les autres y renoncent également. Mais ce contrat n'est qu'une promesse fragile s'il n'est pas garanti par un pouvoir capable de la faire respecter. D'où la seconde clause : tous abandonnent leur droit à un souverain (un homme ou une assemblée), qui détiendra désormais la totalité du pouvoir et qui édictera les lois.

Le souverain n'est pas partie au contrat : il est l'institution même qui résulte du contrat. Il n'est donc lié à aucune des clauses, et son pouvoir est absolu : il fait les lois, juge, fait la guerre, conclut la paix, décide même de la religion publique. La souveraineté est indivisible : la diviser, c'est l'affaiblir et ouvrir la porte à la guerre civile.

Ce souverain est ce que Hobbes appelle le Léviathan, en référence au monstre marin de la Bible (Job 41). C'est un « dieu mortel », artificiel, créé par les hommes pour leur propre conservation.

L'absolutisme hobbesien et ses limites

L'absolutisme hobbesien est, contrairement à une lecture rapide, fondé sur une exigence rationaliste et individualiste : ce sont les individus qui, pour leur propre conservation, instituent l'État absolu. La fin de l'État est la sûreté des sujets ; tout ce qui n'est pas nécessaire à cette fin reste dans la liberté de chacun.

Hobbes prévoit même une limite au pouvoir souverain : le droit naturel à la conservation de soi étant indérogeable, le sujet conserve toujours le droit de refuser de mourir pour le souverain, de se défendre contre une exécution injuste, de ne pas s'accuser lui-même. Quand le souverain perd la capacité d'assurer la sûreté de ses sujets, le contrat est rompu, et chacun retrouve sa liberté.

La religion

Le Léviathan consacre deux longues parties (sur quatre) à la religion. Hobbes y propose une lecture historique et critique de la Bible (parfois jugée précurseur de la critique biblique moderne), réduit la théologie naturelle à très peu de choses, et soutient surtout que le souverain doit avoir autorité sur les matières religieuses publiques : il n'y a pas de royaume de Dieu sur cette terre indépendamment du royaume politique. Cette thèse érastienne (sur la primauté du civil sur le religieux) lui a valu une réputation d'« athée » qui l'a poursuivi toute sa vie, sans qu'on puisse strictement parler d'athéisme.

Un fondateur

Hobbes est l'un des fondateurs de la pensée politique moderne. Avant lui, la politique se pensait largement dans le cadre du droit divin, de la tradition aristotélicienne (l'homme animal politique par nature), ou des théories médiévales du pouvoir partagé. Avec lui, la politique devient une science déductive partant d'individus pré-politiques et de leurs passions, construisant l'État comme un artifice rationnel. Cette « invention » du contractualisme moderne sera reprise, transformée, contestée par Locke, Rousseau, Kant, et toute la tradition libérale et démocratique ultérieure.

Mais Hobbes n'est pas réductible à ses successeurs. Sa pensée du pouvoir, du conflit, de la peur, demeure une ressource singulière, à laquelle Carl Schmitt, Leo Strauss, Hannah Arendt, Norberto Bobbio, parmi tant d'autres, ne cesseront de revenir.

Œuvres majeures

L'œuvre de Hobbes est dominée par le Léviathan, mais s'inscrit dans un projet plus vaste de trilogie philosophique, complété par de nombreux textes politiques, scientifiques et polémiques.

Traduction de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide (1629)

Première publication majeure de Hobbes : sa traduction anglaise du grand historien grec. Choix significatif : Thucydide est, pour Hobbes, le modèle de l'historien réaliste qui comprend la politique à partir des passions humaines.

The Elements of Law, Natural and Politic (rédigé 1640, publié 1650)

Première formulation systématique de la philosophie politique hobbesienne. Le manuscrit circule en 1640. Hobbes s'exile à Paris peu après. L'ouvrage sera publié sans son consentement en 1650, en deux parties séparées (Human Nature, De Corpore Politico).

De Cive (Du Citoyen, 1642)

Première œuvre publiée par Hobbes lui-même, en latin, à Paris en 1642 (édition revue à Amsterdam en 1647). Devait être le troisième volet de la trilogie Elementorum philosophiae (De Corpore, De Homine, De Cive), mais Hobbes le publie en premier sous la pression des événements anglais. La célèbre formule bellum omnium contra omnes (« guerre de tous contre tous ») y apparaît pour la première fois.

Leviathan, or The Matter, Forme and Power of a Commonwealth Ecclesiasticall and Civil (1651)

L'œuvre majeure de Hobbes, publiée à Londres en avril 1651, en anglais (une édition latine révisée paraîtra en 1668). Quatre parties :

  1. De l'Homme : anthropologie, théorie de la connaissance, des passions, du langage.
  2. De la République : théorie politique, état de nature, contrat, souveraineté.
  3. De la République chrétienne : politique et religion, lecture de l'Ancien et du Nouveau Testament.
  4. Du Royaume des ténèbres : critique polémique des prétentions cléricales (catholiques et puritaines).

Le frontispice de l'édition originale (où le souverain est représenté comme un géant composé de la multitude de ses sujets) est l'une des images les plus célèbres de la philosophie politique.

De Corpore (Du Corps, 1655)

Premier volet publié de la trilogie, en latin, sur la philosophie générale, la logique et la nature. Hobbes y développe son matérialisme et sa philosophie de la connaissance.

De Homine (De l'Homme, 1658)

Second volet publié, en latin, sur l'anthropologie : optique, sensation, passions, langage.

Polémiques

Hobbes a engagé plusieurs polémiques retentissantes :

  • Of Liberty and Necessity (1654) et The Questions concerning Liberty, Necessity, and Chance (1656), contre l'évêque Bramhall sur le libre arbitre. Hobbes défend une position déterministe et compatibiliste.
  • Querelle mathématique avec John Wallis sur la quadrature du cercle (1655-1672), où Hobbes s'obstine malheureusement dans des erreurs.

Behemoth, ou Le Long Parlement (rédigé vers 1668, publié 1682)

Histoire des causes de la guerre civile anglaise, où Hobbes applique ses analyses politiques au cas anglais. Resté inédit de son vivant par décision de Charles II.

Traductions de l'Iliade et de l'Odyssée (1675-1676)

Dans ses dernières années (à plus de 85 ans), Hobbes traduit Homère en vers anglais. Travail jugé inégal mais témoignage de sa vitalité intellectuelle.

Édition

L'édition critique de référence est The Clarendon Edition of the Works of Thomas Hobbes, Oxford University Press, en cours depuis 1983. En français, le Léviathan est disponible en plusieurs traductions, notamment celle de François Tricaud (Sirey, 1971, rééditée chez Dalloz) et celle de Gérard Mairet (Folio essais, 2000). Le De Cive est disponible chez GF-Flammarion (traduction Philippe Crignon, 2010).

Postérité et influence

L'influence de Hobbes sur la philosophie politique moderne est immense, et plus encore parce qu'elle se déploie autant dans la postérité qui le revendique que dans celle qui le combat. Toute la tradition contractualiste, libérale, démocratique, mais aussi nombre de pensées du pouvoir et du conflit, lui doivent leurs concepts les plus structurants.

La tradition contractualiste

John Locke reprend la matrice contractualiste hobbesienne dans ses Deux Traités du gouvernement civil (1689), mais pour aboutir à des conclusions inverses : l'état de nature lockéen n'est pas une guerre de tous contre tous, et le pouvoir politique reste soumis à des limites (notamment la protection de la propriété), avec un droit de résistance reconnu aux sujets contre un souverain qui dépasserait ces limites.

Jean-Jacques Rousseau, dans Du Contrat social (1762), critique vigoureusement Hobbes (la description hobbesienne de l'état de nature lui paraît une projection des passions de l'homme civilisé sur un être originaire qui ne les connaissait pas), mais conserve le geste fondamental : refonder la légitimité politique sur un pacte entre individus libres et égaux. La volonté générale rousseauiste s'oppose à la souveraineté hobbesienne tout en partageant sa structure formelle.

Kant, dans la Doctrine du droit, hérite de cette tradition tout en lui apportant les exigences de l'autonomie morale.

Les penseurs du pouvoir et du conflit

À côté de la tradition libérale-démocratique qui prolonge et corrige Hobbes, une autre lignée le lit comme penseur du pouvoir nu, de la décision, de l'antagonisme. Carl Schmitt, au XXe siècle, retrouve en Hobbes le penseur de l'État souverain capable de la décision politique fondatrice (La Notion de politique, 1932 ; Le Léviathan dans la doctrine de l'État de Thomas Hobbes, 1938). Leo Strauss, à la suite, lui consacre une étude majeure (La Philosophie politique de Hobbes, 1936) qui en propose une lecture comme fondateur de la modernité politique, à la fois admirée et critique.

Hannah Arendt lit Hobbes sévèrement dans Les Origines du totalitarisme (1951), où elle voit en lui un penseur de l'individu atomisé qui prépare l'avènement des masses modernes ; mais elle reconnaît la profondeur de son analyse du pouvoir.

Norberto Bobbio et la tradition juridique

Le grand juriste et philosophe politique italien Norberto Bobbio a consacré à Hobbes une partie significative de son œuvre, en faisant le penseur fondateur du positivisme juridique moderne : la loi n'est pas juste parce qu'elle est inscrite dans une nature des choses, mais parce qu'elle est posée par une autorité souveraine légitime. Cette ligne nourrit toute une tradition de théorie du droit, jusqu'à Hans Kelsen et au-delà.

Le néo-hobbesisme contemporain

À partir des années 1980, on assiste à un véritable « tournant hobbesien » dans la théorie politique anglo-saxonne. La théorie des choix rationnels (David Gauthier, Morals by Agreement, 1986) propose de refonder la morale sur des bases hobbesiennes : la moralité est ce sur quoi des individus rationnels et égoïstes peuvent s'accorder dans une situation de coopération. Quentin Skinner, parmi les grands historiens de la pensée politique, a consacré une œuvre majeure à comprendre Hobbes dans son contexte historique (notamment Hobbes and Republican Liberty, 2008). Philip Pettit relit Hobbes dans le cadre de sa propre théorie républicaine de la liberté comme non-domination.

L'analyse stratégique et la théorie des jeux

La description hobbesienne de l'état de nature est devenue un cas d'école en théorie des jeux. Le « dilemme du prisonnier » et plusieurs autres modélisations des situations de coopération sans pouvoir tiers s'inscrivent dans le sillage du problème posé par Hobbes : comment des individus rationnels mais méfiants peuvent-ils sortir d'une situation où chacun a intérêt à trahir ?

Théologie politique

La quatrième partie du Léviathan (le « royaume des ténèbres ») et la doctrine hobbesienne du rapport entre Église et État ont nourri toute une tradition de réflexion sur la sécularisation. Marcel Gauchet (Le Désenchantement du monde, 1985) hérite à sa manière de cette pensée.

Une postérité contradictoire

Hobbes est l'un de ces philosophes que tout le monde lit, mais que peu revendiquent. Sa réputation, longtemps sulfureuse (l'« athée », le « théoricien du despotisme »), s'est progressivement transformée en reconnaissance d'un fondateur majeur. Aujourd'hui, on lit en Hobbes aussi bien le théoricien de l'État absolu que l'inventeur d'un individualisme méthodologique radical, le défenseur du pouvoir souverain que celui d'une certaine forme de tolérance pragmatique, le pessimiste de la nature humaine que le rationaliste qui croit qu'on peut construire une politique fondée en raison.

Cette pluralité de lectures n'est pas un signe de confusion : c'est la marque d'une œuvre dont la richesse continue à interroger.

Pour aller plus loin

Introductions accessibles

  • Jean Terrel, Hobbes. Vies d'un philosophe, PUR, 2008. Bonne biographie intellectuelle.
  • Yves Charles Zarka, Hobbes et la pensée politique moderne, PUF, 1995.
  • Bernard Bourdin, La Genèse théologico-politique de l'État moderne, PUF, 2004 (sur Hobbes et la question religieuse).
  • Patricia Springborg (dir.), The Cambridge Companion to Hobbes's Leviathan, Cambridge UP, 2007 (en anglais).
  • Que sais-je ? « Hobbes » par Jean Bernhardt, PUF.

Études approfondies

  • Quentin Skinner, Hobbes et la conception républicaine de la liberté, Albin Michel, 2009. Lecture historique majeure.
  • Quentin Skinner, Raison et rhétorique dans la philosophie de Hobbes, PUF, 1996.
  • Carl Schmitt, Le Léviathan dans la doctrine de l'État de Thomas Hobbes, Seuil, 2002. Lecture problématique mais influente.
  • Leo Strauss, La Philosophie politique de Hobbes, Belin, 1991.
  • Yves Charles Zarka, La Décision métaphysique de Hobbes, Vrin, 1987.
  • David Gauthier, La Logique du Léviathan, PUF, 1995.

Œuvres de Hobbes : par où commencer

  • Léviathan, partie I (sur l'homme) et II (sur la république) : cœur de l'œuvre. Lisible en français dans la traduction Tricaud (Dalloz) ou Mairet (Folio essais). Les parties III et IV (sur la religion) peuvent être abordées dans un second temps.
  • De Cive : version plus brève et antérieure de la théorie politique hobbesienne. Excellente alternative au Léviathan pour qui veut une présentation plus concise.
  • Behemoth (sur la guerre civile anglaise) : pour Hobbes historien, plus accessible.

Sur les controverses

  • Sur la critique kantienne et lockéenne : John Locke, Deux Traités du gouvernement civil (1689) ; Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité (1755).
  • Sur le néo-hobbesisme : David Gauthier, Morals by Agreement, Oxford UP, 1986.

Documentaires et ressources

  • Stanford Encyclopedia of Philosophy, articles « Thomas Hobbes » par Stewart Duncan et « Hobbes's Moral and Political Philosophy » par Sharon Lloyd et Susanne Sreedhar.
  • Le International Hobbes Association (IHA) organise colloques et publie ressources.
  • Plusieurs documentaires de la BBC et d'ARTE consacrent des séquences à Hobbes dans des séries sur l'histoire de la philosophie politique.

Traductions françaises

  • Léviathan, trad. François Tricaud, Sirey, 1971 (rééditée chez Dalloz). Référence universitaire.
  • Léviathan, trad. Gérard Mairet, Folio essais, 2000. Plus accessible en édition courante.
  • De Cive, trad. Philippe Crignon, GF-Flammarion, 2010.

Hobbes est plus lisible qu'on ne le croit souvent : son style anglais est vigoureux, sa prose claire (dans les bonnes traductions). Le Léviathan, malgré son volume, se laisse aborder par chapitres.

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